Florent Oiseau – Les Magnolias ***

les-magnolias_florent-oiseau_allary-editions-hd-tt-width-326-height-468-crop-1-bgcolor-ffffff-lazyload-0

Allary Éditions – 2 janvier 2020 – 224 pages

*

Alain a la quarantaine et sa carrière d’acteur est au point mort. Il n’a pas joué un seul rôle depuis celui d’un cadavre il y a dix ans, dans une série de l’été regardée par 6 millions de téléspectateurs. Pour tuer le temps, il adore lister tous les noms ridicules qui peuvent être donnés aux poneys. Quand il a un petit coup de mou, il éprouve le besoin de se cacher dans son panier à linge de la taille d’un bunker.

Ses semaines sont rythmées par ses visites à Rosie dans sa camionnette ; il aime parcourir son corps potelé avec un masque de plongée. Chaque dimanche, Alain saute dans sa Renault Fuego couleur Gerbe et rend visite à sa grand-mère aux Magnolias, sa maison de retraite. Il lui parle dans le creux de l’oreille, nourrit les canards et puis un après-midi, sans crier gare, elle lui demande de l’aider à mourir.

Si l’instant d’après, elle a tout oublié, ce n’est pas le cas d’Alain qui va enquêter sur les vies secrètes de cette grand-mère qu’il croyait connaître…

Pour couronner le tout, son meilleur ami Rico – qui est aussi son agent – le genre d’homme à devenir homosexuel pour s’offrir un meilleur avenir, emménage chez lui, avec ses sandwichs aux flageolets.

Le roman de Florent Oiseau est délicieusement insolite ; un style cocasse et absurde, des métaphores savamment désopilantes. Un anti-héros tellement paumé qu’il en devient touchant et attendrissant. Bref, je ne peux que vous souhaiter la découverte de cette prose intelligente et drôle qui ne se lit pas mais se déguste, tiraillé par une troublante hilarité.

***

« Derrière chaque vieille dame sommeille une danseuse de cabaret. »

Maria Pourchet – Champion ***

product_9782072864643_195x320.jpg

Folio – novembre 2019 – 256 pages

*

Sur des cahiers à petits carreaux, Fabien raconte à sa psychiatre son quotidien dans une pension catholique en 1992. Il noircit les pages de ces cahiers, les uns après les autres, depuis un centre de repos, dont il ne pourra sortir que lorsqu’il aura raconté les événements qui l’y ont conduit

Fabien nous livre aussi ses weekend chez ses parents ; sa mère qui passe son temps à l’engueuler et à le battre, son père toujours absent, qui se tue au boulot. Une ambiance familiale exécrable et violente ; des parents qui semblent n’avoir jamais voulu de cet enfant. Mais l’adolescent ne s’en formalise ; il a décidé de devenir un « crack » en anglais pour s’envoler jusqu’à Manhattan, loin de ce bled pourri. Son seul ami c’est Champion, un loup. Son ami imaginaire – son versant animal – sa part d’ombre.

Cahier après cahier, l’on découvre la personnalité de Fabien, un adolescent solitaire, subversif et moqueur, grossier et provocateur – très pince-sans-rire, ses écrits n’épargnent personne. Très vite, on se rend compte qu’il se donne un genre ; tout n’est qu’apparence. Fabien a choisi le rire pour ne pas chialer, comme il dit. Il écrit comme il parle, ne fait pas attention au style, aux mots grossiers qu’il emploie. Il écrit avec son coeur. Ses tripes, il les met sur la table.

Un roman aussi bluffant que poignant sur l’adolescence, le deuil et le refoulement

***

« J’ai ricané, et on est pas passés loin que je réponde ‘quel coeur?’. Je me suis retenu. Ce sont des répliques à balancer droit dans ses bottes, la main sur le colt. En robe de chambre, ça vous ferait vite passer pour un con. »

Riikka Pulkkinen – L’Armoire des robes oubliées ****

robes oubliées

Éditeur : Le Livre de Poche – Date de parution : 2013 – 422 pages.

*

Elsa, chercheuse de renommée en psychologie, est atteinte d’un cancer foudroyant. Elle décide de quitter l’hôpital et de passer les jours qui lui restent chez elle, en compagnie de ses proches. Ils lui rendent visite tous les jours, à tour de rôle. Ensemble, ils profitent de la vie, de chaque instant, du printemps. Une bouteille de vin, le soleil, la nature, l’air pur.

Il y a Martti, son mari depuis plus de cinquante ans, artiste peintre. Il y a leur fille Eleonoora. Leurs petites filles, Anna et Maria. Anna est la plus fragile des deux, la plus sensible. Avec son grand-père, elle aime prendre le tramway et réinventer la vie des gens qu’ils croisent. Un jour qu’elle passe une journée avec sa grand-mère, Anna découvre une robe dans une armoire, qu’elle n’a jamais vue. Cette robe va faire resurgir un passé enfoui depuis longtemps… Et une femme, Eeva.

Nous faisons un bond en arrière, et dans le prolongement des révélations de sa grand-mère, Anna se raconte l’histoire d’Eeva. En 1964, c’est le printemps, le mois de mai, elle a 22 ans, le même âge qu’Anna. Sa vie fait étrangement écho à celle d’Anna…

Le roman alterne entre présent et passé : nous plongeons dans les années 60, à l’aube des révoltes et du désir de changement. 1964, année de naissance d’un amour sublime et interdit« Aimer est la seule façon de rendre le monde vrai. » Le secret de famille déroule sa bobine au fil des mots ; j’ai aimé lire ces personnages, criants de vérité.

Je suis littéralement tombée sous le charme de ce roman fascinant, j’ai eu envie de noter tellement de phrases. C’est une lecture d’une douceur inouïe ; il s’en dégage une douce mélancolie, dénuée de tout pathos. Les mots sont justes, ils ont une force incroyable, chacun est à sa place.

Un coup de cœur, une vraie pépite finlandaise

***

« Seuls ceux qui n’ont encore rien perdu peuvent faire une confiance si absolue. Seuls ceux qui n’ont pas été trompés. »

« Le monde était ici, avec toute sa bizarrerie et sa vacuité. Ce n’était pas une peinture, c’était le monde, nu, sans cesse à portée de sa main. »

« Tout a déjà commencé, tout avait déjà commencé lorsque j’ai sonné à la porte, tout avait commencé lorsque j’ai franchi le seuil. Tout avait commencé déjà bien avant. Tout est aussi vieux que le temps. »

Elle m’a demandé : « Comment peut-on aimer sans excès ? Et pourquoi, même, le faudrait-il ? Ca n’existe pas. »