Joy Harjo – Crazy Brave ****

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Editions Globe – janvier 2020 – 176 pages

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La petite Joy est une Indienne – un père Creek et une mère Cherokee avec des origines irlandaises. Issue d’une famille de conteurs et de musiciens, elle grandit à Tulsa en plein cœur de l’Oklahoma avec ses trois frères et sœurs. A leurs yeux, leur mère est comme une magicienne, elle confectionne vêtements et biscuits, elle chante aussi ; leur père est un homme mystérieux porté sur la boisson et en proie à des accès de rage qui disparaîtra bientôt de leur vie.

Joy est une enfant rêveuse ; elle pense que ses rêves ont le pouvoir de guérir les maladies. Elle aime jouer avec les animaux ; les couleuvres, crapauds, grenouilles et autres créatures peuplent tous ses jeux. Elle a un don pour le dessin et la peinture et sent d’instinct que son chemin ne sera pas le même que celui des autres et qu’elle en souffrira. La femme qu’elle s’apprête à devenir n’acceptera jamais le carcan des conventions. En apprenant à lire, Joy découvre la poésie des mots et s’en nourrit. L’art lui permet de se rapprocher de ses ancêtres.

La jeune amérindienne demeure hantée par le passé sanglant de son peuple. Une mémoire collective est inscrite dans sa chair dès la naissance et même avant.

Ce livre est une vraie pépite pour tout amoureux de la littérature américaine et amérindienne ; des poèmes parsèment le texte ; certains passages en italiques sont des fragments de souvenirs. Le roman se découpe en quatre chapitres comme autant de points cardinaux ; tout commence à l’Est, l’enfance, le soleil levant. Puis le Nord, qui apporte les changements. L’Ouest symbolise les séparations. Et le Sud, l’envol.

Dans une langue enveloppante et poétique, Joy Harjo nous livre son histoire. Sa jeunesse et sa découverte des arts, ses rencontres – tout ce qui lui a permis de devenir la femme qu’elle est aujourd’hui. Crazy Brave ne nous raconte pas seulement le parcours d’une femme mais d’une guerrière, une battante qui a voulu changer les choses et qui a trouvé le salut dans la poésie. Une oeuvre initiatique et autobiographique – un texte émancipateur et féministe – écrit avec le cœur et les tripes. ❤

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« Mon père m’avait raconté que certaines voix sont si vraies qu’elles peuvent devenir des armes, influer sur le climat et modifier le temps. »

« Personne ne meurt jamais vraiment. Le désir de notre cœur ouvre une voie. De nos pensées et de nos rêves nous faisons un héritage. Cet héritage donnera  à ceux qui nous suivent de la joie, ou du chagrin. »

Rachel Kushner – Le Mars Club ***

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Stock – La Cosmopolite – 2018 – 471 pages

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Romy Hall a 29 ans lorsqu’elle est transférée à la prison pour femme de Stanville, en Californie. Ancienne strip-teaseuse, originaire de San Francisco ; elle y a passé son enfance, son adolescence et sa jeunesse à descendre des bières dans les parcs, à zoner dans le brouillard et à se défoncer a l’héroïne.

Derrière les barreaux, Romy repense à ce qui l’a conduit en prison. « Si seulement je n’avais pas travaillé au Mars Club. Si seulement je n’avais pas rencontré Kennedy le Pervers. » Double condamnation à perpétuité pour avoir assassiné l’homme qui la harcelait. Pour, surtout, ne pas avoir eu les moyens de se payer un avocat digne de ce nom.

Dans son malheur, la jeune femme se raccroche à une certitude : son fils de sept ans, Jackson, est en sécurité avec sa mère… Jusqu’au jour où elle reçoit une nouvelle qui l’anéantie.

Le récit oscille entre les souvenirs de Romy dans le San Francisco des années 80 – Jimmy Darlings, son fils Jackson, son travail de strip-teaseuse au Mars Club – et son quotidien en prison, avec les autres détenues – Laura Lipp l’insupportable infanticide, Sammy sa fidèle acolyte de cellule, Conan le mystérieux.

Le Mars Club est un roman sur l’univers carcéral et sur la violence écrit avec beaucoup d’humanité ; c’est également un émouvant portrait de femme et de mère. J’ai été conquise par la plume envoûtante de Rachel Kushner. Une lecture percutante qui m’a passionnée et révoltée.

Hernán Díaz – Au Loin ***

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Editions 10-18 – 2018 – 277 pages

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Nous sommes au XIXème siècle. Pour beaucoup, Håkan demeure un mystère ; qui est cet homme mystérieux à la beauté sauvage, au visage tanné par le soleil et le temps et à la carrure impressionnante ? Sur le navire L’Impeccable qui fait route vers l’Alaska, les marins le surnomment Hawk, ne parvenant pas à prononcer son nom correctement. Sur son compte, les pires légendes circulent. Un soir, autour du feu, il finit par se livrer pour raconter la vérité.

Håkan Söderström est né dans une ferme en Suède, au nord du lac Tystnaden, en pleine campagne. Ses parents cultivaient les terres d’une homme riche. De sa fratrie décimée par la maladie, Håkan n’a plus que son frère Linus, de quatre ans son aîné, qui chaque soir lui raconter mille et une histoires sur le monde. Grâce à une vente miraculeuse, le père accumule un petit pécule et offre aux deux frères un voyage en Amérique, la terre providentielle par excellence. Mais au cours du voyage, Håkan perd Linus en pleine foule ; il se trompe de navire et débarque à San Francisco.

Håkan en est persuadé : son frère l’attend à New York, la ville où ils étaient censés débarquer ensemble. Le jeune adolescent va alors faire route vers « Nujårk », en sens inverse de la ruée vers l’or, bien décidé à retrouver son frère. Ce sera sans compter sur les aventures qui vont l’assaillir, les rencontres pas toujours providentielles qu’il fera… De cette famille irlandaise à la recherche d’or à son kidnapping par le gang de Clangston, en passant par sa rencontre avec Lorimer le naturaliste et leur excursion mortelle en pleine Death Valley.

Håkan est ce géant solitaire au grand cœur et à la destinée tragique qui choisira finalement la solitude comme compagne idéale pour traverser ces paysages ocres, ces déserts et leurs mirages, ces étourdissantes plaines, croisant des Indiens, des bisons et des convois de Mormons, des objets oubliés comme cet immense miroir dans lequel il contemplera son reflet, incrédule.

Au Loin est une magnifique invitation au voyage ; un roman initiatique qui nous plonge dans la peau d’un migrant, orphelin de frère et de terre ; un héros hors norme, hanté par son passé, incompris des humains. Une oeuvre puissante et sauvage, qui m’a captivée.

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« Se mouvoir à travers le désert palpitant de chaleur, c’était comme sombrer dans la transe qui précède immédiatement le sommeil, quand la conscience mobilise ses ultimes forces pour tendre vers sa propre dissolution. »

Samuel Western – Canyons ***

Gallmeister – juin 2019 – 224 pages

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Idaho, 1970. Ward organise une partie de chasse avec sa petite amie Gwen et son frère jumeau Éric. Ils ont la vingtaine, sont insouciants, débattent philo et s’enthousiasment d’un rien. Mais ce jour-là, Ward tue accidentellement Gwen, anéantissant à tout jamais leur avenir.

25 ans plus tard, Ward cultive ses terres ; il trouve du réconfort dans l’alcool et demeure prisonnier de son passé. Quant à Eric, il est devenu guitariste et parolier en mal de reconnaissance, lourdement endetté. Sa bête intérieure se réveille à chaque évocation du passé.

25 ans plus tard, leurs chemins se croisent et Ward propose à Eric de le rejoindre quelques jours dans son ranch en plein cœur du Wyoming afin de chasser dans les Bighorn Mountains.

Les deux anciens amis se lèvent à l’aube pour descendre au fond du canyon… Eric attend sa vengeance ; celle qui le délivrera de sa bête intérieure. Quant à Ward, il n’espère que la rédemption. Le poids de la culpabilité pèse sur son âme et l’envie de mourir le dévore sournoisement…

Quel roman magnifique. Quelle émotion et quelle justesse de ton. Ce sont les seuls mots qui me viennent en refermant ce roman. Canyons est une histoire de rédemption et de pardon qui m’a émue au point que les mots me manquent pour en parler correctement. Samuel Western brosse le portrait de deux hommes meurtris à la recherche du pardon qui ne parviendront à se dépouiller de leurs démons et à renaître qu’au contact de la nature… Une pépite au fort potentiel émotionnel.

Mesha Maren – Sugar Run ***

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Gallmeister – janvier 2020 – 384 pages

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Jodi McCarty a trente-cinq ans lorsqu’elle sort enfin de prison, après avoir obtenu sa liberté conditionnelle. Accusée du meurtre de son amie Paula, elle est condamnée à perpétuée à l’âge de dix-sept ans. Elle passe plus de la moitié de sa vie dans la prison de Jaxton.

A trente-cinq ans, Jodi va tenter de reprendre le cours de sa jeunesse interrompue brutalement et se racheter une conduite. Direction les Appalaches, pour retrouver sa famille, ainsi qu’un petit bout de terrain légué par sa grand-mère Effie qui l’a élevée. Mais elle désire avant cela descendre un peu plus au sud, en Georgie, afin de retrouver un ami et tenir une promesse

Sur sa route, elle fait la connaissance de Miranda, une jeune femme brisée, dont le mari menace de lui retirer la garde de ses trois enfants. Si Jodi s’en méfie, elle se sent malgré tout attirée par cette femme, ses blessures. Leurs solitudes se font douloureusement écho et elles deviennent amantes.

Au fil des chapitres, le récit, composé de nombreux flash-back, lève le voile sur le passé de Jodi et Paula. Deux époques se superposent, nous permettant de voyager de l’été 2007 à la fin des années 80, juste avant que Jodi ne se retrouve derrière les barreaux. En 1988, elle a dix-sept ans et passe son temps avec son petit ami Jimmy, à boire du whiskey tout en se laissant hypnotiser par les machines à sous du casino. C’est dans ce même casino qu’elle rencontre Paula, une femme plus âgée qui l’aimante immédiatement

Sugar Run est un premier roman sombre et singulier, porté par une écriture magnétique qui nous ferre, mettant en scène des êtres blessés par la vie, en proie à la fatalité, qui vont chercher un refuge dans une nature tout aussi écorchée – fameuse fracturation hydraulique. Quels secrets se trouvent enfouis en chacun de nous ?

Stefan Merrill Block – Le noir entre les étoiles ****

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Albin Michel – Terres d’Amérique – février 2020 – 448 pages

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Il y a dix ans, à 21h13 précises, le 15 novembre, une fusillade éclate au bal du lycée de Bliss – petite ville du Texas, à quelques dizaines de kilomètres de la frontière mexicaine. Une zone où les tensions entre blancs et latinos sont palpables.

Oliver Loving figure parmi les victimes de la fusillade et se retrouve dans le coma – il se trouvait au mauvais endroit, au mauvais moment… « Il était une fois un garçon qui tomba dans une faille temporelle. » Aujourd’hui, il y est toujours plongé. Il est allongé depuis dix ans, dans cette chambre d’hôpital, dans ce lit numéro quatre.

Après la fusillade, la ville de Bliss plonge dans le désarroi et la famille Loving se disloque. Le père, professeur d’arts plastiques et artiste maudit, trouve refuge dans l’alcool ; le petit frèreCharlie – quitte ce climat familial oppressant et ce grand frère encombrant pour trouver refuge à New York, embarquant le journal poétique d’Oliver dans l’espoir de devenir l’écrivain de la famille.

Quant à la mère, Eve, elle ne quitte plus le chevet d’Oliver, refusant de perdre espoir, d’oublier son enfant. Ce garçon qui aimait « Bob Dylan, la poésie, la science-fiction et les histoires extraordinaires » et qui vivait son premier amour. Cette mère que le chagrin a sublimé, et qui s’est transformée en voleuse compulsive, ne parvient pas à faire son deuil, elle est déterminée à croire qu’un jour, Oliver se réveillera.

A sa demande, les médecins réalisent une IRM qui va révéler une activité cérébrale… Chacun se retrouve alors au chevet d’Oliver, en proie à ses propres démons, ses propres défaites. Chacun, en fait, se raconte sa propre histoire.

La narration alterne présent et passé afin de nous révéler la vérité sur le 15 novembre. Chaque chapitre se concentre sur un membre de la famille Loving. Les chapitres sur Oliver sont à la deuxième personne du singulier – ce qui nous permet de nous identifier au personnage, de se glisser dans sa peau, son esprit et ses souvenirs.

Le noir entre les étoiles file la métaphore de l’Univers, se concentrant sur les survivants de la fusillade et nous entraînant dans les méandres de l’histoire familiale des Loving ; une famille en proie au chagrin, minée par la culpabilité et les secrets, et dont chaque membre va trouver des parades pour survivre… Qu’advient-il d’une famille après un tel drame ? Et puis, au fond, qu’est-ce qui détermine le fait d’être vivant ?

J’ai eu un véritable coup de ❤ pour ce roman ; les descriptions psychologiques et les émotions des personnages sont décrits avec une telle justesse… La langue poétique de Stefan Merrill Block nous transporte dans ce Texas aux cieux étoilés et aux allures marsiennes, avec ses étendues désertiques rappelant les terres désolées de la planète rouge.

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« Comme ton père et ton frère, tu as toujours été fasciné par les choses invisibles à notre œil : les mondes ensevelis et l’action fantôme à distance, les effets mystérieux de l’énergie noire et les mathématiques hallucinantes de la théorie des cordes. »

« Partout dans le cosmos, les choses naissent et s’achèvent de la même façon : dans un unique point lumineux. »

« C’est là que tu as échappé à ta famille, happé par un de ces corps célestes que ton père avait décrits un soir, dans son atelier de peintre. Un trou noir où aucun télescope ne pourra jamais te localiser. Un lieu où les années volent en éclats, un aveuglement d’une densité infinie, une île déserte abandonnée dans l’immensité croissante. Où tes proches pouvaient-ils alors te trouver ? Seulement dans une idée extravagante, peut-être. Dans les histoires auxquelles ils essayaient encore de croire. »

Matthew Neill Null – Allegheny River **

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Albin Michel – Terres d’Amérique – janvier 2020 – 288 pages

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Matthew Neill Null nous livre un recueil de nouvelles sur le monde rural et sauvage. Si les époques diffèrent en fonction des textes, tous se déroulent dans le sillage de l’Allegheny River, en plein coeur de la Pennsylvanie.

On y fait la rencontre de singuliers personnages ; comme ce commis voyageur qui tente de refourguer sa marchandise à toute une liste de pigeons, à ses risques et périls ; cet homme qui chasse sans vergogne ni scrupule ; ces villageois qui réintroduisent les ours bruns pour finalement les exterminer ; ces hommes qui s’embarquent dans des parties de rafting sur les flots dangereux.

Je crois que « Télémétrie » est la nouvelle qui m’a le plus marquée. Les membres d’une équipe de chercheurs qui campe au bord de la rivière et qui étudie les truites mouchetées – pour connaître les causes de leur migration et le sens de leurs trajectoires – vont faire connaissance avec un père et sa fillette, qui rôdent près de leur campement ; ils ont l’air étrange. Une des chercheuses se prend d’affection pour la gamine. Mais jour après jour, leurs provisions disparaissent, comme si quelqu’un les volait.

L’auteur nous dépeint des personnages toujours en conflit avec le monde animal et sauvage ; les relations humain/animal s’établissent sur le fil du rasoir, elles demeurent empreintes de violence et de cruauté… Chez Matthew Neill Null, animalité et humanité cohabitent dangereusement. Et la rivière, toujours au centre de chaque nouvelle, apparaît comme le personnage principal de toute intrigue. 

Une très belle écriture, teintée d’ironie, un style évocateur : ces nouvelles m’ont inégalement touchée ; certaines m’ont laissée complètement indifférente quand d’autres m’ont marquée par leur cruauté et m’ont vivement interpellée – laissant une indéfinissable empreinte. Si je n’ai pas été entièrement convaincue par ce recueil, l’écriture de Matthew Neill Null m’a fascinée et conquise.

Il ne me reste plus qu’à découvrir Le miel du lion.

Joyce Carol Oates – Le Maître des poupées et autres histoires terrifiantes ***

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Philippe Rey – septembre 2019 – 336 pages

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Dans ce recueil, six nouvelles terrifiantes nous attendent… La première donne le ton. On y rencontre un enfant qui s’attache déraisonnablement à la poupée de sa petite cousine morte d’une leucémie. Quelques années plus tard, il commence une étrange collection à partir des poupées perdues et abandonnées par leurs propriétaires qu’il déniche dans le voisinage grâce à son Ami imaginaire. Mariska, Annie, Valerie, Evangeline… La frontière entre collection et obsession, réalité et horreur semble bien ténue. Une nouvelle horrifiante, qui m’a glacé le sang et révulsée. Sournoisement, le texte nous fait saisir l’horreur de cette collection, cachée au fond d’une remise.

Dans ce recueil, on croisera également un homme accusé d’avoir commis un meurtre raciste fanatique, une femme qui se souvient de son adolescence et d’une nuit terrifiante passée dans cette grande maison des quartiers chics appartenant à son professeur préféré. Sans oublier cette autre femme, persuadée que son mari veut la tuer pendant leur voyage en Amérique latine. Et cette adolescente délaissée par sa mère, qui trouve du réconfort auprès d’une famille vraiment spéciale… Et enfin, cet homme d’affaire qui convoite avidement une vieille librairie de livres anciens et qui est prêt à tout pour s’en emparer.

La première nouvelle, Le Maître des poupées est à mon sens la plus réussie, elle m’a laissée complètement horrifiée ; sa construction narrative est incroyablement aboutie ; quant à Big Momma, j’ai ressenti effroi et frissons à la lecture du dénouement. Oates excelle encore une fois dans l’art de la nouvelle, notamment dans l’élaboration de la chute finale et les retournements sournois de l’intrigue. Un recueil de nouvelles dont on se délecte horriblement et dont on redemande !

Bérengère Cournut – Née contente à Oraibi ****

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Le Tripode – 2016 – 304 pages

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Mon premier roman de l’autrice, découvert dans le cadre du challenge #LEteIndienEnLecture lancé par Aurore @papiercrepon sur Instagram.

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Née contente – alias Tayatitaawa – est une jeune amérindienne qui doit son prénom au rire qu’elle a fait retentir à sa naissance, lorsqu’on l’a présentée au soleil. Elle vit sur les terres arides de l’Arizona et appartient au peuple hopi, et plus particulièrement au clan du Papillon.

Tayatitaawa nous raconte son quotidien et celui de son peuple, rythmé par les cérémonies, les rites, les prières, la danse des esprits ; elle nous partage ses balades avec son père qui lui apprend tout de la nature, ensemble ils observent les aigles, les faucons, les serpents.

A travers ce singulier roman initiatique, Bérengère Cournut nous offre un fascinant voyage au cœur de la culture hopie ; nous découvrons son histoire, ses racines, ses légendes… Grand-Mère Araignée, le voyage de Tayatitaawa dans son paysage intérieur, les traversées des canyons arides et caniculaires, la Maison des morts, les Deux-Cœurs, les hommes et femmes-médecines… Un voyage sublimé par les photographies disponibles en fin d’ouvrage.

Je suis tombée complètement sous le charme de cette lecture immersive qui nous dépayse complètement. L’héroïne est touchante dans son apprentissage de la vie, je me suis prise d’affection pour elle. J’ai lu les derniers mots de son récit presque à regret, me sentant tout à coup orpheline de ce monde dans lequel l’autrice nous a immergé pendant quelques trois-cent pages.

Coup de cœur  ❤

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Comme à chacun de mes retours, mon coeur se remplissait de joie à la vue du relief particulier de la Troisième Mesa. A mesure que je m’approchais de notre village, l’horizon reprenait sa forme « exacte », celle que j’avais toujours connue, comme pour me dire : « Tu es d’ici, et de nulle part ailleurs. »

Bren McClain – Mama Red ***

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Le Nouveau Pont – 8 octobre 2019 – 330 pages

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Avec son premier roman Mama Red, Bren McClain nous offre une plongée dans l’Amérique profonde des années 50 ; nous atterrissons dans une petite ferme de Caroline du Sud. On y rencontre des personnages en proie aux mêmes démons : le passé, la famille, l’éducation violente, la pauvreté…

Sarah se retrouve désemparée après la mort de Harold, son alcoolique de mari, et toute seule pour élever un enfant de six ans, qui n’est pas vraiment le sien… Emerson Bridge est en effet le fils que son mari a eu avec la voisine, Mattie, la meilleure amie de Sarah…

Bren McClain nous peint le portrait d’une mère qui peine à joindre les deux bouts – certains matins, Sarah n’a même pas de quoi préparer un petit déjeuner à Emerson. C’est aussi une femme qui demeure hantée par son passé et notamment l’éducation plutôt violente que sa mère lui a donné. Les derniers mots, empreints de haine, que cette dernière lui a adressés : « Tu ne feras jamais une bonne mère. » restent gravés dans son cœur. Jour après jour, Sarah compte ses dettes, coud des robes, et son passé la rattrape.

Quand elle apprend qu’un enfant a remporté près de 680 dollars à la foire au bétail grâce à un bœuf, Sarah en veut absolument un pour son fils… Il comblerait le vide laissé par son père et permettrait de gagner l’argent qui leur manque.

Ce veau, ils vont pouvoir l’acheter grâce à Ike Trasher, un propriétaire terrien à la générosité providentielle qui débarque un matin dans leur vie. Un curieux personnage, qui fait tout pour devenir un homme, un vrai, selon le vœu de son père.

Et Mama Red ? C’est une vieille vache à qui Sarah va beaucoup se confier. Une vache qui est avant tout une mère ; qui va briser sa clôture à s’en blesser le cou, parcourir plusieurs kilomètres en pleine nuit, afin de rejoindre son veau. Grâce à Mama Red, la jeune femme va enfin comprendre ce qu’est l’essence d’une mère.

Ce roman, c’est aussi le destin de LC Dobbins, inscrit au concours de bétail par son père, un éleveur de renom prêt à tout pour gagner et qui ne cesse de vouloir faire de son fils un homme, un vrai. Qui lui farci la tête avec les valeurs viriles et la chasse… LC est élevé à la dure, les claques sont quotidiennes et la douceur, la tendresse n’ont pas lieu d’être.

Le premier roman de Bren McClain est écrit avec simplicité et justesse ; il aurait pu verser dans le mélo ou la miévrerie, mais non. Il à réussi à me prendre aux tripes, véritablement. Un roman étonnant qui m’a tour à tour émue et révoltée. Mama Red ne nous épargne pas et nous délivre de belles réflexions sur la bienveillance, l’attachement maternel, la maternité – mais aussi la paternité, la violence faite aux êtres humains mais aussi aux animaux. Enfin, c’est surtout un roman sur la résilience.

Lecture dévorée dans le cadre du #PicaboRiverBookClub ❤