Seo Mi-Ae – Bonne nuit maman ***

Bonne-nuit-maman

Matin Calme – mars 2020 – 360 pages

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« Quel est votre plus vieux souvenir? »

Seon-gyeong est criminologue ; elle donne des cours à la fac sur les tueurs en série. Elle aime s’interroger sur l’enfance des assassins… Un jour, elle apprend que Lee Byeong-do souhaite s’entretenir avec elle ; Lee Byeong-do, c’est le tueur en série qui a défrayé la chronique il y a quelques années en enlevant et assassinant treize femmes en l’espace de 3 ans. Depuis une année, il est sous les verrous. Pourquoi souhaite-t-il la voir, elle ? Alors qu’il ne la connaît pas et qu’il a toujours refusé de voir qui que ce soit.

Cet homme au visage si séduisant… Qui pourrait penser aux atrocités dont il est capable ? Le Diable avec un visage d’ange… On en apprend davantage sur son passé – les origines de la violence. Son enfance et sa relation avec une mère violente qui l’a meurtrie et lui a lacéré l’âme avec ses mots haineux, le torturant au rythme d’une seule et même mélodie, qui ne le quittera jamais et qu’il fredonnera à chacune de ses victimes… Maxwell’s Silver Hammer des Beatles.

Parallèlement, le mari de Seon-gyeong revient un soir avec la fille qu’il a eu de son premier mariage. Sa mère s’est suicidée et ses grands-parents viennent de mourir dans un incendie ; un incendie pour le moins suspect. La fillette a un comportement étrange, elle est peu bavarde. Elle semble en vouloir à Seon-gyeong et sa présence lui fait froid dans le dos.

Bonne nuit maman est un thriller psychologique implacable, addictif et angoissant à souhait qui explore la question des maltraitances infantiles et leur impact sur l’humain en devenir. Une fois commencé, on ne peut plus le lâcher. Page après page, l’atmosphère s’assombrit, l’horreur se diffuse et nous nous retrouvons captif de cette intrigue habilement ficelée.

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Emmanuelle Richard – Pour la peau ***

pour la peau

 

Éditeur : L’Olivier – Date de parution : janvier 2016 – 218 pages

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Je me suis remémorée le très joli billet de Clara lorsque j’ai croisé ce roman sur le présentoir des nouveautés à la bibli, et j’ai craqué…

Emma, jeune romancière, nous raconte l’histoire de la passion qu’elle a vécue avec E., un homme qu’elle a rencontré et aimé pendant quelques mois… La jeune femme dépose ses mots sur la page comme pour se libérer d’un poids. Elle nous raconte la naissance et la mort de cet amour fulgurant – auquel elle ne s’attendait pas – dans ces petits détails, ces petits riens qui font pourtant tout…

En déroulant la métaphore du rosaire, Emma déplie les souvenirs un à un, les évoque de façon presque religieuse, les compulse dans une espèce d’obsession. Elle décrit le corps de E., son visage, sa peau, le ton de sa voix. C’est un texte près du corps, parfois très intime et sensuel, qui décortique l’histoire d’un amour compliqué.

Si au début la narratrice m’apparaît antipathique, je me suis vite sentie proche d’elle. C’est un récit touchant et sensible, dans lequel certains passages sont presque chuchotés, à la façon d’une confession. Certaines phrases se déroulent, virgule après virgule, sans point, sans majuscule. Cet amour est raconté comme un aveu, douloureux. Mais nécessaire. Le texte tend à l’anonymat ; juste des initiales, pas de prénom, ni de nom de ville. Le prénom de la femme ne viendra qu’après, dans la bouche de l’homme.

Les mots sont justes et l’écriture, sublime – légère, malgré le poids des maux. Un récit dénué de pathos, qui ne verse à aucun moment dans le larmoyant.

L’écriture semble être la seule issue possible pour la jeune femme, la seule façon de se libérer, par les mots, de l’emprise que cet homme a toujours sur elle, bien après la fin de leur histoire.

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« vous vous êtes mise à aimer déraisonnablement cet homme et le silence de et avec cet homme et le nez de cet homme, ses cils, son cou »

« Je ne sais pas pourquoi j’ai besoin d’écrire cela, comme si j’étais en deuil. Pourquoi cette nécessité absurde de dire, de peindre, de retrouver ? De sauver. Personne n’est mort. Pourtant, je vis cela comme une disparition. Il me semble avoir perdu une partie de moi. En avoir été amputée. »

« Je saisis que cet homme peut me faire perdre pied, me pousser très loin dans ce sens-là, et que je suis au bord de quelque chose qui me dépasse. »

« Je le voulais comme je n’ai jamais voulu personne. Je n’ai jamais voulu quelqu’un avec autant de force, jamais voulu quelqu’un à ce point, jamais croisé quelqu’un qui réunissait autant en une seule personne la somme de tout ce qui m’émeut. Je l’aimais plus que tout, bien au-delà de moi-même. »