E.S. Green – Steam Sailors ***

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Gulf Stream – 26 mars 2020 – 384 pages

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Ouvrir ce roman, c’est pénétrer dans le monde singulier de E.S. Green ; un monde où, depuis que la Grande-Fracture a eut lieu, les Alchimistes qui vivaient dans le Haut-Monde ont été exterminés par les Industriels. Folles rumeurs et légendes incroyables circulent depuis ce temps sur le Haut-Monde qui fait l’objet de tous les fantasmes ; on aurait aperçu des navires volants et le ciel serait habité par des sorciers, des sauvages cannibales et des pirates… Ce sont les histoires terrifiantes et fascinantes que les enfants se racontent entre eux à la tombée de la nuit.

Prudence est une orpheline du Bas-Monde ; à l’âge de 13 ans, elle quitte le couvent des Terres-Humides et se retrouve au service du docteur Oktavus qui lui apprend à lire et à confectionner potions et médicaments. Prudence se révèle être une gamine douce et intelligente qui collectionne les plantes et soigne les animaux blessés qu’elle croise en forêt. Les rêves prémonitoires qu’elle fait chaque nuit l’obligent à vivre en véritable paria ; les personnes comme elles sont appelées des Irréguliers et sont très mal vus par la société du Bas-Monde. Mais la jeune fille s’est habituée à sa solitude et se suffit à elle-même.

Un jour, Prudence se fait enlever par des pirates du ciel et se retrouve sur l’Héliotrope, un navire volant qui vogue sur une mer de nuages. L’équipage profite de son don pour la médecine et l’engage à l’infirmerie. Se faisant toute petite, Prudence observe la vie à bord du navire, jour après jour. Elle écoute discrètement les conversations… Et apprend que les pirates du ciel sont à la recherche d’un trésor.

Un roman littéralement fabuleux, qui nous offre un bien singulier voyage ! Je me suis laissée embarquée sans hésitation aux côtés de Prudence, me laissant kidnapper par cette bande de pirates hargneux puis finalement très attachants, voguant au gré des courants aériens, à bord de ce navire des airs, qui m’a clairement rappelé l’univers onirique de Miyazaki. Un univers enchanteur et mystérieux, qui m’a envoûtée grâce à l’écriture fluide et une intrigue prenante et poétique. J’ai eu du mal à m’extraire de ce premier tome très ambitieux et je n’ai qu’une hâte : découvrir la suite.

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Charlotte Brontë – Jane Eyre ****

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Éditeur : Folio – Date de parution : 2015 [1847] – 832 pages

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Lire Jane Eyre faisait partie de mes désirs de lecture depuis un moment… Depuis mon engouement pour Les Hauts de Hurlevent en fait. Le roman d’Emily Brontë m’avait littéralement bouleversée. Quant à Jane Eyre, le roman de sa sœur Charlotte, il m’a également conquise, bien au-delà de mes attentes…!

Jane est une petite orpheline de dix ans, qui manque de confiance en elle et possède un caractère solitaire et effacé. Elle est élevée à contre-cœur par une tante odieuse et méprisante dont les enfants s’amusent à la martyriser. L’enfance de Jane est ainsi jalonnée par les critiques acerbes et les méchancetés, les coups bas et la vilenie.

Acquérant la réputation d’enfant rebelle, Jane est envoyée en pensionnat à Lowood – à son plus grand soulagement, s’y plaisant malgré l’austérité et la pauvreté, découvrant le goût d’apprendre et façonnant ses premières amitiés – notamment avec la douce Helen Burns. Huit ans plus tard, désirant changer de vie, Jane devient la gouvernante d’une fillette à Thornfield Hall ; elle y rencontre Mr Rochester, un homme sombre et énigmatique dont dont elle va tomber follement amoureuse… Sans se douter une seule seconde de ce que cache son passé – et son grenier.

Comme j’ai aimé ce personnage féminin et déjà féministe ! J’ai aimé sa retenue comme sa passion, sa générosité et son intelligence. Jane ne se compromet jamais, ni enfant, ni adulte, ni par amour, ni par haine. Une femme inoubliable, animée par une insatiable soif de vivre.

Un roman fougueux, qui m’a émue aux larmes, qui m’a fasciné et qui m’a fait frissonner – ce rire démoniaque qui résonne au cœur de la nuit, ces fantômes du passé… Un GRAND roman, que je classe dans mon petit panthéon personnel, aux côtés de Don Quichotte et du Portrait de Dorian Gray, notamment…

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« Personne ne sait combien de rébellions fermentent dans ces masses de vie qui peuplent la terre. On suppose généralement que les femmes sont très calmes, mais les femmes ont des sentiments tout comme les hommes ; elles éprouvent le besoin d’exercer leurs facultés, le besoin de disposer d’un champ d’action où appliquer leurs efforts tout autant que leurs frères ; elles souffrent des contraintes trop rigides, d’une stagnation trop absolue, exactement comme souffriraient les hommes, et c’est étroitesse d’esprit chez leurs semblables jouissant de privilèges de dire qu’elles devraient se limiter à confectionner des desserts ou à tricoter des bas, à jouer du piano et à broder des réticules. il est insensé de les condamner ou de les moquer si elles cherchent à en faire plus ou à en savoir plus que ce que la coutume a décrété nécessaire à leur sexe. »

« Jusqu’au point du jour, je fus ballottée sur une mer aérienne mais tourmentée, où les lames de désarroi se soulevaient sous une houle de joie. (…) La raison résistait au délire, le jugement mettait en garde la passion. »