Martin Page – Manuel d’écriture et de survie ****

manuelecritureetsurvie1-173x300

Editeur : Seuil – Date de parution : 2014 – 171 pages

*

Dans ce Manuel d’écriture et de survieMartin Page répond aux lettres d’une jeune écrivaine du nom de Daria. À travers cette correspondance, l’auteur nous livre des réflexions sur l’écriture, l’art, l’écrivain et la condition d’écrivain.

Ces lettres sont aussi l’occasion pour Martin Page de se livrer ; au fil des échanges, on en apprend davantage sur lui, son quotidien, ses habitudes littéraires. Ces lettres sont comme une fenêtre ouverte sur une part de son intériorité. On découvre un regard sur le monde, une pensée ; ses influences artistiques et humanistes. Martin Page convoque des auteurs, peintres, artistes, scientifiques pour étayer ses propos. Un petit bouquin truffé de références littéraires, de conseils, de culture ; riche d’enseignements sur l’écriture, mais aussi la vie, tout simplement.

Un petit bijou qui nous offre de belles réflexions sur la fiction, l’imaginaire et qui regorge de conseils de lecture. Un texte essentiel pour tout amoureux de l’art et des livres, dont la lecture nous enrichit.

***

« L’art est un crime contre la réalité. Par ses incessantes transformations, il remet en cause l’intégrité du monde et de la société, comme le meurtre remet en cause l’intégrité du corps d’une personne. Un œuvre d’art coupe le souffle, accélère notre cœur, nous transforme, enrichit notre rapport aux formes, aux couleurs et aux sons. Nous ne sommes pas changés au point d’en mourir, mais la réalité jusque-là connue meurt pour être remplacée par une autre, plus complexe, plus étrange. »

« Nous naissons avec mille bras et mille cœurs, et nous n’arrêtons pas d’en perdre tout au long de notre vie. On nous déforeste sans cesse, c’est douloureux, mais nous sommes vastes, personne n’arrivera à bout de nous. »

« Un écrivain ne braque pas de banques, il braque le réel. L’art m’a permis de vivre, dans tous les sens du terme.

 

Publicités

Julia Kerninon – Une activité respectable ****

9782812612039

Éditeur : Le Rouergue – Date de parution : – pages

*

« … allongée dans ma chambre sur le lit, un livre posé légèrement sur le nombril, en me sentant tellement à ma place, tellement complète. »

Julia Kerninon revient sur la façon dont est né son amour des livres et de la littérature. Tout a commencé grâce à ses parents, deux lecteurs fous des mots, accros aux livres. Surtout sa mère-léopard qui l’emmène dès ses premières années à Paris, déambuler chez Shakespeare & Compagnie. La romancière rend hommage à l’enfance livresque que ses parents lui ont ainsi donné. Ce petit cercle familial empreint de lecture. Leur maison pleine de livres, avec un pêcher dans le jardin.

L’écriture de Julia Kerninon s’écoule lentement, mot après mot – elle est à la fois sinueuse et fluide. Avec talent, elle inscrit des mots sur son amour des lettres. J’ai aimé ses réflexions et ses souvenirs : ses lectures compulsives, les conseils de sa mère, cette figure incontournable dans sa vie d’écrivain, qui l’a poussée dans les bras de la littérature et lui a donné sa vocation. Sa mère qui lisait tout ce qui lui tombait sous la main et sous les yeux.

Je découvre une voix forte et déterminée, qui me plaît tout de suite. Comment n’ai-je pas lu cette auteure avant ?! Autobiographie littéraire et livre-témoignage essentiel à tout amoureux des livres, hérissé de post-it, ce bouquin fera certainement l’objet de nombreuses relectures…  ❤

IMG_1855

***

« Nous avions beaucoup, beaucoup de chance, me disait-elle, parce que nous avions les livres et que dans les livres les phrases étaient éternelles, noir sur blanc, solides, crédibles – elles n’étaient pas en l’air, elles ne venaient pas de n’importe qui (…) et elles nous livraient le monde entier, le monde accéléré, perfectionné, lavé de ses scories, sans temps mort, un cours d’eau pur et bondissant, un monde dans lequel nous pouvions nous échapper chaque fois que le monde réel cessait d’être intéressant, ce qui arrivait beaucoup trop souvent quand quelqu’un venait nous parler. »

Cécile Coulon – Le rire du grand blessé ***

le rire

Éditeur : Points – Date de parution : août 2015 – 135 pages

*

1075 est un Agent chargé d’empêcher une population droguée aux Livres de se perdre dans son addiction, il a pour rôle de refréner leurs ardeurs ; il est surtout chargé d’assurer la sécurité lors des Manifestations à Haut Risque pendant lesquelles un Liseur offre cent-dix pages de mots à la foule parquée dans un stade… Les mots sont dotés d’un pouvoir stupéfiants, ils font ressentir une multitude d’émotions violentes à la foule, ce sont des armes chargées. Il y a les Livres Frisson qui font hurler d’angoisse, Livres Terreur qui inspirent une panique sans borne, les Livres Chagrin qui provoquent un flot de larmes… Les Livres Tendresse ont moins de succès. Les mots : une drogue publique, ils provoquent l’exacerbation des émotions.

Une seule exigence pour être Agent : être analphabète et faire le serment de ne jamais apprendre à lire. Les Agents sont surveillés à toute heure du jour et de la nuit ; ils vivent en vase clos. Cette fonction est la seule issue de secours, la seule planche de salut pour les oubliés de la société, les laissés-pour-compte.

Ce nouveau régime de terreur mis en place par un obscur gouvernement est le suivant : faire surveiller les lecteurs par ceux qui ne savent pas déchiffrer une lettre. Le pouvoir est donné aux analphabètes, ils deviennent l’élite du pays, tandis que les lecteurs sont considérés comme de vulgaires junkies. Mais un jour, au hasard des couloirs d’un hôpital, 1075 rencontre une institutrice…

Je n’en dirai pas plus car l’intrigue se dévoile petit à petit et ce court roman est très bien ficelé!

Dès les premières lignes, ce livre de pure science fiction m’a fait pensé à Fahrenheit 451 de Ray Bradbury, qui était pour moi un très beau coup de cœur, par rapport aux livres qui inspirent le danger. J’ai aussi pensé au roman d’Aldous Huxley, Le Meilleur des mondes.

On sent une maîtrise incroyable de l’écriture de Cécile Coulon. Le récit est fluide, les mots percutants tout autant que l’histoire en elle-même. J’avais déjà été saisie par l’écriture de l’auteure dans Méfiez-vous des enfants sages. Je ne suis pas déçue ici. J’ai été totalement captive et captivée par l’histoire.

J’ai été plongée littéralement cette histoire qui mêle avec brio des réflexions autour de la liberté, la lecture, la littérature et une évidente critique d’une certaine littérature commerciale.

***

« Cinquante mille spectateurs pour un Livre Frisson. La Lecture à peine commencée, des passionnés s’évanouiraient au premier rang, pousseraient des hurlements d’angoisse à crever les tympans. »

« Aucun détail laissé au hasard : rien ne les poussait à apprendre à lire. On enlevait magazines, livres, jeux, calendriers, notices, étiquettes. Ce qui comportait mots, phrases ou paragraphes était banni. Les tubes de dentifrice ne portaient aucune mention, pas plus que les pots de moutarde. »

Joël Dicker – La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert ****

la vérité

Éditeur : De Fallois Poche – Date de parution : avril 2014 – 862 pages

4ème de couverture : « Joël Dicker est né à Genève en 1985. La Vérité sur l’affaire Harry Quebert est son deuxième roman. Il a obtenu successivement en 2012 le Prix de la Vocation Bleustein-Blanchet, le Grand Prix du Roman de l’Académie française et le 25ème Prix Goncourt des Lycéens. »

***

Pour une fois, la 4ème de couverture (du moins pour la version poche) ne dit pas grand chose de ce pavé de 860 pages… Et tant mieux !! Dès les premiers mots de ce roman, j’ai été happée par l’intrigue! Autant le dire tout de suite : c’est un coup de cœur pour moi.

Printemps 2008, New York. Marcus Goldman, jeune homme peu conventionnel, surnommé Le Formidable depuis le lycée, a depuis toujours eu pour rêve de devenir écrivain. Il a fini par écrire LE best seller qui le propulse en tête des ventes. Mais un an après, il se retrouve aux prises avec le syndrome de la page blanche…  Il contacte alors son ancien professeur de littérature, ami de toujours et grand écrivain de renom qui lui a tout appris, Harry Quebert. Marcus espère ainsi que l’inspiration lui reviendra pendant ce séjour à Goose Cove, grande et belle demeure en bord de mer, près d’Aurora, une petite ville tranquille du New Hampshire.

Quelques mois plus tard, au début de l’été, une sombre histoire refait surface : le corps de Nola Kellergan est retrouvé enterré dans le jardin d’Harry Quebert. Elle avait disparu le 30 août 1975 et elle était alors âgée de quinze ans. Harry est accusé de meurtre et Marcus ainsi que le pays tout entier apprennent qu’il avait une relation avec Nola ; il était alors âgé de trente-quatre ans et son chef d’œuvre L’origine du mal relate en fait leur histoire. Marcus va alors tout faire pour prouver que Harry est innocent : il se met à enquêter et à fouiller le passé…

Marcus est un personnage très attachant : humour fou, autodérision et fougue semblent le caractériser et je me suis tout de suite attachée à lui. Et le roman en lui-même est écrit avec fougue, il se lit d’une traite, on tourne les pages sans s’en rendre compte, on a terriblement envie de savoir de quoi il retourne, d’autant que beaucoup de questions font surface pages après pages…

Le roman alterne entre le récit de Marcus au présent et les aller-retour dans le passé. On prend un réel plaisir à lire ce récit qui joue sur deux registres : le roman et le policier et on ne s’ennuie pas une seule seconde! Chaque chapitre correspond à un conseil de lecture de Harry Quebert, il y en a 31 en tout et chaque conseil se fait le miroir de l’intrigue.

Certains dialogues incisifs, mordants et j’ai beaucoup ri :

« Je vous déteste, l’écrivain, tenez-vous-le pour dit. Ma femme a lu votre bouquin : elle vous trouve beau et intelligent. Votre tête, à l’arrière de votre livre, a trône sur sa table de nuit pendant des semaines. Vous avez habité dans notre chambre à coucher! Vous avez dormi avec nous! Vous avez dîné avec nous! Vous êtes parti en vacances avec nous! Vous avez pris des bains avec ma femme! Vous avez fait glousser toutes ses amies! Vous avez pourri ma vie! »

Je ne peux vraiment pas en dire plus sous peine de dévoiler des moments clés de l’intrigue… Mais ce roman est juste fascinant, l’écriture nous captive, l’intrigue se déroule et les rebondissements surviennent jusqu’aux toutes dernières pages, sans que l’on se doute de rien! J’ai rarement lu un thriller comme celui-ci, on est vraiment tenu en haleine pendant plus de 800 pages et on ne s’en lasse pas.

Je le recommande vivement ! C’était un vrai plaisir de lecture qui m’a poursuivie sur la plage. Et j’ai vraiment eu du mal à m’en défaire, je n’avais pas envie de quitter ces personnages, cet univers… Petit plus : les réflexions sur l’écriture et la littérature qui jalonnent les pages de ce roman… « Les livres sont comme la vie, Marcus. Ils ne se terminent jamais vraiment. »

***

« Au cas où vous ne l’auriez pas encore remarqué, la vie, d’une manière générale, n’a pas de sens. Sauf si vous vous efforcez de lui en donner un et que vous vous battez chaque jour que Dieu fait pour atteindre ce but. Vous avez du talent, Marcus : donnez du sens à votre vie, faites souffler le vent de la victoire sur votre nom. Être écrivain, c’est être vivant. »

« Écrivez parce que c’est le seul moyen pour vous de faire de cette minuscule chose insignifiante qu’on appelle vie une expérience valable et gratifiante. »

« Tout ce que je sais, c’est que la vie est une succession de choix qu’il faut savoir assumer ensuite. »

« Vous voyez Marcus, notre société a été conçue de telle façon qu’il faut sans cesse choisir entre raison et passion. La raison n’a jamais servi personne et la passion est souvent destructrice. J’aurais donc bien de la peine à vous aider. »