Timothée de Fombelle & Isabelle Arsenault – Capitaine Rosalie ****

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Gallimard Jeunesse – 2018 – 64 pages

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Avant même d’ouvrir cet album, je sais que j’ai affaire à un petit bijou… Timothée de Fombelle et Isabelle Arsenault sont pour moi deux belles personnes, deux artistes que j’admire énormément.

Rosalie, c’est cette enfant de 5 ans et demi aux cheveux roux, planquée au fond de la salle de classe, à demi cachée par les manteaux des grands, qui dessine dans son cahier du matin au soir. Une enfant qui cache une âme de capitaine et qui a une mission à accomplir… « Chaque jour, je suis à mon poste, capitaine Rosalie, au fond de la classe en embuscade sous les manteaux. » Sa mère travaille à l’usine depuis le début de la guerre et son père est au combat. Nous sommes en 1917.


 

Je n’en dis pas plus pour vous laissez le plaisir de découvrir cet album sublime.

 


Poésie, délicatesse, malice. Et flamboyance des illustrations. Ombre et lumière s’épousent. Force et douceur se dégagent des illustrations : cette lecture m’a donné des frissons et m’a émue à un point... Timothée de Fombelle est un conteur hors pair et Isabelle Arsenault une magicienne. Définitivement. ♥️

 

Sophie Adriansen – Lise et les hirondelles ***

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Nathan – 2018 – 176 pages

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En cet été 1942 à Paris, Lise Bimbam est une jeune adolescente de treize ans. Cela fait deux ans déjà que les Allemands occupent la capitale. Sur sa robe-chemise, l’étoile jaune s’épanouit parmi les fleurs du tissu. Dessus est inscrit « JUIF » comme un avertissement, un blâme. Ses parents ont été contraints de fermer leur atelier de couture. Les juifs ne peuvent plus tenir de commerce. Depuis que deux officiers allemands l’ont repéré, la jeune fille se cache dans la buanderie de leurs voisins, les Juillard. Peu de temps après, ses parents et ses frères se font arrêter.

Moi qui ne suis habituellement pas férue de romans qui se déroulent pendant la Seconde Guerre mondiale, j’ai tout de suite accroché avec ce roman, lu avec plaisir et émotions.

Lise est une héroïne attachante, au caractère affirmé. Une adolescente éprise de lecture – elle lit et relit Les Misérables – et plutôt mâture pour son âge – bien obligée de grandir avant l’heure. Sans nouvelles de ses parents, elle continue d’espérer« Si je cesse d’espérer, je cesse de vivre. » Les hirondelles ne cessent de la fasciner. « C’est un miracle de la nature qu’avec de si maigres réserves, un oiseau de vingt grammes puisse parcourir une si longue distance, traverser tant de pays, voler ainsi au-dessus de la mer et du désert. Un miracle, et un exemple dont je dois m’inspirer. » 

Lise et les hirondelles est un roman très juste, qui file la métaphore de l’hirondelle et où aucun mot n’est de trop ; une écriture sensible et forte ; l’émotion finit par me gagner, les yeux par me piquer. Sophie Adriansen aborde les thèmes de la guerre, l’occupation et la déportation avec justesse dans ce roman très accessible pour les plus jeunes et qui leur parlera certainement beaucoup.

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« Comme les oiseaux, nous avons des racines. Et si les racines partent en fumée? Rien ne nous empêche de continuer à les faire pousser – mais à l’intérieur. »

Lauren Wolk – La Combe aux Loups ***

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Éditeur : l’école des loisirs – Date de parution : mars 2018 – 300 pages

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« L’année de mes douze ans, j’ai appris à mentir. Je ne parle pas ici de ces petites histoires que les enfants inventent. Je parle de vrais mensonges, nourris par de vraies peurs, je parle de choses que j’ai dites et faites et qui m’ont arrachée à la vie que j’avais toujours connue pour me précipiter dans une nouvelle vie. »

Nous sommes en 1943. En Europe, la Seconde Guerre mondiale fait des ravages. De l’autre côté de l’Atlantique, les Américains d’origines allemandes sont vite montrés du doigts, candidats désignés de la haine populaire.

La Combe aux Loups, c’est l’endroit que traverse Annabelle pour aller à l’école avec ses deux petits frères. C’est aussi l’endroit où l’attend Betty, une fille cruelle plus âgée qui l’a prise comme souffre-douleur. Une gamine aux airs angéliques mais au cœur noir et aux yeux diaboliques. La combe aux Loups est également fréquentée par Toby, un homme traumatisé par la Première Guerre mondiale, solitaire et taiseux ; errant dans les collines alentours en photographiant la nature, il ne se sépare jamais de son long manteau et de son chapeau qui laisse son visage dans l’ombre.

Annabelle s’attache à cet homme hanté par la guerre et ses démons, dont tout le monde se méfie ; une amitié naît. Pour les autres, Toby est un être marginal ; trop marginal à leurs yeux pour être honnête…

Annabelle n’a que onze ans presque douze, elle n’est pas préparée au drame qui va survenir. Et pourtant, elle fait preuve d’une maturité étonnante pour son âge, et d’une grande lucidité quant au monde qui l’entoure et face aux adultes et à leur comportement. Elle réfléchit sur ces choses qu’elle ne comprendra sans doute jamais, sur la place infime que tout être occupe sur terre.

Je n’étais pas préparée à l’atmosphère sombre dans laquelle nous plonge ce roman jeunesse. L’oeuvre de Lauren Wolk se révèle en effet bien plus complexe que je ne m’y attendais. La Combe aux Loups se dévore le cœur battant et se termine avec les yeux un peu humides…

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« Si ma vie ne devait être qu’une seule note dans une symphonie sans fin, pourquoi ne la ferais-tu pas résonner aussi fort et aussi longtemps que possible? »

Timothée de Fombelle – Vango, Tome 1 : Entre ciel et terre ***

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Éditeur : Folio – Date de parution : octobre 2016 – 448 pages

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Une fois de plus, la plume de Timothée de Fombelle m’a charmée ; la magie était au rendez-vous… Vango, notre héros, est arrivé un matin de 1919, sur une des îles Éoliennes, Salina, à l’âge de trois ans. Il s’y est échoué avec Mademoiselle, sa nourrice. Mazetta, un homme taiseux et mystérieux, leur offre le gîte, tout en veillant sur eux. Vango est vite adopté par les habitants de cette petite île sauvage, mais son passé demeure un mystère.

Mais nous faisons la connaissance de Vango quelques années plus tard, en 1934 à Paris. Allongé sur les pavés devant le parvis de Notre Dame, le jeune homme s’apprête à être ordonné prêtre lorsque des policiers surgissent pour l’arrêter. Agile comme un oiseau, Vango leur échappe par les toits parisiens. Une longue fugue commence, qui le fera traverser l’Allemagne, l’Angleterre, l’Écosse, l’Italie, par la voie des airs…

C’est un roman foisonnant et riche, à l’origine publié en tant qu’œuvre pour la jeunesse. Le personnage de Vango est fascinant, il parle plusieurs langues, escalade des églises et des arbres. On ne sait d’où il vient, ni pourquoi il est ainsi poursuivit… La Taupe, Eckener, Ethel, Zefiro… La ribambelle de personnages qui se déploie sous nos yeux et qui gravite autour de Vango est terriblement attachante, et chacun a son histoire. Le texte est émaillé de croquis des îles Éoliennes, du ballon dirigeable de Eckener. Timothée de Fombelle a décidément beaucoup de talent dans l’élaboration et la description d’un univers à part entière et il me tarde de lire le deuxième tome des aventures de Vango.

Merci aux éditions Folio pour cette belle découverte.

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« Qui désirait la mort de Vango ? POur la première fois, il eut l’impression que sa course folle trouvait sa source dans les profondeurs du siècle et de l’histoire. Vango n’était pas un orphelin comme les autres. Il était l’héritier d’un monde englouti. »