Laura Kasischke – Eden Springs ***

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Page à Page – août 2018

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Au printemps 1903 à Benton Harbor dans le Michigan, la secte de la Maison de David éveille la curiosité par ses maisons victoriennes, son zoo exotique, sa volière, son verger luxuriant et son parc d’attraction ouvert à tous. Benjamin Purnell, son charismatique gourou, toujours en costume blanc, barbe et cheveux long, la mine avenante, promet la vie éternelle à ses adorateurs, et particulièrement aux belles et innocentes jeunes filles.

A ces jeunes filles, il exige chasteté, robes blanches immaculées et rituels de purification… qui à l’abri des regards se transforment en rituels charnels. Ils vivent tous ensemble, comme une grande famille, toujours souriante et avenante. Ils respirent la joie de vivre. Les fidèles ne cessent d’arriver en masse, d’Europe, d’Australie…

Vingt ans plus tard, la rumeur propage une sordide histoire… En enterrant le cercueil d’une femme la communauté, qui est censée être morte à 68 ans d’une crise d’apoplexie, un fossoyeur découvre en fait qu’il s’agit d’une jeune fille d’à peine seize ans.

Pour ce nouveau roman, Laura Kasischke s’inspire d’une histoire vraie. Chaque chapitre s’ouvre sur une citation issue des archives – coupures de presse du New York Times et autres témoignages, dépositions. Un roman qui reprend les thèmes de prédilection de l’autrice : la sexualité venimeuse, la mort, l’étrangeté, l’adolescence. Une fiction historique qui certes n’égale pas la grandeur de certaines de ses autres romans – Un oiseau blanc dans le blizzard, A Suspicious River pour ne citer qu’eux – mais demeure fascinante et hypnotique, qui fait frissonner lorsque l’on songe qu’il s’agit d’une histoire vraie.

Zeruya Shalev – Douleur ***

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Éditeur : Folio – Date de parution : septembre 2018 – 464 pages

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« Tu te souviens quel jour on est, aujourd’hui? » … Ce matin, avant de partir travailler, il suffit d’une seule question de son mari Micky pour qu’Iris se souvienne de la douleur. Que la douleur enflamme à nouveau son corps au souvenir de ce jour infernal. Ce jour où un bus explosa à côté d’elle. Ce jour où des corps volèrent en éclat et des vies se brisèrent, dans une gerbe de flammes. Dix ans plus tard jour pour jour, la douleur est toujours vive. Bassin fracturé – vie brisée. Iris a mal comme si l’accident venait de se produire.

Lorsqu’elle se rend à l’hôpital pour passer des examens, elle tombe sur son amour de jeunesse, devenu médecin de la douleur. Amour premier et fatal – amour dont elle ne s’est jamais remise, restant alitée des semaines entières, sans boire ni manger, ne désirant que mourir. Cette directrice d’école très réputée se met à revivre son adolescence à l’âge de quarante-cinq ans. La vacuité de sa vie pendant ces trente années sans lui semble lui sauter aux yeux. C’est l’amour de sa vie. Elle enregistre son numéro de portable sous le nom de Douleur

L’insouciance de ses quinze ans s’empare d’elle sans crier gare ; c’est sans compter le comportement de plus en plus inquiétant de sa propre fille, Alma… Alma qui lui file entre les doigts ; installée depuis quelques mois à Jérusalem, la jeune fille abandonne ses études pour travailler dans un bar bien curieux où, d’après la rumeur, elle serait tombée sous la coupe sectaire d’un patron manipulateur.

Un roman qui nous prend par surprise. Douleur commence avec une banale intrigue amoureuse, deux anciens amants qui retombent dans les bras l’un de l’autre… Et pourtant, c’est bien plus que cela.

Zeruya Shalev nous brosse le portrait d’une femme tiraillée entre le violent amour qu’elle ressent et la culpabilité envers sa famille – un mari présent mais qui semble plus amoureux de son échiquier que de sa femme et des enfants qui quittent le nid familial et semblent avoir de moins en moins besoin de leur mère. Douleur est un roman prenant et obsédant qui nous délivre une réflexion sur la culpabilité, la maternité, la famille et questionne ces secondes chances que la vie peut nous offrir.

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« Qu’elle avait été pénible cette séparation, même si elle avait débouché sur une rencontre, qu’elles sont dures les séparations attendues que nous impose la nature, ce compte à rebours toujours enclenché, un temps pour la grossesse, un temps pour élever les enfants, un temps pour la vie elle-même et parfois, un temps pour l’amour. »