Sarah Ladipo Manyika – Comme une mule qui apporte une glace au soleil ***

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10-18 – mai 2019 – 140 pages

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Morayo Da Silva est une professeur nigériane à la retraite, habitant San Francisco. Son anniversaire approche, elle a envie de s’acheter des fleurs, d’en offrir. Et elle réfléchit au tatouage qu’elle aimerait se faire faire sur le corps… Chaque anniversaire est pour elle une fête, et c’est aussi l’occasion de faire quelque chose de nouveau – nager, s’initier à la plongée sous-marine, même à soixante quinze ans. Elle déambule dans les rues de Haight-Ashbury, à pied ou au volant de sa Porsche, portant ses turbans et tissus les plus colorés, savourant sa liberté.

Mais après une chute dans sa salle de bain, elle se retrouve à La Bonne Vie, un centre de rééducation où le quotidien lui paraît bien fade. Alors, Morayo survit grâce aux souvenirs – son amie Jocelyn, sa ville natale Jos, son ex-mari diplomate César et son amant Antonio… et elle convoque ses personnages de romans préférés, les fait se rencontrer, discuter, vivre d’autres vies. Elle leur invente de nouvelles destinées – la littérature lui est si précieuse. Morayo est une femme qui a toujours un livre sur elle, pour survivre en toutes situations.

J’ai dévoré ce petit roman en deux temps trois mouvements : une lecture trop courte à mon goût, qui me laisse un petit goût d’inachevé. On a envie d’en apprendre davantage sur Morayo, sur sa vie, son passé… Ce récit tient plus de la nouvelle que du roman. Je reste donc sur ma fin, même si j’ai pris plaisir à dévorer ces pages, où souvenirs et littérature côtoient la joie de vivre et la légèreté incroyable d’une femme qui ne sera jamais vieille.

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Yannick Haenel – Tiens ferme ta couronne ***

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Folio – février 2019 – 368 pages

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Jean a écrit un scénario long et indigeste sur la vie de Melville, que seul Michael Cimino, le réalisateur maudit de Voyage au bout de la nuit, pourrait réaliser. En cherchant à le rencontrer, Jean se retrouve à New York à la Frick Collection, à patienter devant Le Cavalier polonais de Rembrandt.

Jean a 49 ans ; plutôt solitaire, il passe ses journées seul à siroter de la vodka et à buller devant des films – il développe une obsession pour Apocalypse Now. Il aime aussi déclamer des noms de poètes dans la nuit. Jean est un personnage loufoque et décalé, un peu timbré et complètement à la ramasse. « Il faut être fou, sans doute, pour éprouver une telle insouciance alors qu’on frôle le gouffre. » Il n’a plus d’argent sur son compte, ne fréquente quasiment plus personne à part son voisin Tot, un homme curieux qui collectionne les fusils de chasse et qui s’absente souvent en lui demandant de s’occuper de Sabbat, son dalmatien.

A la poursuite du daim blanc de la vérité, Jean nous embarque dans une aventure aux accents cinéphile et littéraire, franchement surréaliste, de Paris à New York, en passant par Colmar et le lac de Némi en Italie.

Tiens ferme ta couronne est un roman halluciné à l’écriture séduisante qui m’a au début pas mal déroutée : je ne voyais absolument pas où j’allais, et puis, j’ai cessé de me poser la question et j’ai savouré cette curieuse lecture. Au fil des pages, je me suis laissée emporter par cette drôle d’histoire, oscillant entre scepticisme, curiosité et attachement.

Petit clin d’œil à un précédent roman de l’auteur, Les Renards pâles. Dans lequel Jean vivait dans une voiture, stationnée au 27 rue de la Chine ; « nous n’avions plus d’identité car l’identité n’était qu’un piège, un consentement au contrôle ».

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« J’ai pensé que peut-être il me fallait devenir fou pour devenir sage. »

Marie Pavlenko – Un si petit oiseau ****

Chronique à venir ! Le 2 janvier, pour sa parution en librairie

Flammarion – 2 janvier 2019 – 400 pages

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Le nouveau roman de Marie Pavlenko s’ouvre sur l’accident de voiture d’Abigael et de sa mère. L’adolescente y perdra un bras et une main. Elle vit désormais avec une prothèse – qu’elle ne met pas toujours – et un avenir incertain, obscur. « Elle flotte dans un présent trop grand pour elle. » 

Abi cherche en vain la personne qui ne perdra pas son sourire en voyant sa prothèse ou sa manche vide, en comprenant sa réalité. Sa famille déménage, change de quartier. Histoire de ne pas avoir à affronter les regards, les questions… Abi coupe les ponts avec ses amis, ses amours. Il n’y a que sa tante Coline – et son franc parler – qu’elle laisse l’appeler sa « croquette manchote ». Jour après jour, l’adolescente tente d’accepter cette nouvelle réalité, d’apprivoiser sa douleur et sa perte.

« C’est comme si avant, à l’intérieur, j’avais une grande forêt, pleine d’oiseaux et de promesses. Elle a disparu, Coline, tu comprends? C’est comme ça. À la place, il y a des herbes jaunes, des mares sans eau, du silence et de la terre craquelée. »

Et puis un matin, Abi reçoit un colis. Un livre : La Main coupée, de Blaise Cendrars. Aucune mention d’expéditeur, elle ne sait pas qui lui envoie ce livre si bien choisi. Dans le même temps, Coline lui offre Yoru, un chaton de trois mois. Et elle retrouve Aurèle, son amoureux de l’école primaire… ensemble ils vont rire, observer la nature et les oiseaux…

Une lecture dévorée avec délectation et un beau roman sur le handicap écrit sans le moindre pathos mais avec une bonne dose d’humour. Marie Pavlenko a un talent fou pour mêler humour et émotion. J’ai ri. J’ai pleuré. Les mots de la romancière m’ont fait chavirer, et même décoller.

Un si petit oiseau est une belle pépite, au même titre que Je suis ton soleil. On y retrouve le même attachement pour des personnages sincères et vrais ; le même humour subtilement ravageur. Et la présence précieuse de la littérature, toujours – comme un baume souverain. Abi ne se laisse pas abattre, elle s’accroche à la vie et à l’espoir ; c’est une belle personne qui va puiser sa force dans la nature et la littérature. ❤

Bilan 2018 & Coups de coeurs 💕 


Je me répète chaque année, mais quelle folie ce temps qui file à une allure surréaliste… Plus on vieillit et plus ce fichu temps nous file entre les doigts.

Cette année, mon bébé est devenue un grand bébé ; elle s’est mise à marcher, à crapahuter dans tout l’appartement, à vider les placards régulièrement, à dire « non non non » et à hurler « chaaaat » dès qu’elle voyait une boule de poils à moustaches. Elle s’est mise à nous faire plein de bisous en tendant sa petite lippe, à nous dire « monamou » en nous tendant tous les livres qu’on lui a déjà lu 2397474 fois. Elle s’est mise aussi à nous arracher nos lunettes, nous foutre deux-trois baffes dans la tronche sans raison et notre bienveillance a vacillé plus d’une fois… Bref, avec un enfant on en apprend tous les jours (surtout sur soi et le constat n’est pas toujours reluisant). Mais l’amour est inimaginable, démesuré et fou. Toujours. ♥️

Côté lectures, j’atteins les 130 lectures cette année, dont 33 bandes dessinées & albums, ce qui est un record pour moi…! Les lectures de 2018 sont marquées par davantage de littérature jeunesse, davantage de BD, toujours énormément de littérature étrangère… Et de belles et étonnantes découvertes en littérature française. De beaux échanges avec vous, que ce soit sur le blog ou sur Instagram. De beaux partenariats notamment avec Grasset et sa collection de littérature étrangère qui est une véritable mine d’or… 

Et 2019 s’annonce tout aussi excitant littérairement parlant ; au mois de janvier, je rencontre deux auteures – Marie Pavlenko et Anne-Laure Bondoux – et j’assiste à la présentation de presse de l’école des loisirs pour leur rentrée littéraire d’hiver. J’ai hâte. 2019 sera aussi placé sous le signe du voyage : nous partons à la conquête du Far West tous les 3 en juillet…! 

❤ ❤ ❤

 

Voici les livres qui ont marqué mon année

 

* Côté romans *

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* Côté bandes dessinées et albums *

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* Côté jeunesse *

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Je vous souhaite à toutes et à tous une très belle année 2019, riche en littérature, en lectures, en voyages, en échanges, en découvertes… Et un beau réveillon ✨

 

 

Bilan livresque de l’année 2017

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Je n’en reviens toujours pas de devoir écrire ce bilan… Déjà ! Cette année 2017 a filé à une allure folle. Une année tellement riche. Tellement de changements. Même si l’arrivée d’un petit bout de chou a quelque peu changé mes habitudes – pour ne pas dire révolutionné ma vie de bout en bout – mon amour des livres et ma consommation littéraire n’ont – presque – pas changé. Juste avant la naissance, j’ai lu à un rythme assez soutenu – merci gros bidon et petit congé mat’ – et après j’ai dévoré les bouquins à une allure plus modérée. Je commence aussi à connaître le bonheur de faire découvrir les livres à ma fille, qu’ils soient en carton ou en tissus – en papier il vaut mieux éviter de la laisser seule avec, même si elle adore piquer mon livre quand elle me voit lire à côté d’elle. Bref, 2018 me réserve encore de beaux horizons littéraires, je l’espère…!

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135 livres lus cette année, dont 21 bandes dessinées & albums.

Parmi mes lectures, voici celles qui m’ont particulièrement marquée :

° Littérature étrangère °

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° Littérature jeunesse °

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° Littérature française °

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° Romans graphiques °

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° Poésie °

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° Ovni °

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° Pavés chéris °

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Je vous souhaite à tous une très belle année 2018, de belles et enrichissantes lectures, des découvertes culturelles, des pépites et des étoiles dans les yeux.

 

Martin Page – Manuel d’écriture et de survie ****

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Editeur : Seuil – Date de parution : 2014 – 171 pages

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Dans ce Manuel d’écriture et de survieMartin Page répond aux lettres d’une jeune écrivaine du nom de Daria. À travers cette correspondance, l’auteur nous livre des réflexions sur l’écriture, l’art, l’écrivain et la condition d’écrivain.

Ces lettres sont aussi l’occasion pour Martin Page de se livrer ; au fil des échanges, on en apprend davantage sur lui, son quotidien, ses habitudes littéraires. Ces lettres sont comme une fenêtre ouverte sur une part de son intériorité. On découvre un regard sur le monde, une pensée ; ses influences artistiques et humanistes. Martin Page convoque des auteurs, peintres, artistes, scientifiques pour étayer ses propos. Un petit bouquin truffé de références littéraires, de conseils, de culture ; riche d’enseignements sur l’écriture, mais aussi la vie, tout simplement.

Un petit bijou qui nous offre de belles réflexions sur la fiction, l’imaginaire et qui regorge de conseils de lecture. Un texte essentiel pour tout amoureux de l’art et des livres, dont la lecture nous enrichit.

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« L’art est un crime contre la réalité. Par ses incessantes transformations, il remet en cause l’intégrité du monde et de la société, comme le meurtre remet en cause l’intégrité du corps d’une personne. Un œuvre d’art coupe le souffle, accélère notre cœur, nous transforme, enrichit notre rapport aux formes, aux couleurs et aux sons. Nous ne sommes pas changés au point d’en mourir, mais la réalité jusque-là connue meurt pour être remplacée par une autre, plus complexe, plus étrange. »

« Nous naissons avec mille bras et mille cœurs, et nous n’arrêtons pas d’en perdre tout au long de notre vie. On nous déforeste sans cesse, c’est douloureux, mais nous sommes vastes, personne n’arrivera à bout de nous. »

« Un écrivain ne braque pas de banques, il braque le réel. L’art m’a permis de vivre, dans tous les sens du terme.

 

Julia Kerninon – Une activité respectable ****

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Éditeur : Le Rouergue – Date de parution : – pages

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« … allongée dans ma chambre sur le lit, un livre posé légèrement sur le nombril, en me sentant tellement à ma place, tellement complète. »

Julia Kerninon revient sur la façon dont est né son amour des livres et de la littérature. Tout a commencé grâce à ses parents, deux lecteurs fous des mots, accros aux livres. Surtout sa mère-léopard qui l’emmène dès ses premières années à Paris, déambuler chez Shakespeare & Compagnie. La romancière rend hommage à l’enfance livresque que ses parents lui ont ainsi donné. Ce petit cercle familial empreint de lecture. Leur maison pleine de livres, avec un pêcher dans le jardin.

L’écriture de Julia Kerninon s’écoule lentement, mot après mot – elle est à la fois sinueuse et fluide. Avec talent, elle inscrit des mots sur son amour des lettres. J’ai aimé ses réflexions et ses souvenirs : ses lectures compulsives, les conseils de sa mère, cette figure incontournable dans sa vie d’écrivain, qui l’a poussée dans les bras de la littérature et lui a donné sa vocation. Sa mère qui lisait tout ce qui lui tombait sous la main et sous les yeux.

Je découvre une voix forte et déterminée, qui me plaît tout de suite. Comment n’ai-je pas lu cette auteure avant ?! Autobiographie littéraire et livre-témoignage essentiel à tout amoureux des livres, hérissé de post-it, ce bouquin fera certainement l’objet de nombreuses relectures…  ❤

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« Nous avions beaucoup, beaucoup de chance, me disait-elle, parce que nous avions les livres et que dans les livres les phrases étaient éternelles, noir sur blanc, solides, crédibles – elles n’étaient pas en l’air, elles ne venaient pas de n’importe qui (…) et elles nous livraient le monde entier, le monde accéléré, perfectionné, lavé de ses scories, sans temps mort, un cours d’eau pur et bondissant, un monde dans lequel nous pouvions nous échapper chaque fois que le monde réel cessait d’être intéressant, ce qui arrivait beaucoup trop souvent quand quelqu’un venait nous parler. »