Jeannette Walls – Des chevaux sauvages, ou presque ***

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Pocket – 2015 – 384 pages

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High Lonesome, à l’ouest du Texas. Des terres inhospitalières à perte de vue. Lily Casey naît au début du XXème siècle sur les rives de la Salt Draw ; elle apprend très tôt à se débrouiller seule au sein du ranch familial, à s’occuper de ses frères et sœurs, Buster et Helen.

À 5 ans elle sait déjà dresser des chevaux. Elle aimerait poursuivre ses études mais c’est sans compter le caractère fantaisiste et dépensier de son père. Et puis à 15 ans elle devient institutrice et se retrouve envoyée en Arizona. L’adolescente doit quitter son foyer et parcourir 800 kilomètres à cheval, seule.

Lily a un caractère bien trempé, elle ne tient pas en place et l’ambition fourmille en elle. Elle découvrira Chicago, apprendra à conduire une auto, puis un aéroplane…

Jeannette Walls nous livre le destin d’une femme hors norme pour son époque, qui a vraiment existé – puisqu’il s’agit de sa grand-mère. On découvre le portrait d’une femme puissante, décidée à réaliser ses rêves, envers et contre tous. Un tempérament de feu, une femme prête à en découdre avec la vie.

Un roman biographique que j’ai dégusté avec plaisir, qui m’a plongée dans les paysages de l’Arizona ; Peach Springs, Phoenix, Horse Mesa – autant de noms qui invitent au voyage. Lily n’aura jamais une vie facile, mais palpitante et enivrante.

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« D’où nous étions, on pouvait contempler l’éternité. Pas d’autre maison, pas un être humain ni le moindre signe de civilisation. Uniquement le ciel immense, l’interminable plaine herbeuse et les montagnes au loin. »

Jim Harrison – La fille du fermier ***

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Éditeur : Folio – Date de parution : novembre 2017 – 129 pages

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La fille du fermier c’est Sarah, la fille de Peps et Franck – ils vivent dans le fin fond du Montana. Un père taciturne et une mère évangéliste qui, lorsque Sarah a quatorze ans, fuit avec le premier homme venu. Poursuivant des études par correspondance, Sarah rêve de Montgomery Clift, et de quitter sa vie pour le grand Ouest ou New York. Elle dévore les bouquins que lui prête en cachette Terry, son ami au pied bot ; Willa Cather, la poésie de Withman, Dreiser… Grâce à la lecture, elle découvre la vie, s’enrichit et apprend tout ce qui se passe en dehors de ce coin paumé où elle habite. Elle passe son temps avec sa chienne Vagabonde, son cheval Lad et Old Tim, son seul ami.

Quand l’irréparable se produit, Sarah se métamorphose ; éprise de vengeance, oscillant entre fureur et dépression, la jeune femme demande réparation… Un beau récit, âpre et vivant, servi par une écriture juste et émouvante.

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« Elle se rappela alors un rêve troublant de la nuit précédente et se dit tout à trac qu’elle devait faire grandir sa vie pour que son traumatisme devienne de plus en plus petit. »

Pramoedya Ananta Toer – La Fille du rivage **

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Éditeur : Folio – Date de parution : septembre 2017 – 352 pages

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Dans une Java du début du vingtième siècle, Gadis Pantai est la fille d’un pêcheur de la côte nord-est ; elle a passé son enfance dans un petit village d’une grande pauvreté. Un Bendoro – un riche aristocrate local – la demande en mariage, fasciné par sa beauté. Elle n’a que quatorze ans…

Du jour au lendemain, la jeune fille se retrouve enfermée et désœuvrée dans l’immense demeure du Bendoro, avec des miroirs somptueux dans lesquels elle n’ose se regarder et des bijoux en or à ne savoir qu’en faire… La nature et la liberté lui manquent cruellement. Une vieille servante au triste passé se prend d’affection pour elle et lui offre une oreille attentive et des histoires pour s’endormir le soir.

Jour après jour, Gadis Pantai apprend à vivre autrement, à servir le Bendoro, à prier, à sourire pour cacher ses émotions, tout en se sentant comme un oiseau en cage.

Avec ce roman, je découvre la littérature indonésienne… Une beau portrait de femme, même s’il m’a manqué un je ne sais quoi pour m’attacher à l’héroïne. L’auteur nous raconte en fait l’histoire de sa grand-mère, mariée de force à l’âge de quatorze ans à un noble – passant brusquement d’un monde à un autre, de la pauvreté à la noblesse, de l’enfance à l’âge adulte, de la liberté à l’enfermement. Un roman-hommage qui nous dépeint sans fard la société javanaise féodale de ce début du XXème siècle.