Isabelle Pandazopoulos – Demandez-leur la lune ***

Gallimard Jeunesse – 2020 – 352 pages

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Ils sont quatre. Quatre lycéens décrocheurs. Élèves en lycée pro, on leur propose un cours de soutien, deux fois par semaine avec Agathe Fortin, une prof de Français pas comme les autres qui va leur faire travailler l’oral et les inscrire à un concours d’éloquence

À travers les mots, Lilou, Bastien, Samantha et Farouk vont peu à peu se révéler, faire tomber le voile. Se révéler aux autres mais surtout à eux-mêmes – leurs blessures, leurs doutes. Lilou et le secret qui entoure la disparition de son frère Kylian. Samantha et le secret douloureux de sa mère, différente – leur vie miséreuse dans un mobil home.

Les masques tombent. Les adolescents découvrent le pouvoir des mots. Des mots qui ont le pouvoir de détruire ou de panser les blessures. Bastien et la pression de ses parents, qui veulent qu’il intègre l’entreprise familiale et quitte le lycée où tout le monde le juge mauvais de toute façon. Et Farouk, l’étranger, originaire de Turquie, qui semble en permanence vivre avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête.

Demandez-leur la lune est un roman qui prend aux tripes, qui secoue ; c’est émouvant et authentique. L’écriture est poétique et fascinante. L’autrice décrit avec talent les émotions qui agitent les entrailles de l’adolescence.

Delphine de Vigan – Les Gratitudes ***

9782253934288-001-T

Le Livre de Poche – juillet 2020 – 184 pages

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« Je les vois comme si j’y étais, ces étendues vides, arides, ces chemins dévastés, qui surgissent au milieu de ses phrases quand elle tente de parler. Paysages désolés, privés de lumière, d’une platitude inquiétante, et rien, plus rien à quoi s’accrocher. Perspectives de fin du monde. »

Un roman à deux voix. Celles de Marie et de Jérôme. Qui vont prendre soin, chacun à leur façon, de Michka, une petite mamie qui est atteinte d’aphasie. Elle perd ses mots, ne les trouvent plus, les remplacent par d’autres. Toute seule, elle se met à avoir peur. Alors Marie l’aide à trouver une chambre dans un EHPAD. C’est là que Michka rencontre Jérôme, son orthophoniste.

Michka remplace les mots par d’autres, en invente. Elle devient poétesse sans le vouloir. Ses phrases sont de vraies perles – à la fois drôles et touchantes. Cauchemar devient cocard. Urgence devient émergence. Furieux devient frileux. Enceinte devient en plainte. Tracasse devient fracasse. Les auxiliaires des militaires. Les résidents des résistants. Les mots se métamorphosent et les dialogues avec Michka deviennent délicieusement absurdes.

Les Gratitudes est un roman empreint de poésie et de douceur, qui dévoile peu à peu la réalité des personnages, leurs faiblesses, leurs manques. Un beau roman sur la reconnaissance, sur les mots et leur poids, qui, entre douceur et pudeur, évoque la perte, celle des mots mais aussi celle des êtres qui nous sont chers.