Emily St. John Mandel – Station Eleven ****

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Éditeur : Rivages – Date de parution : août 2016 – 480 pages

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J’ai lu ce roman dans le cadre d’une lecture commune avec Fanny, du blog Pages versicolores, et ce fut un plaisir d’échanger et de partager cette lecture avec elle ! Pour retrouver son propre billet et découvrir son avis, c’est par ici !

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Un soir d’hiver à l’Elgin Theatre de Toronto, le célèbre acteur Arthur Leander s’écroule sur scène. Son cœur cesse de battre en pleine représentation du Roi Lear. Un des spectateurs, Jeevan, se précipite sur scène pour tenter de secourir l’acteur, mais il est trop tard. Dans l’ombre de la scène, une petite fille sanglote. En sortant du théâtre, Jeevan n’a pas le cœur à rentrer chez lui. Il erre dans les rues, sous les flocons de neige, lorsque l’appel d’un ami urgentiste lui apprend qu’une terrible pandémie de grippe, en provenance de Géorgie, se répand sur la ville de façon alarmante. Il le supplie de quitter immédiatement Toronto avec sa femme et son frère.

Vingt ans après le cataclysme, nous suivons La Symphonie Itinérante, une troupe d’acteurs et de musiciens qui déambule et voyage à travers la région du lac Michigan, dans des voitures transformées en caravanes. Envers et contre tout, ils jouent du Shakespeare et des morceaux de musique classique. Parmi cette troupe itinérante, cette seconde famille, se trouve Kirsten, l’enfant qui a assisté à la mort d’Arthur Leander. Elle a désormais vingt-huit ans et ne garde aucun souvenir de la première année qui a suivi la fin du monde. Construit sur ces échos d’un monde à l’autre, le roman alterne ainsi deux temporalités : ce qui s’est passé avant le cataclysme, et les années qui ont suivi dans ce monde post-apocalyptique.

Station Eleven est un roman difficile à classer et dont j’ai beaucoup de mal à parler tant il m’a remuée. C’est à la fois un roman de science-fiction, un roman d’aventures, nous faisant réfléchir sur l’homme et son devenir, l’art… Si au cours de ma lecture, j’ai pensé à Walking dead, la comparaison ne tient pas longtemps la route ; l’univers que nous dépeint Emily St John Mandel est particulièrement bien campé, et très réaliste : aucun détail n’est laissé au hasard.

L’intrigue dans laquelle on s’immerge complètement est tissée de multiples connexions entre l’avant et l’après cataclysme, elle met en scène des chassés-croisés entre les personnages, grâce à une plume sensible et incisive. Ce roman m’a littéralement enthousiasmée, émue, me transportant dans un Ailleurs qui nous questionne sur la fin possible d’un monde, le rôle de l’art et l’importance des souvenirs dans une vie, leur profonde subjectivité.

Un roman que je ne voulais pas refermer, que j’aimerais relire. ❤

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« L’enfer, c’est l’absence de ceux qu’on voudrait tant avoir auprès de soi. »

« Mes souvenirs d’avant le cataclysme ressemblent aujourd’hui à des rêves. Je me souviens d’avoir regardé par le hublot d’un avion, ce devait être dans le courant de la dernière année, et d’avoir vu du ciel la ville de New York. »

« Il est surprenant de voir la rapidité avec laquelle on en vient à trouver normal de vivre sur un banc, avec une simple valise, près d’une porte d’embarquement. »

Daniel Keyes – Des Fleurs pour Algernon ***

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Éditeur : J’ai Lu – Date de parution : 2011 [1966] – 542 pages

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J’ai enfin eu l’occasion de me plonger dans ce fameux roman de science-fiction dont tout le monde parle ! Et c’était aussi pour moi l’occasion de cocher un livre supplémentaire dans ma liste de 100 livres à avoir lu dans sa vie… Challenge que j’avais un peu délaissé ces derniers temps, ce qui est dommage.

Charlie Gordon est un simple d’esprit, retardé de naissance. Il a la trentaine, mais a le comportement d’un enfant vis à vis des autres et du monde qui l’entoure. Lorsque le professeur Nemur et le docteur Strauss lui proposent une opération capable de le rendre intelligent, il accepte tout de suite. Avant et après l’opération, Charlie tient un carnet de bord, sur la recommandation des scientifiques qui le suivent. Et on voit peu à peu l’évolution de son écriture et les progrès qu’il fait, après l’opération. Cette opération n’a jamais été testée sur les humains ; seulement sur Algernon, une souris blanche. On suit au plus près l’évolution psychique de Charlie ; son regard qui change sur le monde qu’il a toujours connu, sa compréhension qui s’éveille et s’aiguise et les connaissance qui s’accumulent de façon fabuleuse.

Ce roman, en regard de la description psychique du personnage, tient du génie ! Au début, l’écriture m’a un peu déstabilisée : Charlie décrit son quotidien, et son écriture est donc remplie d’inombrables fautes, sans virgule ; il écrit les mots de façon phonétique.

C’est un roman qui questionne l’intelligence : est-elle vraiment une condition du bonheur ? Ne faut-il pas au contraire envier les simples d’esprit, le fait de ne connaître qu’une partie de la vérité, de ne pas avoir accès à la connaissance. Tout au long du roman se déploie l’allégorie de la caverne de Platon. Charlie, simple d’esprit, tourne le dos à l’entrée de la caverne, et ne connaît de la réalité que les ombres projetées sur le mur. A la suite de son opération, la lumière se fait dans son esprit, pour le meilleur et pour le pire.

Une lecture que je ne regrette pas, que j’ai trouvé littéralement géniale et qui m’a hantée, longtemps après.

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« Maintenant, je comprends que l’une des grandes raisons d’aller au collège et de s’instruire, c’est d’apprendre que les choses auxquelles on a cru toute sa vie ne sont pas vraies, et que rien n’est ce qu’il paraît être. »

« Ton génie a détruit ta foi dans le monde et dans ton prochain. »

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Livre lu dans le cadre du Challenge des 100 livres !

9 / 71

Les 100 livres

Lois Lowry – Le Passeur ***

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Éditeur : L’Ecole des loisirs – Date de parution : 2016 [1992] – 219 pages

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Je vous présente ma nouvelle lecture commune avec Claire du blog La tête en Claire ; je ne les compte même plus, on commence à en avoir beaucoup à notre actif ! Cette fois-ci, il s’agit d’une LC particulière car, tandis que je lisais Le Passeur en VF, Claire le lisait en VO…! Je la remercie encore pour ce bouquin, que j’ai gagné grâce au concours qu’elle organisait pour l’anniversaire de son blog. Pour découvrir son billet, c’est par ici !

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Je dois dire que c’est un roman tout à fait fascinant, précurseur dans le genre de la dystopie pour la jeunesse, car publié au début des années 90, avant tous les Divergente, Hunger Game… Lois Lowry nous invite dans un monde contre-utopique, où l’on fait la connaissance de Jonas, un jeune adolescent. Dans cette société de L’Identique, tout est programmé et régulé au millimètre près : les enfants, le conjoint, la cellule familiale, le métier ; les choix n’existent pas. Les gens ne lisent pas. Jusqu’à l’âge de douze ans, chaque année, les enfants assistent à la cérémonie du passage à l’âge supérieur. C’est à douze ans qu’on leur attribue un métier, une fonction, qu’ils vont exercer toute leur vie. Jonas va bientôt avoir douze ans, il est anxieux car il ne sait absolument pas ce qui l’attend. Depuis quelques temps, il voit des choses étranges autour de lui, sa perception se modifie le temps de brefs instants.

Au fil des pages, on se rend compte que ce monde n’a rien d’idéal. Chaque étape de l’enfance est ritualisée. Si l’on contrevient aux règles de la société, il y a la menace de l’élargissement. Mais en quoi consiste-t-il vraiment ? Le bruit court que les personnes élargies partent vers l’Ailleurs. Et que certaines personnes sont parvenues à s’enfuir vers cet Ailleurs.

Il m’a fallu quelques dizaines de pages pour m’immerger complètement dans ce roman, que j’ai fini par trouver fabuleux et foisonnant, même s’il est très court. J’ai été hypnotisée par l’intrigue. Je ne vous en dévoilerais pas plus sur ce roman, car c’est son mystère qui lui donne tout son charme… Un dernier mot : j’ai particulièrement aimé la rencontre de Jonas avec le Passeur ; il se rend compte peu à peu de tout ce qui lui manque, et du monde qui existait avant… Il découvre les souvenirs.

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« Il voulait son enfance, ses genoux écorchés et son ballon. Assis seul dans son habitation, il regardait par la fenêtre et voyait les enfants jouer et les citoyens rentrer chez eux après une journée sans surprises ; des vies ordinaires débarrassées de toute angoisse parce qu’il avait été sélectionné, comme d’autres avant lui, pour porter leur fardeau. »

Cécile Coulon – Le rire du grand blessé ***

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Éditeur : Points – Date de parution : août 2015 – 135 pages

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1075 est un Agent chargé d’empêcher une population droguée aux Livres de se perdre dans son addiction, il a pour rôle de refréner leurs ardeurs ; il est surtout chargé d’assurer la sécurité lors des Manifestations à Haut Risque pendant lesquelles un Liseur offre cent-dix pages de mots à la foule parquée dans un stade… Les mots sont dotés d’un pouvoir stupéfiants, ils font ressentir une multitude d’émotions violentes à la foule, ce sont des armes chargées. Il y a les Livres Frisson qui font hurler d’angoisse, Livres Terreur qui inspirent une panique sans borne, les Livres Chagrin qui provoquent un flot de larmes… Les Livres Tendresse ont moins de succès. Les mots : une drogue publique, ils provoquent l’exacerbation des émotions.

Une seule exigence pour être Agent : être analphabète et faire le serment de ne jamais apprendre à lire. Les Agents sont surveillés à toute heure du jour et de la nuit ; ils vivent en vase clos. Cette fonction est la seule issue de secours, la seule planche de salut pour les oubliés de la société, les laissés-pour-compte.

Ce nouveau régime de terreur mis en place par un obscur gouvernement est le suivant : faire surveiller les lecteurs par ceux qui ne savent pas déchiffrer une lettre. Le pouvoir est donné aux analphabètes, ils deviennent l’élite du pays, tandis que les lecteurs sont considérés comme de vulgaires junkies. Mais un jour, au hasard des couloirs d’un hôpital, 1075 rencontre une institutrice…

Je n’en dirai pas plus car l’intrigue se dévoile petit à petit et ce court roman est très bien ficelé!

Dès les premières lignes, ce livre de pure science fiction m’a fait pensé à Fahrenheit 451 de Ray Bradbury, qui était pour moi un très beau coup de cœur, par rapport aux livres qui inspirent le danger. J’ai aussi pensé au roman d’Aldous Huxley, Le Meilleur des mondes.

On sent une maîtrise incroyable de l’écriture de Cécile Coulon. Le récit est fluide, les mots percutants tout autant que l’histoire en elle-même. J’avais déjà été saisie par l’écriture de l’auteure dans Méfiez-vous des enfants sages. Je ne suis pas déçue ici. J’ai été totalement captive et captivée par l’histoire.

J’ai été plongée littéralement cette histoire qui mêle avec brio des réflexions autour de la liberté, la lecture, la littérature et une évidente critique d’une certaine littérature commerciale.

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« Cinquante mille spectateurs pour un Livre Frisson. La Lecture à peine commencée, des passionnés s’évanouiraient au premier rang, pousseraient des hurlements d’angoisse à crever les tympans. »

« Aucun détail laissé au hasard : rien ne les poussait à apprendre à lire. On enlevait magazines, livres, jeux, calendriers, notices, étiquettes. Ce qui comportait mots, phrases ou paragraphes était banni. Les tubes de dentifrice ne portaient aucune mention, pas plus que les pots de moutarde. »