Elena Ferrante – Les jours de mon abandon **

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Folio – 2016 – 288 pages

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Olga a trente-huit ans et après quinze ans de vie commune et deux enfants, son mari vient de la quitter pour une autre femme, beaucoup plus jeune. Tout juste sortie de l’adolescence. Olga ne s’y attendait pas, la trahison est épidermique ; insupportable.

Les jours de mon abandon raconte la brusque métamorphose d’une femme trahie, abandonnée. Olga devient amère, vulgaire et sarcastique. Elle ne prend plus soin d’elle. Elle devient tête en l’air, oublie de fermer le gaz, ne parvient plus à ouvrir sa porte. Néglige ses enfants. Les amis prennent le large et Olga se retrouve vite seule. Elle passe ses nuits à écrire de longues lettres pétries de douleur à son mari perdu ; quant aux journées, elle les passe en tentant d’oublier. De l’abandon à la folie, il n’y a qu’un pas.

Le moment choisi pour entamer ce livre n’était pas forcément judicieux ; Elena Ferrante nous plonge dans une atmosphère âpre. Le langage grossier d’Olga m’agace. Je me perds quelques temps dans les méandres de sa folie qui s’épanouit. C’est tellement bien écrit que la violence de l’histoire m’étreint, le malaise m’envahit, m’obligeant à lire un temps en diagonale – à l’image de la jeune femme sur la couverture, je me retrouve submergée et écœurée par cette folie.

Les jours de mon abandon raconte la dérive d’une femme au cœur brisé ; sa lente descente aux enfers. Un roman dérangeant qui possède une écriture qui nous secoue ; qui nous tord soigneusement les boyaux, nous les essorent. C’est sincère, tortueux, cruel et beau.

David Foenkinos – Deux soeurs **

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Gallimard – février 2019 – 176 pages

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Du jour au lendemain, Étienne quitte Mathilde, la laissant au bord du désespoir. Ils devaient se marier ; ils s’en étaient fait la promesse en Croatie l’été dernier. La jeune femme n’a qu’une envie, se jeter par la fenêtre. Pour ne pas le faire, elle descend au bar s’enivrer. Le lendemain, sa routine implacable de professeur reprend ses droits ; elle décide qu’elle ne dira rien.

« On aurait dit la version verbale d’un meurtre. »

Si elle n’en parle pas, ça n’existe pas. Elle se terre chez elle, s’affame et puis sa sœur Agathe, inquiète, frappe à sa porte. Elle lui propose de l’accueillir chez elle, où elle vit avec son mari et son bébé. Bien vite, une curieuse tension s’installe entre les deux sœurs. Face à cette famille qui lui apparaît parfaite et idéale, Mathilde se laisse à peu dévorer par la folie, la jalousie, la paranoïa. Jusqu’au point de chute, inévitable.

Une lecture fluide – on retrouve l’écriture parfois malicieuse de Foenkinos, avec ses notes de bas de page – dont les premières phrases ne m’emballent pas ; je les trouve creuses, banales, sans saveur ; la douleur de Mathilde ne m’atteint pas le moins du monde. Et puis, lorsque la deuxième partie s’ouvre, la tension grimpe d’un coup ; les courts chapitres se succèdent et ce thriller psychologique plutôt efficace se déguste rapidement. Deux sœurs se lit sans déplaisir mais sera vite oubliée.

Lecture Commune avec Petit Pingouin Vert

Pour découvrir sa chronique, c’est par ici

 

Amélie Cordonnier – Trancher ***

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Éditeur : Flammarion – Date de parution : août 2018 – 176 pages

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Après sept ans de répit, Aurélien rechute. Un matin de vacances, devant les enfants, il insulte violemment sa femme : « ferme ta gueule une fois pour toutes, connasse, si tu ne veux pas que je la réduise en miettes. » Des paroles lancées comme des couteaux qui resurgissent. Subitement. Devant leurs enfants ahuris. Plus tard, Aurélien s’excuse et promet de ne pas recommencer. Mais il ne pourra empêcher la violence verbale de resurgir. Chaque jour, il insulte sa femme, la noyant sous un flot de paroles d’une violence inouïe.

Il y a sept ans, la jeune femme l’avait quitté à cause de ça ; puis elle était revenue. Aujourd’hui, elle aura bientôt quarante ans : que faire ? Partir au rester ? C’est entre ces deux issues qu’il faut trancher. La narratrice se donne jusqu’à la date de son anniversaire pour prendre sa décision.

A travers un récit à la deuxième personne du singulier, peu à peu se dessine le portrait d’une femme émouvante pour laquelle j’ai ressenti une profonde empathie. Toutes ces paroles qui agissent sur elle comme autant de bleus à l’âme ; cette femme – dont nous ne connaîtrons jamais le nom – pourrait être vous. Ou moi. On souffre avec elle, on finit par s’identifier à elle, à force de « tu ». Quant à la figure du mari, elle est peinante. Je n’ai ressenti aucune animosité envers lui ; seulement une immense tristesse. Trancher aborde les thèmes du couple, de l’amour avec sensibilité ; c’est un roman percutant dont la fin m’a quelque peu déroutée…

Merci à Lilylit pour m’avoir fait découvrir et prêté ce roman très fort.

Rick Bass – Le ciel, les étoiles, le monde sauvage **

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Éditeur : 10-18 – Date de parution : 2002 – 284 pages

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Je découvre Rick Bass avec ce recueil de trois nouvelles. Trois textes plus ou moins longs dont les intrigues se déroulent au sein du monde sauvage et naturel. On découvre des personnages en proie à la solitude, et confrontés à la fuite et la rupture. Si les nouvelles sont assez inégales, je garde en mémoire deux figures de femmes, assez marquantes.

* Dans la première nouvelleJudith quitte brusquement la tanière de Trappeur, avant qu’il ne soit trop tard ; avant de s’enliser dans sa folie et sa maladie. Après une crise de trop, la jeune femme s’échappe dans la nuit en brisant une vitre. Elle fuit à cause « des bandes rouges et vertes qui striaient le ciel » – les hypnotiques aurores boréales. Trappeur à ses trousses, le cœur brisé. La chasse commence.

* Et cette femme-enfantdans la dernière nouvelle – qui se souvient de son enfance au contact de la nature, des bois et des animaux. Du jour où elle trouve le corps sans vie d’un aigle si grand qu’elle le prend au début pour un humain recouvert de plumes. Au sommet d’une falaise, la fillette l’accroche à un chêne immense afin de déployer ses ailes, et de lui relever la tête. Espérant que, dans une autre vie, il prenne son envol…

Rick Bass nous offre une palette d’émotions à travers ses descriptions de la nature ; le monde sauvage et animal nous apparaît dans toute sa pureté, sa sauvagerie poétique.
Le monde sauvage demeure « cette chose qui vous rappelle vers l’intérieur, vers les ombres et la sécurité d’un lieu qui en a toujours le respect. Dans chacun de ses atomes. »