Marie-Aude Murail – Sauveur & Fils – Saison 5 ***

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Ecole des loisirs – septembre 2019 – 320 pages

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Quel délice de retrouver notre cher Sauveur, sa drôle de famille recomposée et ses patients au lubies parfois curieuses. Entre la saison 4 et la saison 5, il s’est écoulé deux ans. Louise vit toujours avec Sauveur et Lazare et ses deux enfants Paul et Alice. Le vieux briscard de Jovo traîne toujours dans le coin, se vantant avec effusion de son braquage et de ses meurtres légendaires…

Sauveur se retrouve envahi par toute une clique de nouveaux patients qui le croient psychologue animalier… On le consulte pour connaître son animal de soutien émotionnel, pour soigner la dépression de son chien, pour découvrir qu’un perroquet du Gabon peut devenir muet après un divorce ou encore que les chats sont plus efficace qu’un antidépresseur.

Mais des patients un peu plus traditionnels le consultent aussi ; comme Louane qui a peur d’une main sorte du trou des cabinets pour l’y entraîner, Frédérique qui découvre que Donald Trump est son père, Samuel qui suit un stage pour apprendre à draguer.

Une saison 5 qui garde le rythme, savoureuse à souhait, qui regorge d’humour et aborde les thèmes propres à l’adolescence contemporaine – harcèlement, questions de genre, relations parentales – avec justesse et bienveillance.

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{Chroniques des précédents tomes : Saison 1 – Saisons 2 & 3 – Apparemment je n’ai pas chroniqué la saison 4.}

Laure Limongi – On ne peut pas tenir la mer entre ses mains ***

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Grasset – 28 août 2019 – 288 pages

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La narratrice a quitté son île natale – la Corse – à la suite d’un deuil. Elle y revient sept ans plus tard, le cœur lourd, sans savoir si cela la rend heureuse ou non. Elle retrouve son passé. Elle se souvient de sa maison d’enfance ; la villa de Bastia, L’Alcyon – L’alcyon qui est un oiseau fabuleux nichant sur les flots de la mer et couvant ses œufs pendant sept jours. Elle décrit la maison familiale ainsi : « Un grand escalier de marbre tel un système sympathique reliant la folie de l’étage à la digestion difficile du rez-de-chaussée. Quatre générations écorchées. Un secret qui rampe, de la cave au grenier. »

C’est à L’Alcyon que la petite Huma va naître, quatrième génération d’une famille singulière : la mère vaporeuse, Alice ; la grand-mère Marie qui se fait appeler May car ça fait plus jeune ; et l’arrière-grand-mère Madeleine, l’ogresse bienfaisante. Une famille qui semble porter le fardeau d’une étrange mélancolie teintée de rancœur.

Huma, quel drôle de prénom. Nous sommes à la fin des années 70 et personne ne comprend ce choix de prénom. Mais sa mère l’a rêvé. Ce prénom est sorti de la bouche d’un corbeau. Huma, « ma petite fumée aspirée, mon esprit subtil sur les steppes, les déserts, les forêts. » Une petite fille modèle, qui aime les cloportes. Qui trouve très tôt un refuge dans la lecture – refuge contre le monde, contre cette grand-mère tyrannique et cette mère passive.

Peu à peu, l’écriture nous apprend que l’Alcyon héberge un secret

Il est rare qu’une écriture vous saisisse de cette façon, dès les premiers instants de lecture… Dès les premiers mots, je suis captivée et captive de l’écriture de Laure Limongi. Elle a une façon de décrire certaines scènes, on s’y croirait. Comme cette nuit d’orage où l’électricité est coupée et où, alors que le père raconte une histoire de fantômes, ils entendent des pas lourds au-dessus d’eux… Une écriture au fort caractère, tranchante et juste. On se croirait en Corse, dans un petit village auquel on accède par ces fameuses routes sinueuses. Certains passages sont terriblement évocateurs ; comme la fuite de Lavì et Alice, leur errance de village en village dans les montagnes corses, juste avant la naissance de Huma.

On ne peut pas tenir la mer entre ses mains ; est-ce la Méditerranée ou la mère dont il est question dans le titre ? Quoi qu’il en soit, Laure Limongi nous livre un très beau roman sur la famille et les secrets qui s’y blottissent, les racines et la Corse, qui semble naviguer entre fiction et autofiction.

Marie-Aude Murail – Sauveur & Fils saisons 2 & 3 ***

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Éditeur : école des loisirs – Date de parution : 2016

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C’est avec délice que j’ai entamé la 2ème saison de Sauveur & Fils et retrouvé les personnages du numéro 12 de la rue des Murlins, à Orléans. Sauveur Saint-Yves – psychologue antillais quarantenaire, 1,90 mètres pour 80 kilos – et ses patients, tous plus attachants et touchants les uns que les autres. Sauveur et sa nouvelle vie amoureuse avec Louise…

On retrouve Ella qui désire se faire appeler Elliot et veut devenir écrivain ; à cet effet elle potasse Jack London. Sauveur semble être son seul soutien, son oreille attentive. Blandine dont la sœur a fait une tentative de suicide et qui se fait des shoot au sucre en avalant des kilos de bonbons. Samuel qui ne se lave plus et s’étonne de collectionner les râteaux avec les filles – ne serait-ce pas le seul moyen qu’il a trouvé pour maintenir à distance une mère invasive et étouffante ? Pénélope Motin : jeune mythomane ou jeune femme indéchiffrable ? Et monsieur Jovanovic, ce petit vieux qui vit dans la rue, belle énigme qui vient frapper à la porte de Louise, puis à celle de Sauveur.

Dans la foulée j’ai lu la saison 3. Non, je ne l’ai pas lue : je l’ai dévorée. De nouveaux patients viennent consulter notre psychologue préféré. Parmi eux, monsieur Kermartin qui pense que ses voisins du dessus l’espionnent à l’aide d’une caméra de vidéo-surveillance cachée dans son plafond. Gervaise Germain qui ne parvient pas à prononcer de mot commençant par « mal » de peur que le mauvais œil ne s’abatte sur elle. La petite Maïlys qui, du haut de ses quatre ans, se tape la tête contre les murs et dont les parents sont complètement accros à leurs smartphones. Quant à Ella, elle se retrouve cyberharcelée par une bande de gamine de son collège.

L’humour est toujours au rendez-vous ; ce n’est pas seulement drôle, tendre et émouvant, c’est également terriblement vrai et juste. Marie-Aude Murail a un vrai talent pour évoquer l’adolescence et ses maux. Deux nouvelles saisons pour deux lectures réjouissantes : un vrai baume au cœur. C’est une de mes sagas jeunesse préférées – avec les Quatre sœurs, de Malika Ferdjoukh.

 

Rébecca Lighieri – Les garçons de l’été **

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Éditeur : Folio – Date de parution : avril 2018 – 412 pages

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Thadée et son frère Zachée sont les deux fils prodigues de la famille Chastaing ; étudiants brillants et surfeurs surdoués, ils sont absolument parfaits au yeux de leur mère Mylène, qui les idéalise excessivement. Ils décident de prendre une année sabbatique pour surfer sur les plages de La Réunion. Cette famille aux apparences parfaite va peu à peu voler en éclats lorsque Thadée, l’aîné, se fait dévorer la jambe par un requin.

Un roman choral qui nous offre le point de vue de chacun des membres de cette famille bourgeoise originaire de Biarritz. Si les premières pages me rendent captive de l’histoire, annonçant un roman terrible, certains passages me plongent dans un ennui profond – ennui provoqué je pense par l’utilisation abusive du langage technique du surf…

Quant aux personnages, je ne parviens pas à m’attacher à eux, et certains me révulsent carrémentThadée le diabolique pervers… Le seul personnage pour lequel j’ai éprouvé une profonde empathie est Ysé, la petite dernière, que tout le monde oublie et qui survit au milieu de ce naufrage familial. Ysé qui collectionne les iguanes et les serpents, brûle de l’encens pour éloigner les fantômes et se scarifie dans la buanderie pour soulager sa peine. Sa voix – impertinente & sarcastique – m’a touchée et amusée.

Au fur et à mesure que la fin du roman se profile, mon estomac fait des nœuds. Un roman machiavélique qui ne m’a clairement pas laissée indifférente et m’a fait passer par différents états : l’ennui, l’exaspération, l’écoeurement, l’émotion, la perplexité… Et que j’ai malgré tout dévoré à toute allure.

Je serais du coup très curieuse d’avoir vos échos sur ce roman !

Mon avis sur son roman Je viens.

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« C’est vrai ça, qui s’occupe de mes problèmes ? Est-il normal que je me retrouve à pleurer éperdument dans une panière de linge pendant que ma mère gâtifie sur son fils aîné et que mon père s’envoie en l’air avec sa vieille maîtresse ? »