Gilles Marchand – Un funambule sur le sable ****

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Éditeur : Aux forges de Vulcain – Date de parution : 2017 – 354 pages

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Stradi est né avec un violon coincé dans le cerveau. Cette étrange anomalie ne se voit pas de l’extérieur, Stradi pourrait être un petit garçon comme les autres. Mais il ne peut ni courir, ni aller à l’école, ni sauter… Car l’on ne sait comment réagirait le violon dans sa tête. Alors à la place, l’enfant lit. Il dévore des livres. La lecture devient un de ses besoins les plus fondamentaux.

Quand Stradi rêve ou cauchemarde, son violon s’anime et joue de la musique. Quand son esprit vagabonde, son violon joue aussi de la musique. L’instrument qui fait partie de lui joue au gré des humeurs et des émotions qui le traversent… Il lui permet également de communiquer avec les oiseaux.

À l’école primaire à laquelle il finit par être accepté, Stradi se lie d’amitié avec Max, un garçon qui boite. Tous deux différents, tous deux marginaux, à cause d’une jambe ou d’un violon mal placé, les deux garçons ne se quitteront plus. Un jour, il rencontre Lélie, l’amour de sa vie.

Son amour pour Lélie, son amitié avec Max, la lecture, les oiseaux… autant de choses qui l’aident à s’accepter comme il est, à oublier plus ou moins la douleur avec qui il a rendez-vous pendant des années chaque 25 du mois – une piqûre dans l’oreille nécessaire pour l’entretien des cordes de son violon.

Un roman initiatique décalé, poétique, absurde – drôle et triste à la fois – qui m’a complètement charmée. Des personnages un peu fous – mais qui peut vraiment affirmer qu’il est sain d’esprit ? – mais si attachants. Les mots de Gilles Marchand sont un délice, ils se lisent et se relisent, se savourent… Je referme ce roman absolument conquise. ❤

 

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Elitza Gueorguieva – Les cosmonautes ne font que passer ***

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Éditeur : Folio – Date de parution : juin 2018 – 192 pages

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Ce court roman dirigé par la deuxième personne du singulier met en scène une enfant bulgare de sept ans qui se passionne pour la « conquête spéciale » et Iouri Gargarine. Son rêve : être cosmonaute. Elle se prépare pour cette mission secrète : pourquoi ce métier serait-il réservé seulement aux garçons ?! Quel est ce monde absurde où les petites filles devraient forcément se tenir sagement à carreaux ? … Le « tu » nous délivre le quotidien de cette enfant ; sa mère qui fume des dizaines de clopes par jour pour maintenir à distance son angoisse ; Constantza, cette gamine qui la suit partout et qui par devenir sa meilleure amie, forcée par le destin ; son grand-père communiste – un vrai de vrai – dont elle est si fière ; sans oublier Joki, son chien, son fidèle assistant dans sa mission secrète.

Elle grandit, passant de l’enfance à l’adolescence, de Iouri Gargarine à Kurt Cobain, de la dictature de la fin des années 1980 au post-communisme. La petite histoire se mêle à la grande. Et l’on finit par s’attacher à cette voix d’enfant à la fois naïve et ironique – une naïveté qui crée l’ironie. Au fil des chapitres brefs aux drôles de titres qui s’enchaînent, le ton truculent devient savoureux. Une lecture fraîche, drôle mais aussi touchante.

Sophie Adriansen – Linea Nigra ****

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Éditeur : Fleuve – Date de parution : septembre 2017 – 493 pages

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Je vous présente aujourd’hui un curieux objet littéraire : à la fois roman, enquête et essai sur la maternité, la grossesse et la condition féminine, la façon dont une femme devient une mère. Tous les changements intérieurs et extérieurs qu’une femme va connaître à partir du moment où elle apprend qu’elle est enceinte. Ce livre est aussi une belle histoire d’amour, celle de Stéphanie et de Luc, qui se rencontrent un soir. Puis, quelques mois plus tard, décident de devenir parents.

Je ne sais pas si c’est un livre qu’il faut avoir lu avant d’accoucher. En tous cas, neuf mois après avoir rencontré ma fille, il m’a profondément émue. Sophie Adriansen trouve les mots justes pour décrire cet état dans lequel on est lorsqu’on devient mère, jour après jour. Ce deuil de la femme que l’on était avant l’accouchement. Tout ce qui peut se passer dans notre petite tête et dans notre corps, irrémédiablement changé par un tel événement.

Ce livre est un trésor dans lequel je me suis plongée, dans lequel je me suis reconnue et qui m’a bouleversée. J’ai compatis, souris, pleuré – mes propres souvenirs ont refait surface… Un roman écrit avec sensibilité et justesse, qui nous livre une histoire d’amour, de naissance, une histoire de femme(s).

La grossesse vécue, mois après mois. Puis l’accouchement, la mise au monde d’un enfant, cette épreuve que vivent les femmes et que ne connaîtront jamais les hommes ; le fossé immense creusé entre eux. Donner la vie, rien que ça.

Au fil des pages, nous découvrons des anecdotes à propos de la maternité, de l’accouchement, la césarienne, l’allaitement, les conséquences physiologiques et psychologiques chez la femme. Des réflexions sur la pma, l’adoption, et les limites de ce droit à l’enfant, ce désir d’enfant. Le ton est parfois caustique, révolté – quand il s’agit de dénoncer les pratiques médicales abusives. Un livre féministe et militant, aux témoignages multiples – kaléidoscope féminin qui offre une palette de mots et de regards sur la maternité.

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« J’ignorais que le bonheur pouvait être aussi violent. Qu’il pouvait cogner aussi fort. Qu’il pouvait faire aussi mal. Je n’étais pas préparée. »

« Je partage à jamais un secret avec mon bébé, le secret de sa vie in utero, le secret de la façon dont mon corps l’a bercé, l’a porté, l’a fait grandir. Chacun a offert un cadeau à l’autre, qui n’avait rien demandé. Moi celui de le faire naître. Lui celui de me transformer. A jamais. Le secret qu’à un moment donné de l’existence, lui et moi avons fusionné. »

« Désormais je ne suis plus dans l’attente de quoi que ce soit, il me faut vivre. Embrasser la vie. La prendre à bras-le-corps. Y plonger, tout entière, en cessant de retenir mon souffle. »

Hugues Boulet – Les Gens des Hauts

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Livre en auto-édition – Date de parution : mars 2017 – 216 pages

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Un titre intriguant pour un roman de science-fiction qui se passe en Amérique du Sud, à Decamon. Cette ville – fictive – qui fait rêver les gens des Hauts. Nous sommes dans les années 90, après la révolution de janvier 1983 qui a soulevé la ville. Francisco et Ines s’apprêtent à partir. Dolores et Juan, quant à eux, rêvent de Decamon, dont ils n’ont cessé d’entendre parler depuis leur enfance. Nous suivons dans ce roman le destin de ces quatre personnages ; leur désir de fuite, leurs amours.

Un roman qui s’annonçait prometteur : une belle écriture ; des descriptions de Decamon et des alentours très évocatrices, on est immédiatement immergés dans une atmosphère singulière, sombre et énigmatique. Même si je ne suis pas une grande fan de science-fiction, j’aime les intrigues qui se déroulent en Amérique latine. Mais peu à peu, je me suis ennuyée et je ne suis pas parvenue à m’intéresser vraiment au destin de ces personnages – à les faire vivre en moi – ni à adhérer à l’intrigue, un peu décousue. Il m’a clairement manqué quelque chose, et c’est dommage !

Vincent Delecroix – La chaussure sur le toit ****

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Éditeur : Folio – Date de parution : 2007 – 256 pages

4ème de couverture :  « Au centre du roman, une chaussure abandonnée sur un toit parisien. Tous les personnages du livre fréquentent le même immeuble, à proximité des rails de la gare du Nord. On rencontrera un enfant rêveur, un cambrioleur amoureux, trois malfrats déjantés, un unijambiste, un présentateur vedette de la télévision soudain foudroyé par l’évidence de sa propre médiocrité, un chien mélancolique, un immigré sans papiers, une vieille excentrique, un artiste (très) contemporain, un narrateur au bord du suicide… et une chaussure pleine de ressources romanesques. »

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Ce roman est un vrai petit bijou littéraire. L’idée de départ est tout à fait originale et intrigante : raconter plusieurs histoires, en incluant toujours une chaussure abandonnée sur le toit de l’immeuble comme objet/sujet périphérique de chaque histoire. En dix chapitres, l’auteur nous raconte l’histoire de gens plus ou moins ordinaires, avec leurs tracas quotidiens, leurs petites lubies, leurs espoirs… Ces dix chapitres se passent dans les appartements d’un même immeuble, et la chaussure se retrouve au cœur de chaque récit. Comment est-elle arrivée là ? Quelle est son histoire ? Le motif de la chaussure permet de développer toute une série de récits expliquant la présence insolite de cet objet à un tel endroit ; cet objet devient le lieu de nombreuses interprétations, il est le terreau littéraire et imaginaire de ce roman proprement singulier. De fait, la chaussure devient l’objet d’une rencontre entre un pompier homosexuel et une vieille femme, le souvenir d’un amour perdu pour une adolescente… Entre autres.

Ce roman fourmille d’imagination, et je me suis vraiment délectée de cette lecture à chaque page! Les récits s’imbriquent les uns dans les autres avec finesse, légèreté et beaucoup d’humour. On rit, on sourit, de ces personnages solitaires, amoureux, mélancoliques et souvent excentriques. Le fait qu’ils habitent tous le même immeuble permet de créer des effets d’écho et des clins d’œil d’un récit à l’autre, ce qui en fait une lecture réjouissante et pleine de surprises.