Camille Laurens – Celle que vous croyez ****

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Editeur : Folio – Date de parution : avril 2017 – 210 pages

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Claire, la quarantaine, divorcée, s’adresse à Marc, son psychiatre ; elle lui raconte – et nous raconte – comment elle a décidé de surveiller son amant Jo sur Facebook en se créant un faux compte et en devenant amie avec Chris – alias KissChris. Sous le nom de nom de Claire Antunès – clin d’œil à l’écrivain portugais – elle se transforme en une jeune femme brune de vingt-quatre ans, passionnée de photographie. C’est de ce double fictif que Chris va tomber amoureux, chose que Claire n’avait absolument pas prévue. Au fil des échanges de messages, puis des appels, Chris et Claire s’attachent de plus en plus l’un à l’autre. Le temps passe et les mensonges s’accumulent ; la fiction prenant dangereusement le pas sur la réalité, l’envahissant.

Très vite, ce jeu du chat et de la souris entre fiction et réalité devient addictif. J’ai dévoré ce roman à la façon d’un thriller. L’écriture acérée et ironique de Camille Laurens prend tour à tour des formes différentes : à la fois dénonciation du sexisme, de la place et du traitement de la femme dans la société, roman sur la manipulation et ode à la folie.

Un thriller passionnel qui explore la façon dont la fiction imprègne la réalité – l’une ne pouvant se défaire de l’autre, s’abreuvant l’une à l’autre. La folle prose de Camille Laurens nous livre ses réflexions – criantes de vérité – sur le désir, l’amour et la jalousie.

C’est un roman que j’ai lu en apnée… Un coup de cœur !  ❤

Merci aux éditions Folio pour cette lecture.

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« On est touriste, en amour, on cherche l’autre et l’ailleurs, et on les trouve d’abord dans la langue. »

« Être folle ? Ce que c’est qu’être folle ? Vous me le demandez ? C’est vous qui me le demandez ? C’est voir le monde comme il est. Fumer la vie sans filtre.  S’empoisonner à même la source. »

« Nous sommes tous, dans les fictions continues de nos vies, dans nos mensonges,  dans nos accommodements avec la réalité, dans notre désir de possession, de domination, de maîtrise de l’autre, nous sommes tous des romanciers en puissance. Nous inventons tous notre vie. »

« Le désir nous fait éprouver le vide, c’est vrai, le puissant chaos qui nous environne et nous constitue, mais ce vide, on l’éprouve comme le funambule sur son fil, on le tâte comme l’équilibriste quand il y balance sa jambe, on est à deux doigts du désastre et de la chute, de l’angoisse mortelle, et pourtant on est là, tout vibrant d’une présence agrandie, décuplée, immense, on se déploie dans le chaos, retenu par le seul fil de ce qui nous lie à l’autre, notre compagnon de vide, notre funambule jumeau. »

Delphine de Vigan – D’après une histoire vraie ***

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Éditeur : JC Lattès – Date de parution : août 2015 – 478 pages

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Il m’attendait bien sagement dans ma PAL depuis quelques mois, ce roman dont tout le monde parle… J’ai entendu tellement d’avis divergents que j’avais hâte de me faire mon propre avis sur la chose ! J’aime beaucoup la plume de Delphine de Vigan et son avant-dernier roman, Rien ne s’oppose à la nuit, était un immense coup de cœur pour moi. Elle y mettait en scène le personnage de sa mère.

Quelques mois après la parution de son roman Rien de n’oppose à la nuit, qui a connu un succès monstre auquel elle ne s’attendait pas du tout, Delphine fait la rencontre de L. Une rencontre qui va complètement bouleverser son petit univers à un moment où l’auteur ne parvient pas à faire face à « l’après best-seller », peu à peu elle n’arrive plus à écrire… Parallèlement, Delphine se met à recevoir à son domicile des lettres anonymes et menaçantes, tapées à la machine à écrire. Dans ces lettres, on lui reproche d’avoir sali son nom et sa famille…

Dès les premiers mots, on ressent la tension psychologique. On sent l’orage qui couve. L. est un personnage terriblement énigmatique. Le fait qu’elle soit désignée par une seule lettre renforce l’énigme. On se pose une foule de questions : qui est-elle – qui est L. ? D’où sort-elle ? Delphine de Vigan met en scène l’histoire de cette rencontre, de cette amitié qui devient (trop) vite indispensable. Une amitié poison, qui réveille au bout d’un moment la suspicion de l’auteur. L. semble tout connaître d’elle, même les choses les plus intimes, elle est dotée d’une telle intuition que ça en devient troublant. Dans cette amitié spéciale, l’auteur s’interroge beaucoup sur la relation à l’autre, une altérité qui lui ressemble.

Au fil des mots, on découvre de belles réflexions sur l’écriture, les personnages, la fiction et ses relations étroites avec le réel. Autant de thèmes qui me plaisent énormément.

« Il fallait en découdre avec le réel »Entre réalité et fiction, on ne saurait dire où l’auteur souhaite nous amener. Elle semble se jouer de l’argument « inspiré de faits réels » qui s’invite maintenant dans la publicité de nombreux films et romans. Mais au fond, est-ce vraiment cela qui compte, que ça soit réel ? La fiction n’aurait donc plus d’avenir ?

Qu’il s’agisse dans ce bouquin de la réalité ou que tout ne soit que pure invention, car c’est une question que l’on peut se poser, je dois dire que sincèrement je n’en ai rien à faire. Je pense d’ailleurs que tout l’intérêt du roman réside au-delà. L’auteur semble d’ailleurs se jouer de nous… Pour citer certains passages : « Et je nous mets au défi – vous, moi, n’importe qui – de démêler le vrai du faux. » ou encore « – Que la vie qu’on raconte dans les livres soit vraie ou qu’elle soit fausse, est-ce que c’est si important ? » 

C’est avec plaisir que j’ai retrouvé la plume de Delphine de Vigan. Elle a une maîtrise des mots et des émotions qui me souffle à chaque fois.

La tension monte au fil des pages.. Dans les dernières pages, c’est l’angoisse qui s’installe, comme un étau qui se resserre. L’écriture fluide se déverse et on engloutit les pages les unes après les autres. On a envie de savoir le fin mot de l’histoire. Un récit très habilement construit.

Un thriller littéraire terriblement prenant, où la fiction et la réalité s’entremêlent dangereusement.

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« Mais toute écriture de soi est un roman. Le récit est une illusion. Il n’existe pas. Aucun livre ne devrait être autorisé à porter cette mention. »

« Mais tu sais, je ne suis pas sûre que le réel suffise. Le réel, si tant est qu’il existe, qu’il soit possible de le restituer, le réel, comme tu dis, a besoin d’être incarné, d’être transformé, d’être interprété. Sans regard, sans point de vue, au mieux, c’est chiant à mourir, au pire c’est totalement anxiogène. Et ce travail-là, quel que soit le matériau de départ, est toujours une forme de fiction. »

« Comment déchiffrer les traces de l’enfant sur la peau des adultes que nous prétendons être devenus ? Qui peut lire ces tatouages invisibles ? Dans quelle langue sont-ils écrits ? Qui est capable de comprendre les cicatrices que nous avons appris à dissimuler ? »

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8ème roman lu pour le challenge.

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