Marion Richez – L’Odeur du Minotaure ***

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Sabine Wespieser – août 2014 – 128 pages

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C’est dans une boîte à livres vendéenne que j’ai déniché ce roman, déposé par une bibliothèque qui s’en séparait. Le titre et la quatrième de couverture m’intriguaient.

Aussitôt déniché, aussitôt lu. Un court récit que j’ai dévoré le temps d’une journée.

Marjorie est une petite fille d’abord, qui ne garde de son échappée près des vaches dans un champ, qu’une trace sur le bras. La trace des barbelés contre lesquels elle a lutté. On la retrouve plus tard, jeune fille vivant sa première histoire d’amour. Elle l’oubliera vite, de même que son enfance campagnarde un peu morne. Elle devient l’attachée privilégiée d’un ministre. Sûre d’elle, belle et vaniteuse, menant une vie aisée, elle se joue des hommes et de son passé. Elle serait même un peu croqueuse d’homme…

Et puis, un matin, un numéro s’affiche sur son téléphone… Sa mère lui annonce que son père est mourant. Au volant de sa voiture, Marjorie fonce sur l’autoroute. Puis la quitte brusquement. Se retrouve sur une sinueuse route de campagne. Il fait nuit. L’angoisse l’écrase et soudain un choc ébranle sa voiture. Elle vient de percuter un cerf immense.

Le cerf rend son dernier souffle et la vie de Marjorie bascule. Désormais, plus rien ne sera comme avant…

L’odeur du Minotaure est un roman d’une âpre beauté qui nous raconte la métamorphose d’une femme. Armée d’une écriture ciselée et poétique, Marion Richez raconte l’animalité qui colonise peu à peu Marjorie – ce « je » qui oscille entre humanité et bestialité. Un récit envoûtant et surprenant, qui m’a rappelé un ouvrage d’Eric Pessan sur le même thème – La Hante. De ce roman, j’ai tout aimé, sauf l’épilogue, qui m’a laissée profondément perplexe…

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Pouchkine – Eugène Onéguine ***

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Folio – 1996 – 336 pages

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Ce classique de la littérature russe, je n’en ai entendu vraiment parler que lorsque j’ai lu le roman de Clémentine Beauvais, Songe à la douceur. Depuis, j’avais très envie de découvrir l’Eugène de Pouchkine…

C’est par la voix d’un narrateur très présent, un ami proche des deux héros, que nous est racontée la jeunesse d’Eugène ; son goût pour les femmes, le dandysme, les bals. Sa rencontre avec Lenski. Sa rencontre avec la douce Tatiana, timide, amoureuse de la nature, contemplative. Une fille simple avec ses rêves qui découvre la passion et ses souffrances.

Tatiana déclare sa flamme à Eugène à travers une longue lettre mais il se fiche de ses élans, elle est trop jeune. Il est las des mondanités, tout l’ennuie. Après une provocation en duel avec son ami de toujours qui y perd la vie, Eugène prend le large et se retire du monde. Des années plus tard, il retrouvera Tatiana, mariée à un général, changée. Il en tombera follement amoureux

Eugène Onéguine est un roman en vers, un long poème, avec des passages fulgurants et sublimes. Un petit bijou poétique de l’époque romantique. Un chant d’amour et de spleen, en huit chapitres qui se lisent avec délectation.

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Jim Harrison – Un bon jour pour mourir **

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Editions 10-18 – 2003 – 224 pages

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Quasiment 20 jours sans chroniques… et pour cause, je suis depuis le 8 juillet en plein road trip dans l’Ouest américain! Pas beaucoup le temps de lire, et donc pas le temps de chroniquer. Vous pouvez suivre mon voyage sur Insta. Mais je profite malgré tout d’une insomnie pour vous parler de ce roman de Jim Harrison, lu avant mon départ. Et ça tombe bien car dans quelques heures, nous serons au Grand Canyon.

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De Key West au Grand Canyon, ce court roman de Jim Harrison nous offre un petit road trip dans l’Amérique des années 60 avec trois compagnons de route assez spéciaux…

Le narrateur – il restera anonyme, caché derrière le Je – est un trentenaire amateur de pêche, un peu paumé, coureur de jupons. Il se réveille trop souvent sans aucun souvenir de la veille, sans connaître le nom de la femme qui se trouve dans son lit… Alcoolique mélancolique et camé plus que de raison.

C’est dans un bar que tout commence ; il fait la connaissance de Tim, un drôle de type qui a combattu avec les marines au Vietnam. Après une partie de billard, ils décident de prendre la route vers le Grand Canyon pour faire sauter le barrage qui serait en train d’y être construit… Sans vérifier l’information, ils entament leur road trip en embarquant Sylvia, la petite amie de Tim. Une jeune femme amoureuse et torturée, aux longues jambes, de qui le narrateur tombe forcément amoureux et pour qui il se meurt de désir du début à la fin du voyage.

Un récit déjanté et tragique, entre drogue, alcool, dynamite et amours contrariées. On pense forcément à Kerouac et aux beatniks. Pas mon préféré de l’auteur mais très plaisant à lire malgré tout.

Luis Miguel Rivas – Le Mort était trop grand **

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Grasset – avril 2019 – 432 pages

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Villeradieuse est une petite ville de Colombie contaminée jusqu’à la moelle par la mafia ; le terrible don Efrem règne sur la région. Chepe s’est fait assassiné il y a deux mois, dans des circonstances obscures. Un soir, alors que son ami Miguel prend un verre dans un bar, il croise un homme qui porte les bottes que Chepe avait aux pieds lorsqu’il est mort. Il en est certain, ce sont les mêmes. L’homme lui avoue qu’elles appartiennent en effet à Chepe… Mais il ne l’a pas tué ! Il les a achetées à un homme qui revend les vêtements des morts, grâce à un trafic entretenu avec les morgues…

Pour gagner du temps, les deux jeunes se rendent directement à la morgue acheter des vêtements. Miguel se retrouve avec une tenue de marque complète ; celle que portait Martel lorsqu’il est assassiné. Petit problème : il s’agit du pire ennemi de don Efrem. Miguel se retrouve poursuivit par deux hommes de main particulièrement abrutis qui pensent avoir affaire au revenant de Martel… Don Efrem est bien trop occupé à tout mettre en oeuvre pour séduire la sublime Lorena pour s’occuper de ces histoires…

Un roman tragi-comique, cocasse à souhait, mettant en scène des personnages tous plus ridicules les uns que les autres. Une comédie bien menée, que j’ai trouvée plaisante à lire – certains passages m’ont fait glousser – mais que j’oublierai certainement vite, n’étant pas une adepte de ce genre de romans.

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« Vers 5h du mat, je commence à avoir sommeil, logique, j’ai pas pris de coke. J’aime bien la coke, mais ça me détraque. Le lendemain je me réveille avec une culpabilité monstrueuse, comme si javais buté un curé et quatre bonnes sœurs. »

Camille Anseaume – Ta façon d’être au monde ***

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Pocket – 2017 – 168 pages

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« Tu vis comme tu respires, sans t’en apercevoir. »

L’une est une enfant discrète, sans cesse inquiète, angoissée par la fin de toute chose, obsédée par l’organisation du temps et le rangement. Maladroite et rêveuse, elle a besoin de contempler le malheur des autres pour se rassurer sur son propre bonheur.

L’autre est un rayon de soleil, son sourire est lumineux, sa vie de famille enivrante et joyeuse.

L’une est légère et insouciante, l’autre semble porter le poids du monde sur les épaules…

Elles se rencontrent à l’âge de dix ans et ne se quittent plus ; pour elles c’est une évidence : elles sont sœurs. Ou demi-sœurs. Elles le clament à qui veut l’entendre.

Au début, aucun prénom ne nous est donné, leur identité demeure dans l’anonymat. Il y a juste le « elle » et le « tu » pour les identifier, toi et la petite fille puis la jeune fille… jusqu’au drame.

Elles partagent tout, de l’école au lycée, en passant par leurs années collège, leurs étés à Ker Timéoscor… Leurs premières fois – premières cigarettes, premiers baisers… Après le drame, elles partagent la mort, le chagrin, sans fin.

Une lecture âpre qui se lit d’une traite. Une écriture incisive, implacable. L’inéluctable se dessine au fil des pages… Camille Anseaume a l’art d’écrire entre les lignes, entre les mots. La vérité s’immisce de façon sournoise entre les lignes, entre les deux jeunes femmes. Les mots de la fin me sont restés en travers de la gorge ; j’étais sonnée en refermant ce bref roman.

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« Quelque chose en elle lui murmure que c’est beau l’enfance, et que ça meurt aussi. Elle essaye d’immortaliser la scène, avant d’y revenir. Trop tard, elle en a déjà fait un souvenir. »

Nastasia Rugani – Milly Vodović ****

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Editions Memo – Collection Grande Polynie – 2018 – 224 pages

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Aujourd’hui, Milly a eu la rage au ventre. En voyant Swan Cooper tirer des balles de revolver à deux pas de son grand frère Almaz, son sang n’a fait qu’un tour. Dans un élan bestial, elle s’est jetée sur Swan Cooper avec l’intention de lui régler son compte. Le lascar se retrouve le bras et le nez cassés, salement amoché.

Deux personnages troublants se rencontrent alors :

Milly, cette gamine ensauvagée, de seulement douze ans. Elle a l’amour des forêts et des bêtes chevillé au corps. « Elle est petite et mince mais son instinct est une forêt. » L’adolescence bouillonne en elle. « Au creux de ses entrailles, on s’agite. » Une couronne en papier sur la tête, la « Reine des casses-pieds » flotte dans un pull et des bottes trop grandes pour elle.

Et Swan Cooper, cet adolescent à la personnalité très ambivalente, hanté par son écrivaine de mère et la maladie qui la ronge petit à petit. Pour elle, il est capable du meilleur comme du pire ; il fait les meilleurs beignets de fleurs d’orage.

Après cet épisode très humiliant, Almaz est monstrueusement vexé et il n’adresse plus la parole à Milly. « Tu n’es plus ma sœur, déclare-t-il avec un calme inquiétant. »

Et puis d’étranges phénomènes font leur apparition à Birdtown, petite ville où certains ne digèrent pas la présence des étrangers – la famille de Milly est originaire de Bosnie… Des coccinelles envahissent brusquement la ville et un Mange-cœurs se met à errer dans les bois.

Milly Vodović est un roman d’une grande complexité et d’une grande beauté qui m’a laissée sans voix. Les mots de Nastiasia Rugani sont d’une telle poésie ; ils font naître des images à la fois neuves et anciennes.

Milly Vodović, c’est le récit complexe et enivrant d’une enfant qui ne veut pas grandir ; « Pour Milly, grandir est une abomination. Quitter l’enfance est impensable parce que c’est le lieu de tous les bonheurs : la liberté d’être qui l’on souhaite, de rêver fort et fou, de parler aux animaux, et d’être asexué. » [Nastasia Rugani]

Un récit beau et douloureux, aux accents prononcés de réalisme magique où la fiction et la réalité s’entremêlent et se confondent. ❤

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« Le vieil homme serre les dents et lui accorde un sourire, malgré la Bosnie qui s’étend sur lui comme un linceul. »

« Deux ombres maladroites, deux promesses de bonheur cramponnées l’une à l’autre dans la nuit argentée. »

« Comment font les gens pour porter tous ces gouffres en eux sans jamais devenir fou? »

Craquage en librairie #3

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Le premier parce que je suis une inconditionnelle de Delphine de Vigan, que je ne suis pas sortie indemne de ma lecture de Rien ne s’oppose à la nuit et que je ne pouvais tout simplement pas passer à côté de celui-là.

Le deuxième pour assouvir mon envie de classique et de frissons. Ensuite, il ne restera plus qu’à voir le célèbre film d’Hitchcock.

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Y’a pas à dire, acheter un livre ou deux, ça réconforte énormément. Du coup, je fais grimper ma PAL à 72 livres… Mais j’ai tout l’hiver pour l’écouler, tout va bien.

Bonnes lectures à tous!