Boileau-Narcejac – Sans Atout et le cheval fantôme ***

sans atout

 

Éditeur : Folio Junior – Date de parution : 1997 – 150 pages

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 François s’appelle Sans Atout car il est très désordonné. Il passe son temps à perdre ses affaires et sa mère passe le sien à les lui ranger. Il est cependant très intelligent. En effet, son surnom comprend un second jeu de mots : lorsque l’on annonce au bridge que l’on est sans atout, cela signifie qu’on a un jeu phénoménal, c’est l’enchère la plus forte.

Son père, maître Robion, possède le château de Kermoal. Mais celui-ci commence à tomber en ruines, il coûte cher à l’entretien. Le père souhaite le vendre. C’est donc le cœur serré que Sans Atout retrouve la vieille forteresse pour ses dernières vacances avec son ami Jean-Marc et ses parents, les Jaouen. Quand il arrive, il les trouve étranges, taiseux, le regard fuyant. Comme s’ils cachaient quelque chose. Son ami finit par lui avouer que chaque soir à minuit, de curieux bruits se font entendre dans la cour du château

Il s’agit du premier roman d’une série de huit, consacrée aux aventures de Sans Atout. Ecrit à quatre mains, ce petit roman se lit d’un traite ! Publié en 1970, il s’inscrit parmi les premières collections de littérature policière pour la jeunesse. Sans Atout mène l’enquête, et de l’atmosphère surnaturelle nous glissons dans l’intrigue policière, dont le suspens nous ravi. L’écriture est efficace et l’on dévore ce roman avec avidité. La réalité se révèle sous le voile de l’imagination débridée du héros.

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Sans Atout, si mûr pour son âge, gardait en lui assez d’enfance authentique pour être encore sensible aux merveilles des contes. »

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Marisha Pessl – La Physique des catastrophes ****

 

 

Éditeur : Folio – Date de parution : 2008 – 822 pages

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** Je vous présente La Physique des catastrophe, de Marisha Pessl, qui est une lecture commune réalisée avec Claire de La Tête en Claire 🙂 Je la remercie énormément pour avoir accepté de lire ce gros bouquin avec moi ! C’était notre première lecture commune à toutes les deux. Et je dois avouer que sans elle, je ne l’aurai jamais lu aussi vite. De plus, pour la petite anecdote, ce livre traînait dans ma PAL depuis au moins … huit ans. Je l’avais commencé et m’étais arrêtée à la page 100… 😀 Cette lecture commune m’a permis de découvrir qu’un coup de cœur se cachait sur mes étagères… **

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Bleue Van Meer est une adolescente précoce au caractère solitaire, une grande lectrice, qui mène un train de vie bien peu ordinaire. Depuis la mort accidentelle de sa mère, elle vit avec son père, professeur de sciences politiques à l’université ; ensemble ils parcourent les routes américaines, passant d’une ville universitaire à une autre, au gré des changements de postes du père. Leur relation est très fusionnelle, elle est faite d’échanges de répliques, de citations littéraires, cinéphiles, scientifiques, politiques… Ils peuvent passer des heures à disserter sur des problèmes de physique quantique ou sur des théories psychanalytiques.

Pour sa dernière année de lycée, le père de Bleue décide de passer toute l’année dans la même ville, à Stockton. Au lycée, elle rencontre « Le Sang Bleu », un groupe d’adolescents réunis autour de la charismatique et mystérieuse Hannah Schneider, leur professeur de cinéma.

Mais quand celle-ci est retrouvée morte, Bleue, hantée par cette vision, mène l’enquête, sans se douter que ses investigations vont la conduire à remettre en question toute sa vie. Cet événement, s’il apparaît de façon très  explicite au début du roman est, je trouve, mentionné abusivement par la quatrième de couverture, alors qu’il n’apparaît que très tard dans l’intrigue…

Le récit nous est donc rapporté de façon rétrospective. Bleue nous raconte la genèse de cette macabre découverte. On sent au début du roman que ce récit lui est nécessaire et vital.

A la fois roman policier, roman d’apprentissage, le moins que l’on puisse dire c’est qu’il s’agit d’un texte bien costaud… Il est littéralement truffé de références d’ouvrages érudits, littéraires, encyclopédiques, scientifiques… C’est comme si les yeux de Bleue analysaient chaque élément du monde en fonction de tout le savoir qu’elle a lu et emmagasiné. Chaque chapitre porte le nom d’un grand classique de la littérature. Je pense n’avoir pas décelé toutes les références implicites et explicites à des œuvres, tellement il y en a.

Ce roman marginal aborde de nombreux thèmes, parmi lesquels l’émancipation, les faux-semblants et le mensonge, la solitude que l’on peut ressentir et cela, même au sein d’un groupe. Malgré le sujet difficile, il y a pas mal d’humour ; en effet, certaines phrases m’ont beaucoup fait rire. Bleue a un sens de l’ironie et de la répartie très mordant et une vision incroyablement lucide des rapports humains. C’est une héroïne particulièrement attachante.

Alors oui, il y a certaines longueurs, surtout au début… Et je n’ai commencé à être captivée qu’à la page 174 (c’est précis, n’est-ce pas). De plus, les multiples références peuvent alourdir le style… et pourtant la lecture est très fluide, les mots ont quelque chose d’addictif, l’écriture est superbe et on ressent un véritable plaisir à lire dévorer ce roman. J’ai été littéralement captivée par l’intrigue et captive des mots.

En refermant ce livre particulièrement dense et intense, je me suis dit : mais quel coup de génie ! Quel livre incroyable. Le coup de génie, c’est qu’au final on ne saura jamais vraiment si ce ne sont que les élucubrations d’une adolescente qui a trop d’imagination, qui a lu trop de livres… Tout ce que je peux vous dire, c’est que la fin est inattendue, et qu’elle est liée à celle d’un film italien.

C’est pour moi un roman virtuose, un coup de cœur.  ❤

Et surtout, n’ayez pas peur de ce pavé de 820 pages (en version poche), une fois qu’on tombe dedans on ne peut plus en sortir !!

*Pour lire le billet de lecture de Claire, c’est par ici : La Tête en Claire.

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Il me regardait avec son air de « Prends-moi en stop, par pitié », qui devint bientôt « Déclenche l’ouverture du parachute », puis « Si tu veux bien lui faire le coup du lapin ».

« Le bonheur est un chien qui se dore au soleil. Nous ne sommes pas sur terre pour être heureux, mais pour vivre des événements incroyables. »

« Peu de gens comprennent qu’il est inutile de courir après les réponses aux questions majeures de la vie, déclara papa un jour où il était d’humeur bourbon. Elles ont l’esprit volage et elles sont terriblement fantasques. Mais si tu fais preuve de patience, si tu ne les presses pas, le jour où elles seront prêtes, elles te sauteront à la figure. »

 

 

Vanessa Barbara – Les nuits de laitue **

LaSolutionEsquimauAW

Éditeur : Zulma – Date de parution : août 2015 – 222 pages

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C’est un monde bien curieux qui se dessine sous nos yeux. Ada et Otto étaient inséparables dans leur routine quotidienne. Le jour où elle meurt, Otto se retrouver complètement démuni, ne sachant rien faire. Au fil des chapitres, nous découvrons le voisinage, toute une clique d’hurluberlus. L’apprenti pharmacien, Nico, qui se passionne pour les effets secondaires des médicaments et passe son temps à tester la réalité. Le facteur Anibal, qui chante sur son vélo pour oublier la pluie et qui confond les destinataires afin de favoriser le lien social. Monsieur Taniguchi, centenaire japonais persuadé que la Seconde Guerre mondiale n’a jamais pris fin… Quant à Otto, c’est un petit vieillard taciturne mais finalement touchant, qui ne peut s’empêcher de proférer des mensonges sans le vouloir.

L‘étrangeté s’invite doucement dans ce petit monde bien farfelu. Peu à peu se dessinent les contours d’un incident qui serait survenu quelques mois plus tôt. Otto commence à remarquer des bizarreries chez ses voisins : un rouquin à capuche qui traîne de façon fantomatique dans les ruelles, une jeune femme qui a des piles de linge à repasser, une agrafeuse qui n’est pas à sa place… Deviendrait-il gâteux ou ses voisins lui cachent-ils vraiment des choses ?

On se retrouve dans un univers absurde, décalé où l’auteur se met à jouer avec les codes du roman policier. C’est une lecture bien déroutante, qui ne manque pas de charme mais je ne pense pas qu’elle me marquera longtemps.

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« Il y avait eu les noces de gâteau à la carotte et aussi une année où ils avaient décidé de fêter leurs noces d’os, juste pour le plaisir de l’assonance, tout en reconnaissant volontiers que l’os n’était en rien supérieur à la turquoise, à l’argent ou au corail. L’année de la disparition d’Ada, ils auraient célébré leurs noces de couverture à carreaux. »

« Même si tu tuais un innocent avec des ciseaux à bout rond, le genre de truc vraiment sanglant, et psychologiquement épuisant, même si tu devais passer ta vie à jouer au chat et à la souris avec la police et à fuir un fantôme enragé, tu ne mettrais pas plus de vingt minutes à t’endormir. Grand maximum. »

Livre lu dans le cadre du Challenge 1% Rentrée Littéraire!

2/6

challenge rl jeunesse

Joël Dicker – La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert ****

la vérité

Éditeur : De Fallois Poche – Date de parution : avril 2014 – 862 pages

4ème de couverture : « Joël Dicker est né à Genève en 1985. La Vérité sur l’affaire Harry Quebert est son deuxième roman. Il a obtenu successivement en 2012 le Prix de la Vocation Bleustein-Blanchet, le Grand Prix du Roman de l’Académie française et le 25ème Prix Goncourt des Lycéens. »

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Pour une fois, la 4ème de couverture (du moins pour la version poche) ne dit pas grand chose de ce pavé de 860 pages… Et tant mieux !! Dès les premiers mots de ce roman, j’ai été happée par l’intrigue! Autant le dire tout de suite : c’est un coup de cœur pour moi.

Printemps 2008, New York. Marcus Goldman, jeune homme peu conventionnel, surnommé Le Formidable depuis le lycée, a depuis toujours eu pour rêve de devenir écrivain. Il a fini par écrire LE best seller qui le propulse en tête des ventes. Mais un an après, il se retrouve aux prises avec le syndrome de la page blanche…  Il contacte alors son ancien professeur de littérature, ami de toujours et grand écrivain de renom qui lui a tout appris, Harry Quebert. Marcus espère ainsi que l’inspiration lui reviendra pendant ce séjour à Goose Cove, grande et belle demeure en bord de mer, près d’Aurora, une petite ville tranquille du New Hampshire.

Quelques mois plus tard, au début de l’été, une sombre histoire refait surface : le corps de Nola Kellergan est retrouvé enterré dans le jardin d’Harry Quebert. Elle avait disparu le 30 août 1975 et elle était alors âgée de quinze ans. Harry est accusé de meurtre et Marcus ainsi que le pays tout entier apprennent qu’il avait une relation avec Nola ; il était alors âgé de trente-quatre ans et son chef d’œuvre L’origine du mal relate en fait leur histoire. Marcus va alors tout faire pour prouver que Harry est innocent : il se met à enquêter et à fouiller le passé…

Marcus est un personnage très attachant : humour fou, autodérision et fougue semblent le caractériser et je me suis tout de suite attachée à lui. Et le roman en lui-même est écrit avec fougue, il se lit d’une traite, on tourne les pages sans s’en rendre compte, on a terriblement envie de savoir de quoi il retourne, d’autant que beaucoup de questions font surface pages après pages…

Le roman alterne entre le récit de Marcus au présent et les aller-retour dans le passé. On prend un réel plaisir à lire ce récit qui joue sur deux registres : le roman et le policier et on ne s’ennuie pas une seule seconde! Chaque chapitre correspond à un conseil de lecture de Harry Quebert, il y en a 31 en tout et chaque conseil se fait le miroir de l’intrigue.

Certains dialogues incisifs, mordants et j’ai beaucoup ri :

« Je vous déteste, l’écrivain, tenez-vous-le pour dit. Ma femme a lu votre bouquin : elle vous trouve beau et intelligent. Votre tête, à l’arrière de votre livre, a trône sur sa table de nuit pendant des semaines. Vous avez habité dans notre chambre à coucher! Vous avez dormi avec nous! Vous avez dîné avec nous! Vous êtes parti en vacances avec nous! Vous avez pris des bains avec ma femme! Vous avez fait glousser toutes ses amies! Vous avez pourri ma vie! »

Je ne peux vraiment pas en dire plus sous peine de dévoiler des moments clés de l’intrigue… Mais ce roman est juste fascinant, l’écriture nous captive, l’intrigue se déroule et les rebondissements surviennent jusqu’aux toutes dernières pages, sans que l’on se doute de rien! J’ai rarement lu un thriller comme celui-ci, on est vraiment tenu en haleine pendant plus de 800 pages et on ne s’en lasse pas.

Je le recommande vivement ! C’était un vrai plaisir de lecture qui m’a poursuivie sur la plage. Et j’ai vraiment eu du mal à m’en défaire, je n’avais pas envie de quitter ces personnages, cet univers… Petit plus : les réflexions sur l’écriture et la littérature qui jalonnent les pages de ce roman… « Les livres sont comme la vie, Marcus. Ils ne se terminent jamais vraiment. »

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« Au cas où vous ne l’auriez pas encore remarqué, la vie, d’une manière générale, n’a pas de sens. Sauf si vous vous efforcez de lui en donner un et que vous vous battez chaque jour que Dieu fait pour atteindre ce but. Vous avez du talent, Marcus : donnez du sens à votre vie, faites souffler le vent de la victoire sur votre nom. Être écrivain, c’est être vivant. »

« Écrivez parce que c’est le seul moyen pour vous de faire de cette minuscule chose insignifiante qu’on appelle vie une expérience valable et gratifiante. »

« Tout ce que je sais, c’est que la vie est une succession de choix qu’il faut savoir assumer ensuite. »

« Vous voyez Marcus, notre société a été conçue de telle façon qu’il faut sans cesse choisir entre raison et passion. La raison n’a jamais servi personne et la passion est souvent destructrice. J’aurais donc bien de la peine à vous aider. »