Sylvia Plath – La Cloche de détresse ***

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Éditeur : Denoël – Date de parution : avril 2014 [1963] – 366 pages

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La Cloche de détresse, c’est le fameux et l’unique roman de Sylvia Plath, publié quelques mois avant qu’elle ne se suicide. Le personnage principal, Esther Greenwood, étudiante en lettres, n’est autre que son double. Nous sommes au début des années 50, la jeune fille vient de débarquer à New York, grâce à un concours de fiction organisé par un magazine de mode ; ce qui lui donne droit à une bourse ainsi qu’un stage d’un mois au sein du magazine, aux côtés d’autres chanceuses.

Dans une langue poétique et métaphorique, Esther s’interroge sur le sens de sa vie de femme. Très vite, on découvre un brin de femme qui se sent inadaptée dans ce monde tel qu’il est ; elle se fait un soir la réflexion qu’elle n’a plus été heureuse depuis ses neuf ans. Esther ne se voit pas vivre comme tout le monde, étouffée par le carcan des conventions, ou travailler sous les ordres d’un homme. Elle est en fait tiraillée entre deux vies très différentes : devenir mère & épouse ou devenir poétesse, écrire comme elle l’a toujours désiré.

Esther est une héroïne mélancolique, qui ne semble percevoir que le vide de sa propre vie. La métaphore de la cloche de verre, qui la fait « mijoter dans son propre air vicié », se développe et prend de l’ampleur tout au long de ce roman aux forts accents autobiographiques. Elle se sent prisonnière de cette cloche, qui tour à tour l’oppresse et se suspend au-dessus d’elle comme une épée de Damoclès.

Un roman à la fois dérangeant et fascinant, au ton terriblement juste, qui fait preuve d’une grande maîtrise de l’écriture. Arbres d’hiver et Ariel se trouvent dans ma bibliothèque, je pense que je vais me plonger à nouveaux dans ses poèmes…

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« Je voyais ma vie se ramifier sous mes yeux comme le figuier de l’histoire. Au bout de chaque branche, un avenir merveilleux, telle une grosse figue violacée, me faisait des clins d’œil. L’une des figues était un mari, un foyer heureux avec des enfants. Une autre figue était une poétesse célèbre. Une autre, un brillant professeur… »

« La dernière chose que je voulais, c’était bien la sécurité infinie, et être l’endroit d’où part la flèche. Je voulais des changement, de l’excitation, je voulais moi-même partir dans toutes les directions, comme les traînées colorées des fusées du 4 juillet. »

« Pour la personne qui se trouve sous la cloche de verre, vide et figée comme un bébé mort, c’est le monde lui-même qui est le mauvais rêve. »

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Matthew Quick – Pardonne-moi Leonard Peacock ***

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Éditeur : Robert Laffont – Date de parution : avril 2015 – 315 pages

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Le jour de ses dix-huit ans, Leonard décide de tuer son ex meilleur ami et de se suicider juste après. Il emporte dans son sac à dos le flingue nazi de son grand-père, un P-38, et des cadeaux emballés dans du papier rose, qu’il va distribuer au cours de cette sombre journée.

La narration est tout à fait originale, entrecoupée de notes de bas de page d’une longueur pas possible, des apartés pour nous expliquer certains points. Leonard nous raconte ainsi sa rencontre assez cocasse avec son vieux voisin Walt, début d’une drôle et touchante amitié cinéphile, faite d’échanges de répliques de Bogart.

Leonard ne veut pas grandir, car devenir adulte est synonyme de malheur. Sa théorie est que nous perdons la capacité d’être heureux en vieillissant. Il lit en boucle Hamlet et connaît des passages entiers par cœur. Certains matins, pour jouer, il sèche les cours et se glisse dans le costard d’enterrement de son grand-père et prend le métro comme tous les autres « travailleurs ». Une fois dans le wagon, il choisi la personne la plus triste possible et la suit jusqu’à son lieu de travail. Il cherche à savoir s’il est possible d’être heureux malgré tout.

Peu à peu, le passé de Leonard se dévoile, on en sait plus sur les raisons que le pousse à vouloir la mort de son ancien meilleur ami, entre autres.

On s’attache beaucoup à ce personnage très perturbé, mais terriblement mature, qui au fond, cherche à donner un sens à ce qu’il vit. La voix de Leonard n’est pas dénuée d’humour, un humour parfois noir, et une lucidité sur la vie qui fait frémir.

C’est un roman nécessaire. Il ne s’agit absolument pas d’un énième roman banal sur l’adolescence et ses maux, non. Les mots de Matthew Quick sont criants de justesse et de vérité. On se sent réellement proche de Leonard, on éprouve une profonde empathie pour lui et les mêmes émotions nous traversent : on est heurtés, révoltés, on sourit, on a le cœur qui bat.

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« Ne le fais pas. Ne va pas à ce boulot que tu détestes. Fais quelque chose que tu aimes aujourd’hui. Un tour de montagnes russes. Nage dans l’océan à poil. Va à l’aéroport et prends le premier vol en partance, juste pour le plaisir. Pointe un endroit au hasard sur un globe terrestre et prépare ton voyage ; si c’est au milieu de l’océan, tu iras en bateau. Goûte un plat exotique dont tu n’as jamais entendu parler. Arrête une inconnue dans la rue et demande-lui de te raconter en détail ses plus grandes peurs, ses espoirs secrets et ses aspirations, puis dis-lui qu’elle compte pour toi parce que c’est un être humain. (…) Prouve-moi qu’on peut être à la fois adulte et heureux. S’il te plaît. »