Gaëlle Nohant – L’Ancre des rêves ***

9782253070788-001-T

Éditeur : Le Livre de poche – Date de parution : 2017 – 336 pages

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Benoît, Lunaire, Guinoux et Samson. Quatre frères dont la mère – Enogat – leur a toujours interdit de s’approcher de la mer et qui, chaque nuit, font un cauchemar, toujours le même. Chaque frère se débat avec les tentacules de son propre cauchemar dès lors qu’il ferme les yeux pour la nuit.

Lunaire a le sentiment étrange que les personnages de son rêve existent ou ont existé… Pour en avoir le cœur net, l’adolescent va mener son enquête dans le plus grand secret et faire la connaissance d’Ardélia, une vieille femme qui va lui livrer son passé… Un passé empreint de bateaux, de marées, de marins qui partent et se font avaler par les océans.

Cette lecture nous transporte dans des contrées marines fascinantes ; elle me rappelle par moments l’ambiance du Grand Marin de Catherine Poulain. Il se dégage de ce roman une magie certaine, un charme magnétique et une ambiance qui nous fait frissonner.

Un roman somptueux qui dresse le portrait d’une famille singulière et nous raconte son histoire, hantée par les tragédies du passéUne famille pleine de fantômes. Gaëlle Nohant, dont je découvre pour la première fois la plume, nous parle de ces secrets enfouis qui défigurent une famille sur plusieurs générations, leur empreinte silencieusement violente sur l’enfance. « Les blessures et les tragédies pouvaient-elles se transmettre d’une branche à l’autre de l’arbre généalogique, à travers les rêves ? »

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« Peut-être les rêves ressemblaient-ils à ces pelotes de réjections que les oiseaux de proie abandonnent dans leur nid en s’envolant, quelque chose que la nuit recrachait pour qu’on soit plus léger au lever du jour. »

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Alessandro Baricco – Trois fois dès l’aube ****

trois fois dès l'aube

Éditeur : Gallimard – Date de parution : février 2015 – 120 pages

Il s’agit de trois récits qui mettent en scène une rencontre entre deux personnages, au milieu de la nuit, dans une chambre d’hôtel.

Dans le premier récit, un homme attend dans le hall d’un hôtel, prostré dans un fauteuil. Il est quatre heures du matin, et soudain, une femme aux yeux étrangement gris surgit. Elle fait un malaise et il l’héberge dans sa chambre. Une conversation entre les deux personnages s’installe, les paroles s’entremêlent. Le dénouement est inattendu.

Dans le deuxième récit, on a l’impression que ce sont les deux mêmes personnages, et en même temps ils ont quelque chose de différent. Comme si on avait voyagé dans le temps, ou dans une autre dimension. L’un est plus âgé, treize ans de plus, il est portier d’hôtel, l’autre est une adolescente un peu folle qui s’est entichée d’un homme violent. S’ensuit un dialogue et les mêmes questions resurgissent : pourquoi cette vie et pas une autre ? Deux personnages qui ont une histoire à raconter, sur le fil du rasoir. On reconnaît la femme à ses yeux gris singuliers.

Enfin, dans le troisième récit, l’homme est un enfant, on le retrouve juste au moment où il a perdu ses parents dans l’incendie de leur maison. Pour le soustraire aux suites de ce drame, une femme policière le conduit chez un de ses amis.

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Ces trois récits donnent à voir une rencontre au cœur de la nuit et un dénouement final à l’aube. L’aube qui semble fasciner l’homme. L’aube qui a cette lumière si particulière. Elle est synonyme de changement, métaphore d’un nouveau départ. Dans un jeu d’échos, nous reconnaissons les personnages d’un récit à l’autre. L’homme et la femme semblent apparaître à des âges différents.

L’atmosphère est empreinte d’espoir, malgré l’obscurité dans laquelle les personnages sont plongés. Lorsque l’aube pointe le bout de son nez, c’est comme si les personnages s’extirpaient d’une vie – d’une nuit trop longue. L’écriture est belle dans la succession de dialogues. Il est question de fuir, repartir à zéro, changer de vie. Au fil du dialogue, un des personnages amène l’autre à réaliser qu’il n’a jamais changé. On se glisse dans le texte comme dans une peau de velours, l’écriture est puissante et élégante. C’est un livre dans lequel je me suis retrouvée, un de ces livres qui nous correspond profondément. Je l’ai dévoré en une journée… Un coup de cœur.

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« Elle se rappela en particulier une des dernières fois où ils s’étaient quittés, et ce qu’elle avait compris à cet instant. Ce qu’elle avait compris, avec une certitude absolue, était que vivre sans lui serait, à jamais, sa tâche fondamentale, et que dès lors les choses se couvriraient systématiquement d’une ombre, pour elle, une ombre supplémentaire, même dans le noir, et peut-être surtout dans le noir. Elle se demanda si cela pouvait convenir pour expliquer ce que signifie être fou de quelqu’un… »

« La lumière, là-bas. C’est l’aube, cette lumière. L’aube. Exactement. On a réussi, jeune homme. Et en effet à l’horizon était apparue une lumière cristalline qui rallumait les choses et relançait la course du temps. »