Zeruya Shalev – Douleur ***

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Éditeur : Folio – Date de parution : septembre 2018 – 464 pages

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« Tu te souviens quel jour on est, aujourd’hui? » … Ce matin, avant de partir travailler, il suffit d’une seule question de son mari Micky pour qu’Iris se souvienne de la douleur. Que la douleur enflamme à nouveau son corps au souvenir de ce jour infernal. Ce jour où un bus explosa à côté d’elle. Ce jour où des corps volèrent en éclat et des vies se brisèrent, dans une gerbe de flammes. Dix ans plus tard jour pour jour, la douleur est toujours vive. Bassin fracturé – vie brisée. Iris a mal comme si l’accident venait de se produire.

Lorsqu’elle se rend à l’hôpital pour passer des examens, elle tombe sur son amour de jeunesse, devenu médecin de la douleur. Amour premier et fatal – amour dont elle ne s’est jamais remise, restant alitée des semaines entières, sans boire ni manger, ne désirant que mourir. Cette directrice d’école très réputée se met à revivre son adolescence à l’âge de quarante-cinq ans. La vacuité de sa vie pendant ces trente années sans lui semble lui sauter aux yeux. C’est l’amour de sa vie. Elle enregistre son numéro de portable sous le nom de Douleur

L’insouciance de ses quinze ans s’empare d’elle sans crier gare ; c’est sans compter le comportement de plus en plus inquiétant de sa propre fille, Alma… Alma qui lui file entre les doigts ; installée depuis quelques mois à Jérusalem, la jeune fille abandonne ses études pour travailler dans un bar bien curieux où, d’après la rumeur, elle serait tombée sous la coupe sectaire d’un patron manipulateur.

Un roman qui nous prend par surprise. Douleur commence avec une banale intrigue amoureuse, deux anciens amants qui retombent dans les bras l’un de l’autre… Et pourtant, c’est bien plus que cela.

Zeruya Shalev nous brosse le portrait d’une femme tiraillée entre le violent amour qu’elle ressent et la culpabilité envers sa famille – un mari présent mais qui semble plus amoureux de son échiquier que de sa femme et des enfants qui quittent le nid familial et semblent avoir de moins en moins besoin de leur mère. Douleur est un roman prenant et obsédant qui nous délivre une réflexion sur la culpabilité, la maternité, la famille et questionne ces secondes chances que la vie peut nous offrir.

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« Qu’elle avait été pénible cette séparation, même si elle avait débouché sur une rencontre, qu’elles sont dures les séparations attendues que nous impose la nature, ce compte à rebours toujours enclenché, un temps pour la grossesse, un temps pour élever les enfants, un temps pour la vie elle-même et parfois, un temps pour l’amour. »

Cathy Ytak – Rien que ta peau ***

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Éditeur : Actes Sud Junior – Date de parution : 2008 – 75 pages

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Un texte éminemment poétique, qui commence comme un chuchotement. On a l’impression de deux voix qui se mêlent l’une à l’autre ; on ne les distingue pas l’une de l’autre. Ils sont deux, dans un sac de couchage en pleine forêt. C’est le premier amour, c’est leur première fois. Mais en les surprenant, les adultes mettent fin à cette beauté de l’instant.

Louvine rencontre Mathis en descendant d’un autocar. Louvine n’est pas une adolescente comme les autres, elle est lente, obsédée par les couleurs, il lui arrive parfois de hurler toute seule dans la combe, comme une louve. Ensemble, ils marchent, apprennent à se connaître, s’aiment.

Quand j’ai découvert que la collection « D’une seule voix » était dirigée par Jeanne Benameur, j’ai su que j’allais l’aimer, ce petit roman qui ne paye pas de mine et que j’ai déniché chez Boulinier… « Des textes d’un seul souffle. Les émotions secrètes trouvent leur respiration dans la parole. Des textes à murmurer à l’oreille d’un ami, à hurler devant son miroir, à partager avec soi et le monde. » C’est ainsi que se présente cette collection dont je n’avais jamais entendu parler. Le texte en gros caractère est apparemment conçu pour permettre une lecture à voix haute.

Il y a une telle douceur dans ces mots, dans cette parole adolescente qui se déverse au fil des pages. Le langage semble faire corps avec la nature, et l’auteur dépeint à merveille la simplicité et la force de cet amour adolescent.

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« Je me souviens de nous, de nous, de nous. Et ma mémoire est douce comme une combe enneigée. »

« Après j’ai compris que c’était ton rire qui avait remué quelque chose dans mon ventre, et petit à petit je me suis habituée à cette sensation douce et agréable. »

« Et ces jours-là, j’ai senti que je gardais en moi un petit bout de peau, un morceau d’enfance qui ne demandait qu’à disparaître et s’effacer. »