Loulou Robert – Sujet inconnu ***

9782260032465ORI

Julliard – 2018 – 252 pages

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« J’ai donc grandi dans un village de l’Est, dans une grande maison vide, entre une mère hystérique, un père dans son bureau et un aspirateur. C’est un bon résumé. »

La narratrice – dont on ne connaîtra pas l’identité – commence par évoquer son enfance ; l’enfant bizarre qu’elle a été, prête à se battre violemment pour sauver sa souris en peluche, Sam. L’adolescente qu’elle est devenue, alternant l’hôpital psychiatrique et les cours au lycée. Puis arrivent les années de fac avec le premier appartement, 18 m2 seule. Avoir désormais le choix de tout mais sans se connaître réellement. Aucune passion ne l’anime réellement. Elle aime les livres, les dévore même mais ils ne parviennent pas à combler le vide en elle. Et cette solitude toujours tenace, à laquelle elle s’est accoutumée.

Une nuit d’insomnie, son voisin Lucien frappe à sa porte, après avoir entendu une chanson de Barbara. Trois fois son âge, des troubles obsessionnels et des années sans prendre de douches. Son premier ami, attaché de façon convulsive au passé.

Une autre nuit d’insomnie, elle a vingt ans, elle tombe amoureuse.

L’armure se déchire, et sa peau apparaît, à vif.

Un style brut et lapidaire, des phrases courtes et incisivesSujet inconnu est l’histoire d’un amour qui tourne mal ; un amour qui foudroie, qui emporte et qui transcende et qui finit par détruire. C’est l’histoire aussi de l’écriture et de son rôle salvateur. Au fur et à mesure de notre lecture, la tension s’empare des mots, s’empare de nous. On finit par retenir son souffle jusqu’aux derniers mots… Un roman coup de poing qui coupe le souffle.

Amélie Cordonnier – Trancher ***

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Éditeur : Flammarion – Date de parution : août 2018 – 176 pages

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Après sept ans de répit, Aurélien rechute. Un matin de vacances, devant les enfants, il insulte violemment sa femme : « ferme ta gueule une fois pour toutes, connasse, si tu ne veux pas que je la réduise en miettes. » Des paroles lancées comme des couteaux qui resurgissent. Subitement. Devant leurs enfants ahuris. Plus tard, Aurélien s’excuse et promet de ne pas recommencer. Mais il ne pourra empêcher la violence verbale de resurgir. Chaque jour, il insulte sa femme, la noyant sous un flot de paroles d’une violence inouïe.

Il y a sept ans, la jeune femme l’avait quitté à cause de ça ; puis elle était revenue. Aujourd’hui, elle aura bientôt quarante ans : que faire ? Partir au rester ? C’est entre ces deux issues qu’il faut trancher. La narratrice se donne jusqu’à la date de son anniversaire pour prendre sa décision.

A travers un récit à la deuxième personne du singulier, peu à peu se dessine le portrait d’une femme émouvante pour laquelle j’ai ressenti une profonde empathie. Toutes ces paroles qui agissent sur elle comme autant de bleus à l’âme ; cette femme – dont nous ne connaîtrons jamais le nom – pourrait être vous. Ou moi. On souffre avec elle, on finit par s’identifier à elle, à force de « tu ». Quant à la figure du mari, elle est peinante. Je n’ai ressenti aucune animosité envers lui ; seulement une immense tristesse. Trancher aborde les thèmes du couple, de l’amour avec sensibilité ; c’est un roman percutant dont la fin m’a quelque peu déroutée…

Merci à Lilylit pour m’avoir fait découvrir et prêté ce roman très fort.