Martin Page – Manuel d’écriture et de survie ****

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Editeur : Seuil – Date de parution : 2014 – 171 pages

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Dans ce Manuel d’écriture et de survieMartin Page répond aux lettres d’une jeune écrivaine du nom de Daria. À travers cette correspondance, l’auteur nous livre des réflexions sur l’écriture, l’art, l’écrivain et la condition d’écrivain.

Ces lettres sont aussi l’occasion pour Martin Page de se livrer ; au fil des échanges, on en apprend davantage sur lui, son quotidien, ses habitudes littéraires. Ces lettres sont comme une fenêtre ouverte sur une part de son intériorité. On découvre un regard sur le monde, une pensée ; ses influences artistiques et humanistes. Martin Page convoque des auteurs, peintres, artistes, scientifiques pour étayer ses propos. Un petit bouquin truffé de références littéraires, de conseils, de culture ; riche d’enseignements sur l’écriture, mais aussi la vie, tout simplement.

Un petit bijou qui nous offre de belles réflexions sur la fiction, l’imaginaire et qui regorge de conseils de lecture. Un texte essentiel pour tout amoureux de l’art et des livres, dont la lecture nous enrichit.

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« L’art est un crime contre la réalité. Par ses incessantes transformations, il remet en cause l’intégrité du monde et de la société, comme le meurtre remet en cause l’intégrité du corps d’une personne. Un œuvre d’art coupe le souffle, accélère notre cœur, nous transforme, enrichit notre rapport aux formes, aux couleurs et aux sons. Nous ne sommes pas changés au point d’en mourir, mais la réalité jusque-là connue meurt pour être remplacée par une autre, plus complexe, plus étrange. »

« Nous naissons avec mille bras et mille cœurs, et nous n’arrêtons pas d’en perdre tout au long de notre vie. On nous déforeste sans cesse, c’est douloureux, mais nous sommes vastes, personne n’arrivera à bout de nous. »

« Un écrivain ne braque pas de banques, il braque le réel. L’art m’a permis de vivre, dans tous les sens du terme.

 

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Joël Dicker – La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert ****

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Éditeur : De Fallois Poche – Date de parution : avril 2014 – 862 pages

4ème de couverture : « Joël Dicker est né à Genève en 1985. La Vérité sur l’affaire Harry Quebert est son deuxième roman. Il a obtenu successivement en 2012 le Prix de la Vocation Bleustein-Blanchet, le Grand Prix du Roman de l’Académie française et le 25ème Prix Goncourt des Lycéens. »

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Pour une fois, la 4ème de couverture (du moins pour la version poche) ne dit pas grand chose de ce pavé de 860 pages… Et tant mieux !! Dès les premiers mots de ce roman, j’ai été happée par l’intrigue! Autant le dire tout de suite : c’est un coup de cœur pour moi.

Printemps 2008, New York. Marcus Goldman, jeune homme peu conventionnel, surnommé Le Formidable depuis le lycée, a depuis toujours eu pour rêve de devenir écrivain. Il a fini par écrire LE best seller qui le propulse en tête des ventes. Mais un an après, il se retrouve aux prises avec le syndrome de la page blanche…  Il contacte alors son ancien professeur de littérature, ami de toujours et grand écrivain de renom qui lui a tout appris, Harry Quebert. Marcus espère ainsi que l’inspiration lui reviendra pendant ce séjour à Goose Cove, grande et belle demeure en bord de mer, près d’Aurora, une petite ville tranquille du New Hampshire.

Quelques mois plus tard, au début de l’été, une sombre histoire refait surface : le corps de Nola Kellergan est retrouvé enterré dans le jardin d’Harry Quebert. Elle avait disparu le 30 août 1975 et elle était alors âgée de quinze ans. Harry est accusé de meurtre et Marcus ainsi que le pays tout entier apprennent qu’il avait une relation avec Nola ; il était alors âgé de trente-quatre ans et son chef d’œuvre L’origine du mal relate en fait leur histoire. Marcus va alors tout faire pour prouver que Harry est innocent : il se met à enquêter et à fouiller le passé…

Marcus est un personnage très attachant : humour fou, autodérision et fougue semblent le caractériser et je me suis tout de suite attachée à lui. Et le roman en lui-même est écrit avec fougue, il se lit d’une traite, on tourne les pages sans s’en rendre compte, on a terriblement envie de savoir de quoi il retourne, d’autant que beaucoup de questions font surface pages après pages…

Le roman alterne entre le récit de Marcus au présent et les aller-retour dans le passé. On prend un réel plaisir à lire ce récit qui joue sur deux registres : le roman et le policier et on ne s’ennuie pas une seule seconde! Chaque chapitre correspond à un conseil de lecture de Harry Quebert, il y en a 31 en tout et chaque conseil se fait le miroir de l’intrigue.

Certains dialogues incisifs, mordants et j’ai beaucoup ri :

« Je vous déteste, l’écrivain, tenez-vous-le pour dit. Ma femme a lu votre bouquin : elle vous trouve beau et intelligent. Votre tête, à l’arrière de votre livre, a trône sur sa table de nuit pendant des semaines. Vous avez habité dans notre chambre à coucher! Vous avez dormi avec nous! Vous avez dîné avec nous! Vous êtes parti en vacances avec nous! Vous avez pris des bains avec ma femme! Vous avez fait glousser toutes ses amies! Vous avez pourri ma vie! »

Je ne peux vraiment pas en dire plus sous peine de dévoiler des moments clés de l’intrigue… Mais ce roman est juste fascinant, l’écriture nous captive, l’intrigue se déroule et les rebondissements surviennent jusqu’aux toutes dernières pages, sans que l’on se doute de rien! J’ai rarement lu un thriller comme celui-ci, on est vraiment tenu en haleine pendant plus de 800 pages et on ne s’en lasse pas.

Je le recommande vivement ! C’était un vrai plaisir de lecture qui m’a poursuivie sur la plage. Et j’ai vraiment eu du mal à m’en défaire, je n’avais pas envie de quitter ces personnages, cet univers… Petit plus : les réflexions sur l’écriture et la littérature qui jalonnent les pages de ce roman… « Les livres sont comme la vie, Marcus. Ils ne se terminent jamais vraiment. »

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« Au cas où vous ne l’auriez pas encore remarqué, la vie, d’une manière générale, n’a pas de sens. Sauf si vous vous efforcez de lui en donner un et que vous vous battez chaque jour que Dieu fait pour atteindre ce but. Vous avez du talent, Marcus : donnez du sens à votre vie, faites souffler le vent de la victoire sur votre nom. Être écrivain, c’est être vivant. »

« Écrivez parce que c’est le seul moyen pour vous de faire de cette minuscule chose insignifiante qu’on appelle vie une expérience valable et gratifiante. »

« Tout ce que je sais, c’est que la vie est une succession de choix qu’il faut savoir assumer ensuite. »

« Vous voyez Marcus, notre société a été conçue de telle façon qu’il faut sans cesse choisir entre raison et passion. La raison n’a jamais servi personne et la passion est souvent destructrice. J’aurais donc bien de la peine à vous aider. »