Kate DiCamillo – Louisiana **

Louisiana

Editions Didier Jeunesse – 2019 – 160 pages

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Floride, fin des années 70. La grand-mère de Louisiana Elefante perd un peu la boule. Persuadée que sa famille est porteuse d’une malédiction depuis plusieurs générations, elle embarque sa petite-fille en pleine nuit pour un road-trip des plus singuliers. Il est 3h du matin lorsqu’elle lui annonce que « l’heure du jugement a sonné ». Louisiana se rend vite compte qu’elle ne reverra pas de sitôt sa maison… ni ses meilleures amies, ni Monsieur Chien, ni Archie son chat. Elle en a le coeur brisé.

Quelques heures plus tard, la gamine se retrouve à la frontière entre la Floride et la Géorgie, dans une voiture en panne sèche, avec une grand-mère qui souffre subitement d’une rage de dent et s’écroule sur la banquette arrière. Les aventures ne font que commencer

A travers de courts chapitres, l’écriture de Kate DiCamillo se révèle drôle, impertinente et tendre. Je me laisse prendre dans les filets de cette histoire somme toute bien farfelue.

Louisiana est une ado dégourdie et malicieusement désespérée, qui possède un talent de poids : une voix d’ange lorsqu’elle se met à chanter. Quant à la grand-mère, elle est aussi petite que virulente, elle possède un regard perçant et un tempérament drôlement autoritaire.

L’intrigue qui vire chamallow pleine de bon sentiments m’a finalement un peu agacée. Je ne suis pas certaine que ce roman restera gravé dans ma mémoire, mais ça n’en demeure pas moins une lecture pleine de charme sur la quête des origines, la quête de sens d’une enfant.

Pauline Delassus – La nuit de Kim Kardashian ***

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Grasset – novembre 2019 – 144 pages

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Pauline Delassus est écrivaine et reporter pour Paris Match ; elle signe des enquêtes, des faits divers et des portraits de personnalités. Dans La nuit de Kim Kardashian, elle choisit de se pencher sur la figure de la sulfureuse jeune femme, et nous livre une enquête fascinante sur la rencontre explosive entre deux mondes que tout oppose ; les Kardashian, monstres du divertissements américain et Omar « le Vieux », un gamin des années 50 qui devient un baron du grand banditisme.

Kimberly Kardashian naît en 1980 et grandit au sein de la petite bourgeoisie hollywoodienne, bercée par le rêve américain et dans le culte de trois dieux – Jésus, l’argent et la célébrité. Un père avocat des affaires et une mère qui élève la fratrie composée de trois filles et un garçon. Toute son enfance, Kim côtoie le grand-frère de Michael Jackson et à l’âge de 14 ans, elle est amoureuse de son fils, TJ Jackson. Son parrain n’est autre qu’O.J. Simpson. A 14 ans, c’est encore la Kim d’avant, « avant les drames, avant Paris Hilton et l’ecstasy, avant de se retrouver nue sur Internet, avant les millions de dollars. »

Omar naît au Nord de l’Algérie, dans cette région montagneuse qui porte le nom de Kabylie, en 1956 ; « Quand il voit le jour, le bruit des bombes terrorise son pays, la mort rôde, on assassine à coups de hache, on exécute en pleine rue. » L’indépendance algérienne n’est pas encore gagnée. Le père choisit la France, la patrie pour laquelle il s’est battu au Vietnam. Adieu l’Algérie et bonjour la jungle de béton, la banlieue parisienne. C’est sur les trottoirs de Sarcelles que l’ambition d’Omar se forge et enfle. A 14 ans, il s’entraîne déjà et s’instruit en écoutant les nouvelles de célèbres bandits.

C’était une nuit d’octobre 2016 que ces deux personnages vont se rencontrer, alors qu’ils sont issus de deux mondes radicalement différents.

L’histoire de leur rencontre, tout le monde la connaît, pour l’avoir découverte à travers les Unes de médias, les tabloïds… Mais parce que la réalité dépasse souvent la meilleure des fictions, Pauline Delassus s’en saisit et de son écriture vive et alerte nous raconte les origines de cette nuit. J’ai dévoré ce petit bouquin à la façon d’un polar, moi qui ne connaissais cette femme que de loin, ces histoires de bling-bling, télé-réalité et autres bimbos refaites n’étant franchement pas ma tasse de thé.

Isabelle Spaak et Florence Billet – Une mère, etc. ***

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L’Iconoclaste – février 2019 – 192 pages

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« Dans ma famille, ils sont grands, minces, cheveux blonds, yeux bleus. Je suis brune, petite, teint mat. Que voulez-vous savoir? Comment j’ai été adoptée? Si je l’ai toujours su? Si j’ai envie de retrouver ma mère? »

Emmanuelle vouvoie ses parents, porte des jupes bleu marine parce que le noir c’est trop femme. Elle n’a le droit de traîner qu’avec des garçons de bonne famille, comme ses cousins : ils se nomment Gonzague, Gontran, Hugues… Elle passe ses dimanches matins à la messe, ses vacances aux JMJ ou dans les châteaux de leurs ancêtres et dans de jolies demeures avec piscine.

En grandissant, Emmanuelle s’affranchit peu à peu des codes de ce milieu ; elle lit, elle voyage. Et puis, trois semaines avant son départ pour la Colombie, la jeune femme perd son passeport. Obligée de réclamer son extrait d’acte de naissance à sa mère, elle tombe sur le nom de sa mère biologique écrit en toutes lettres…

Blanca Nohora Granados.

Son cœur défaille. Ce nom flamboie en elle et l’abandon refait surface ; « sept lettres qui giflent, détruisent, minent, empêche de grandir, s’épanouir, s’attacher. »

Emmanuelle se jette à corps perdu dans sa quête d’identité. Sa recherche maternelle qui devient une obsessionnelle ; i savoir devient pour elle une nécessité vitale. Pendant trois ans, elle fait tout pour la retrouver. Elle sillonne la Colombie, dépense toutes ses économies, néglige ses parents et frères et sœurs, diffuse des messages à la radio…

Isabelle Spaak nous délivre un roman court et puissant, librement inspiré de l’histoire personnelle de Florence Billet. Poignant et haletant. J’ai lu ce roman en apnée, captivée par  la quête de vérité d’une héroïne traversée de contradictions, déchirée entre son pays d’adoption et son pays d’origine, entre ses souvenirs et ses racines. ❤

Lauren Wolk – Longtemps j’ai rêvé de mon île ***

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école des loisirs – janvier 2019 – 344 pages

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Nous sommes dans les années 1920. Osh découvre Corneille alors qu’elle n’est qu’un tout petit bébé avec une tache de naissance en forme de plume sur la joue, attachée à une minuscule barque, la voix toute enrouée d’avoir autant pleuré et hurlé. Portée par la marée, Corneille débarque dans la vie d’Osh, qui la recueille et l’élève dans son cabanon au bord de la plage.

L’enfant grandit sur la petite île de Cuttyhunk, dans l’archipel des Elizabeth Islands ; elle apprend à lire, à pêcher, avec Miss Maggie, leur voisine. Plus elle grandit et plus elle se pose de questions sur ses origines. Qui sont ses véritables parents ? Qui abandonnerait un nouveau-né en l’attachant au fond d’un vieux rafiot, le laissant à la merci de l’océan ? Et une question la hante particulièrement : pourquoi les autres habitants de l’île l’évitent-ils à ce point ? Pourquoi semblent-ils avoir peur d’elle ?

Une nuit, alors que la jeune fille a douze ans, elle voit brûler un feu au loin, sur l’île de Penikese. Cette île où plus personne ne va. Cette île qui abritait il y a quelques années encore une léproserie. Cette île où, désormais, ne vivent que des oiseaux. Corneille va mener l’enquête, au risque de contrarier Osh.

Longtemps j’ai rêvé de mon île est un roman d’apprentissage émouvant et romanesque ; Lauren Wolk a décidément beaucoup de talent dans l’art de l’évocation et la mise en scène d’une atmosphère empreinte de mystère et de suspense. On se surprend à tourner les pages comme si l’on était plongé dans un thriller. Si j’ai de loin préféré La Combe aux loups, il n’en demeure pas moins que ce roman est tout aussi puissant et poétique. Et cette couverture… ❤