Loulou Robert – Je l’aime **

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Julliard – 22 août 2019 – 260 pages

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« Donc je suis orpheline, en fac d’histoire et je tue des fourmis. » Et puis, elle le rencontre. M. Ils ont les mêmes initiales.

Elle l’aime. A dix-huit ans, elle en est certaine, c’est lui et pas un autre. Elle est folle de lui, elle a envie de le crier sur les toits, de danser, de faire toutes les folies possibles pour le lui prouver et le prouver au monde entier. Il est à lui, elle ne partage pas. Avant lui, elle n’était rien, elle n’avait aucune passion, aucune vie en elle. Elle est prête à tout pour lui ; elle le suit à Paris, le soutient lorsqu’il devient journaliste. Plus rien ne compte que lui.

Je l’aime c’est l’histoire d’une jeune femme qui aime jusqu’à en perdre la tête, qui se dévoue corps et âme à l’homme aimé. C’est l’histoire d’un amour sacrificiel. Ce n’est pas seulement ça. C’est aussi le passage du temps, la vieillesse qui prend ses quartiers, les rides qui s’invitent au creux de l’amour. La solitude, l’usure. La maternité. La maladie.

J’ai découvert la singulière plume de Loulou Robert grâce à Sujet inconnu, qui m’avait soufflée. J’étais captivée par ses phrases courtes, son style incisif. Je l’aime nous livre un portrait de femme sans fard ; c’est cash, sans concession. Parfois excessif et vulgaire. Rarement tendre. Complètement fou. Hélas, le style de l’autrice a eu raison de moi : je n’avais pas dépassé la moitié du roman que j’étais déjà lassée.

Haruki Murakami – Le Meurtre du Commandeur – Livre 1 ***

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Belfond – octobre 2018 –  456 pages

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Quand sa femme Yuzu lui annonce qu’elle veut divorcer, le narrateur, un peintre trentenaire en mal d’inspiration, devenu malgré lui portraitiste, prend sa voiture et se met à sillonner le Japon, de part en part. Sa voiture finit par rendre l’âme et il s’installe dans une maison isolée sur une montagne, dont le propriétaire est Tomohiko Amada, un artiste de génie. C’est une maison coupée du monde, sans réseau, entourée de forêts… Une maison dans laquelle, étrangement, aucun tableau n’orne les murs. Et dans laquelle il sent comme une présence. Pour ne pas perdre la boule avec cette solitude, il donne des cours dans une petite école d’art en ville.

Le peintre passe ses soirées sur la terrasse, à fixer les étoiles. Sur la montagne en face, une autre demeure fastueuse, et un homme assis de la même façon que lui, perdu dans ses pensées, ou dans la contemplation du ciel. Qui est-il ? Il l’apprendra bien assez tôt : c’est monsieur Menshiki, qui est prêt à débourser une somme astronomique pour qu’il réalise son portrait. Un homme énigmatique à la chevelure blanche qui suscite bien des rumeurs… Et qu’il ne parvient pas au début à peindre ; quelque chose en cet homme résiste à la représentation.

Après la découverte dans le grenier d’une toile inédite de Tomohiko Amada, soigneusement enveloppée dans du papier – Le Meurtre du Commandeur – des événements pour le moins étranges commencent à se produire… Comme si quelque chose s’était déplacé, comme si un autre monde s’était entrouvert ; le narrateur semble avoir basculé de l’autre côté du miroir. Le frontière entre réel et irréel devient de plus en plus poreuse, incertaine.

Un roman hypnotique qui m’a happée dès les premiers mots : du pur Murakami, comme je les aime. Un roman qui rappelle Le Portrait de Dorian Gray, mais aussi Alice au pays des merveilles… Un pied dans le monde réel, et l’autre dans l’univers du conte et de la fantasmagorie. Ce premier tome est étrange et fascinant à souhait ; Murakami interroge et explore la part d’ombre en chacun de nous… Et on le referme avec l’envie irrépressible de se jeter sur la suite. ❤

Salvatore Basile – Petits miracles au bureau des objets trouvés ***

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Folio – 21 mars 2019 – 400 pages

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Dans la petite gare italienne de Miniera di Mare, Michele collectionne les objets qu’il trouve sur les sièges du train lorsqu’il fait sa tournée le soir. Depuis 30 ans, le jeune gardien n’a jamais quitté cette gare où, enfant, il a vu sa mère disparaître en emportant son journal intime.

Michele est un homme solitaire et naïf qui ne parle quasiment pas. Il demeure marqué à vie par l’abandon de sa mère et par l’idée que les gens – et en l’occurrence les femmes – finissent toujours par s’en aller. Le jeune homme s’est juré de ne jamais plus faire confiance à personne. C’est tellement plus simple de ne faire confiance qu’aux objets, ils ne parlent pas ne pensent pas et ne trahissent pas. Michele est paralysé par la peur d’un nouvel abandon et sa petite routine le rassure.

Un soir, Elena, une jeune femme de 25 ans, frappe à sa porte, à la recherche de sa poupée Milù. C’est un ouragan qui débarque alors dans sa vie. C’est la première femme qui lui parle après tant d’années, la première personne à pénétrer son antre et à faire voler en éclat sa solitude.

Quelques jours plus tard, pendant sa tournée rituelle des wagons, Michele découvre, coincé entre deux sièges, le journal intime de son enfance, ce cahier à la couverture flamboyante.

L’aventure prend Michele à bras le corps ; il va devoir sortir de sa coquille, faire des rencontres, adresser la parole à des inconnus… Il rencontrera une vieille femme aux cheveux violets et un olivier avec une trace d’ongle ; une jeune femme aveugle qui lui apprendra à voir le monde autrement ; un vieux Grec un peu fou qui voyage depuis le toit-terrasse de sa maison, en quête du Paradis Terrestre… A l’image de cet homme qui abandonne femme et enfant pour se lancer à la poursuite de l’ours polaire.

Le roman de Salvatore Basile est profondément bienveillant, on y rencontre des personnages auquel on ne peut que s’attacher. J’aurais pu le trouver trop niais, trop attendu… être déçue par l’écriture, qui ne m’a pas toujours convaincue – pas mal de répétitions, certaines lourdeurs…

Mais l’impression que je garderais est celle d’un roman lumineux – un vraie bouffée d’oxygène – qui offre une belle réflexion sur l’amour, la confiance et l’abandon. Un roman qui a un petit côté bouleversant. Je me suis finalement laissée émouvoir par son message optimiste et j’ai simplement savouré ces petits miracles, je m’en suis nourris et délecté.

Loulou Robert – Sujet inconnu ***

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Julliard – 2018 – 252 pages

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« J’ai donc grandi dans un village de l’Est, dans une grande maison vide, entre une mère hystérique, un père dans son bureau et un aspirateur. C’est un bon résumé. »

La narratrice – dont on ne connaîtra pas l’identité – commence par évoquer son enfance ; l’enfant bizarre qu’elle a été, prête à se battre violemment pour sauver sa souris en peluche, Sam. L’adolescente qu’elle est devenue, alternant l’hôpital psychiatrique et les cours au lycée. Puis arrivent les années de fac avec le premier appartement, 18 m2 seule. Avoir désormais le choix de tout mais sans se connaître réellement. Aucune passion ne l’anime réellement. Elle aime les livres, les dévore même mais ils ne parviennent pas à combler le vide en elle. Et cette solitude toujours tenace, à laquelle elle s’est accoutumée.

Une nuit d’insomnie, son voisin Lucien frappe à sa porte, après avoir entendu une chanson de Barbara. Trois fois son âge, des troubles obsessionnels et des années sans prendre de douches. Son premier ami, attaché de façon convulsive au passé.

Une autre nuit d’insomnie, elle a vingt ans, elle tombe amoureuse.

L’armure se déchire, et sa peau apparaît, à vif.

Un style brut et lapidaire, des phrases courtes et incisivesSujet inconnu est l’histoire d’un amour qui tourne mal ; un amour qui foudroie, qui emporte et qui transcende et qui finit par détruire. C’est l’histoire aussi de l’écriture et de son rôle salvateur. Au fur et à mesure de notre lecture, la tension s’empare des mots, s’empare de nous. On finit par retenir son souffle jusqu’aux derniers mots… Un roman coup de poing qui coupe le souffle.

Yannick Haenel – Tiens ferme ta couronne ***

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Folio – février 2019 – 368 pages

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Jean a écrit un scénario long et indigeste sur la vie de Melville, que seul Michael Cimino, le réalisateur maudit de Voyage au bout de la nuit, pourrait réaliser. En cherchant à le rencontrer, Jean se retrouve à New York à la Frick Collection, à patienter devant Le Cavalier polonais de Rembrandt.

Jean a 49 ans ; plutôt solitaire, il passe ses journées seul à siroter de la vodka et à buller devant des films – il développe une obsession pour Apocalypse Now. Il aime aussi déclamer des noms de poètes dans la nuit. Jean est un personnage loufoque et décalé, un peu timbré et complètement à la ramasse. « Il faut être fou, sans doute, pour éprouver une telle insouciance alors qu’on frôle le gouffre. » Il n’a plus d’argent sur son compte, ne fréquente quasiment plus personne à part son voisin Tot, un homme curieux qui collectionne les fusils de chasse et qui s’absente souvent en lui demandant de s’occuper de Sabbat, son dalmatien.

A la poursuite du daim blanc de la vérité, Jean nous embarque dans une aventure aux accents cinéphile et littéraire, franchement surréaliste, de Paris à New York, en passant par Colmar et le lac de Némi en Italie.

Tiens ferme ta couronne est un roman halluciné à l’écriture séduisante qui m’a au début pas mal déroutée : je ne voyais absolument pas où j’allais, et puis, j’ai cessé de me poser la question et j’ai savouré cette curieuse lecture. Au fil des pages, je me suis laissée emporter par cette drôle d’histoire, oscillant entre scepticisme, curiosité et attachement.

Petit clin d’œil à un précédent roman de l’auteur, Les Renards pâles. Dans lequel Jean vivait dans une voiture, stationnée au 27 rue de la Chine ; « nous n’avions plus d’identité car l’identité n’était qu’un piège, un consentement au contrôle ».

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« J’ai pensé que peut-être il me fallait devenir fou pour devenir sage. »

Tenir jusqu’à l’aube ***

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L’Arbalète Gallimard – juin 2018 – 192 pages

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Le personnage principal de ce roman est une femme qui élève seule son enfant de moins de deux ans. On sent cette femme au bout du rouleau, au bord du gouffre. Graphiste en free lance, elle peine à joindre les deux bouts. Il y a les nuits sans sommeil, l’enfant à gérer sans moyen de garde.. Sans crèche, sans famille à proximité, sans budget pour une baby-sitter… Et la solitude aussi ; elle traîne sur des forums de « mamans solos » et vit au rythme du quotidien que peu d’événements viennent briser, au sein de « leur huis clos, leur petit enfer quotidien ».

Elle espère un jour que le père finisse par se manifester. L’absence paternelle pèse sur leur relation. Alors pour souffler, pour s’extraire du carcan de mère modèle imposé par la société, elle se met à fuguer la nuit, quand l’enfant dort. Dix minutes puis une heure, deux heures… de plus en plus loin et de plus en plus longtemps. 

Cette mère au bord de la crise se met à jouer avec le temps et le feu. Comme la chèvre de Monsieur Seguin, elle tire sur la corde… Cette métaphore qui revient comme une ritournelle entêtante tout au long du récit. J’ai aimé cette symbolique, cette métaphore filée de la petite chèvre de Monsieur Seguin, jusqu’à la fin…

Un récit empreint d’une tension latente jusqu’au dernier chapitre. Sournoisement, le drame se tisse et se fait désirer. La tristesse et la lassitude que cette femme ressent vis à vis de ce quotidien fusionnel avec son enfant sont palpables. Tout comme sa culpabilité, profonde.

Tenir jusqu’à l’aube – c’est ce que fera la petite chèvre blanche, courageuse, forte jusqu’au bout – est un roman terrible, qui dépeint sans fard le quotidien d’une maman seule et ses besoins d’échappées hors du quotidien, hors de sa réalité. Un roman qui dénonce aussi la pression extérieure et le regard des autres qui jugent, sans cesse, même sans avoir d’enfant – cette société tyrannique.

La fin surprenante : un coup au coeur, un coup de massue. 

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« Elle était lasse, fatiguée de cette créature qu’elle avait créée de toutes pièces : la bonne mère. C’était sans doute dans ces moments-là que l’envie de fuir était la plus forte. Quand elle réalisait qu’elle ne supportait plus cet unique rôle où on la cantonnait désormais, dans un film dont elle avait manqué le début, et qu’elle traversait en figurante. C’était alors que les fugues s’imposaient, comme une respiration, un entêtement. »

Edward Lewis Wallant – Moonbloom ***

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Éditeur : Points – Date de parution : janvier 2018 – 336 pages

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Norman Moonbloom est le gérant de quatre immeubles à New York. Chaque semaine, il rend visite à ses locataires, un par un, pour prélever le loyer. Et à chaque visite, chaque locataire lui assène une tranche de sa vie, lui raconte ses petites misères, ses obsessions, lui expose ses réclamations, se confie, se plaint… Moonbloom est le confident idéal.

Nous découvrons une palette de personnages tous plus fous et perchés les uns que les autres ; comme cet italien obsédé par le mur de ses toilettes, ou ce professeur d’anglais alcoolique qui lui récite du TS Eliot avec fureur… ou encore ce vieil homme presque centenaire qui accumule la crasse et la saleté chez lui, attirant blattes et cafards dans son immeuble.

A chaque visite, Moonbloom accumule les promesses. Il ne supporte plus ces locataires mais pourrait-il vraiment se passer d’eux ? Au fond, qui a le plus besoin des autres ? Le jeune homme va découvrir que le rire et la tristesse ne sont qu’une seule et même chose. Le rire n’est que la face cachée de la tristesse. Douleur et joie demeurent interchangeables. Devant la misère des autres il se met à rire, sans pouvoir se contrôler. Comme un instinct de survie ?

« Les pleurs et le rire exprimaient tous les deux ce que la vie pouvait avoir d’irrésistible : la douleur et la joie étaient interchangeables. Comment avait-il choisi le rire? »

Moonbloom est un drôle de personnage, en proie à la solitude, pas plus sain d’esprit que ses locataires geignards. Il n’a jamais rien fait d’excessif, n’a jamais dépassé les bornes. C’est le type normal à qui on fait confiance immédiatement. Jusqu’au jour où il pète les plombs. Le roman de Edward Lewis Wallant est un subtile mélange d’absurde et de drame ; où la vérité se délivre à travers le masque de l’humour.

Brad Watson – Miss Jane **

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Éditeur : Grasset – Date de parution : septembre 2018 – 384 pages

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(Je n’ai pas pu m’empêcher d’afficher la couverture de la version originale du roman, tellement je la trouve sublime…)

Jane Chisolm vient au monde en 1915, dans une petite ferme du Mississippi. Le docteur Thompson, qui assiste à sa naissance, se rend compte qu’elle a une malformation. Malgré tout, cette belle enfant blonde aux yeux bleus, d’un caractère enjoué et insouciant, va survivre et grandir, toujours dans les jupes de sa sœur Grace, sa mère ayant besoin de temps pour souffler.

C’est vers l’âge de six ans que Jane se rend compte qu’elle est différente des autres. Elle a besoin de couches, et ne peut se retenir quand une envie pressante survient. L’enfant vagabonde et crapahute dans les bois et les pâturages alentours, suit les cours d’eau, aux côtés de son chien Manitou. Elle s’évade ainsi et semble oublier sa différence, pour un temps. Envers et contre tous, elle désire aller à l’école.

Un roman étrange et beau. Profondément triste aussi. Je ne saurais en fait pas comment le définir… J’ai aimé cette lecture, même si au fond, il ne s’y passe pas grand chose. Jane est cet oiseau, inaccessible, insaisissable, pour qui l’amour n’est pas possible et qui se résigne à la solitude.

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« À la fin du printemps, l’année de ses six ans, une conscience plus complexe d’être différente des autres avait commencé à se former dans son esprit, telle la racine d’une plante étrange au plus profond des bois. À certains moments, elle avait l’impression d’être une créature étrange et silencieuse m, un être invisible, davantage un fantôme qu’une personne, un enfant, une petite fille. »

Valérie Tong Cuong – L’atelier des miracles **

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Éditeur : J’ai Lu – Date de parution : mars 2014 – 250 pages

4ème de couverture : « Prof d’histoire-géo mariée à un politicien narcissique, Mariette est au bout du rouleau. Une provocation de trop et elle craque, envoyant valser un élève dans l’escalier. Mariette a franchi la ligne rouge.
Millie, jeune secrétaire intérimaire, vit dans une solitude monacale. Mais un soir, son immeuble brûle. Elle tourne le dos aux flammes se jette dans le vide. Déserteur de l’armée, Monsieur Mike a fait de la rue son foyer. Installé tranquillement sous un porche, il ne s’attendait pas à ce que, ce matin, le « farfadet » et sa bande le passent à tabac.
Au moment où Mariette, Millie et Mike heurtent le mur de leur existence, un homme providentiel surgit et leur tend la main – Jean, qui accueille dans son Atelier les âmes cassées, et dont on dit qu’il fait des miracles.
Mais peut-on vraiment se reconstruire sans affronter ses fantômes ? Avancer en se mentant et en mentant aux autres ? Ensemble, les locataires de l’Atelier vont devoir accepter leur part d’ombre, tandis que le mystérieux Jean tire les ficelles d’un jeu de plus en plus dangereux. »

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Ce roman choral donne la parole à trois personnages que tout oppose : Millie est une jeune femme de 23 ans, un peu perdue, solitaire, trop discrète ; elle se réveille un matin et, s’apercevant que son immeuble est en flammes, elle saute par la fenêtre sans réfléchir. Monsieur Mike est un SDF raffolant de la ‘binouze’ et qui ne changerait de trottoir pour rien au monde, jusqu’au jour où le « farfadet » et ses complices décident de lui refaire la façade. Quant à Mariette, incomprise par son mari, mal-aimée par ses enfants, professeur d’Histoire-géo dépassée par des élèves se transformant en monstres à chacun de ses cours, elle fini par craquer et envoie valser un élève dans les escaliers. Leur point commun : ils vont tous les trois croiser la route de Jean, un homme mystérieux qui dirige l’association de l’Atelier. Il vient les trouver et leur promet un toit et de prendre soin d’eux pour un temps…

Ces trois personnages égarés, laissés pour compte, mal-aimés, prennent la parole à tour de rôle dans ce curieux roman qui a obtenu le « Prix de l’optimisme ». Tout cela a de quoi intriguer! Et qui est Jean ? Qui est cette bonne âme qui vient en aide aux démunis ? Pourquoi le fait-il ?

C’est l’histoire de rencontres, de solitudes et de destins qui se croisent… Un même désir anime Mariette, Millie et Monsieur Mike : changer de vie. Comment se relever après l’échec, comment donner du sens à sa vie ?

Ce roman a quelque chose de fort et de particulier. Il agit à la façon d’un baume pour le cœur. En fait, je suis passée par plusieurs états durant ma lecture : au début enchantée, curieuse, puis un peu déçue et moins convaincue au milieu du roman, et finalement séduite peu à peu par ces vies réenchantées. Même si la toute fin du roman évite de justesse de verser dans le « mélo-guimauve ». J’ai eu une affinité particulière pour le personnage touchant de Monsieur Mike! Pour finir, l’écriture a beaucoup de charme.

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« Il y a longtemps que je l’ai compris, l’ignorance est plus dangereuse qu’une grenade dégoupillée. »

« Il faut dire que j’ai une vie nocturne très agitée depuis que je suis gosse, je promène ma grand-mère au volant d’un DB 5, j’arpente en caleçon la Vallée de la mort, je survole Teotihuacan à la brasse, je fume le cactus en Amazonie ou je me prélasse en Guyane dans des eaux couleur d’orage avec autour du cou une fille qui m’aime. Alors pourquoi un bon Samaritain ne ferait-il pas irruption dans mon sommeil, équipé d’un boulot, d’un logement et de tout le barda ? »

« Alors j’ai compris qu’il foutait le camp, le malheur, pour de bon, tout ce qui me collait aux basques depuis mes sept ans révolus, les saloperies, les trahisons, les abandons, et peut-être bien que c’était que provisoire, peut-être bien que d’autres batailles se pointeraient un jour ou l’autre, peut-être même qu’il y aurait encore quelques coups, quelques déceptions, tout ça n’avait plus vraiment d’importance : désormais j’étais bien plus fort dedans que dehors. »

Vincent Delecroix – La chaussure sur le toit ****

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Éditeur : Folio – Date de parution : 2007 – 256 pages

4ème de couverture :  « Au centre du roman, une chaussure abandonnée sur un toit parisien. Tous les personnages du livre fréquentent le même immeuble, à proximité des rails de la gare du Nord. On rencontrera un enfant rêveur, un cambrioleur amoureux, trois malfrats déjantés, un unijambiste, un présentateur vedette de la télévision soudain foudroyé par l’évidence de sa propre médiocrité, un chien mélancolique, un immigré sans papiers, une vieille excentrique, un artiste (très) contemporain, un narrateur au bord du suicide… et une chaussure pleine de ressources romanesques. »

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Ce roman est un vrai petit bijou littéraire. L’idée de départ est tout à fait originale et intrigante : raconter plusieurs histoires, en incluant toujours une chaussure abandonnée sur le toit de l’immeuble comme objet/sujet périphérique de chaque histoire. En dix chapitres, l’auteur nous raconte l’histoire de gens plus ou moins ordinaires, avec leurs tracas quotidiens, leurs petites lubies, leurs espoirs… Ces dix chapitres se passent dans les appartements d’un même immeuble, et la chaussure se retrouve au cœur de chaque récit. Comment est-elle arrivée là ? Quelle est son histoire ? Le motif de la chaussure permet de développer toute une série de récits expliquant la présence insolite de cet objet à un tel endroit ; cet objet devient le lieu de nombreuses interprétations, il est le terreau littéraire et imaginaire de ce roman proprement singulier. De fait, la chaussure devient l’objet d’une rencontre entre un pompier homosexuel et une vieille femme, le souvenir d’un amour perdu pour une adolescente… Entre autres.

Ce roman fourmille d’imagination, et je me suis vraiment délectée de cette lecture à chaque page! Les récits s’imbriquent les uns dans les autres avec finesse, légèreté et beaucoup d’humour. On rit, on sourit, de ces personnages solitaires, amoureux, mélancoliques et souvent excentriques. Le fait qu’ils habitent tous le même immeuble permet de créer des effets d’écho et des clins d’œil d’un récit à l’autre, ce qui en fait une lecture réjouissante et pleine de surprises.