Dan O’Brien – Rites d’automne ***

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Editions 10-18 – 1993 – 224 pages

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Dan O’Brien est spécialiste des espèces en voie de disparition. Dans les années 80, il s’occupe de la réinsertion de faucons pèlerins dans les Rocheuses. Après l’échec de la remise en liberté de quatre faucons, Dan rentre tout penaud avec un seul faucon auquel il finit par s’attacher plus que de raison.

Ce faucon privé d’apprentissage naturel l’émeut et il éprouve le besoin de lui donner malgré tout sa chance. Il était censé entamer la migration hivernale propre à son espèce… Alors Dan entreprend ce voyage migratoire avec l’oiseau au regard perçant qu’il a surnommé Dolly. De la frontière canadienne au golfe du Mexique, imitant ainsi le trajet des faucons sauvages.

Ce récit est un voyage inoubliable à travers le grand Ouest américain et un hommage vibrant à la beauté sauvage des faucons pèlerins. L’auteur nous offre des descriptions de paysages à couper le souffle.

Dan O’Brien convoque Yeats et Crazy Horse – figure incontournable de la liberté absolue – et nous délivre un texte sublime sur la liberté, établissant un parallèle entre le faucon et les Sioux. Une très belle lecture, ensauvagée et poétique.

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« Le pèlerin exerce un pouvoir sur l’imagination de l’homme parce qu’il est source d’inspiration. C’est un oiseau magnifique, d’une beauté discrète.les adultes ont le dos recouvert de minuscules plumes bleu-noir, qui ont toutes leur dégradé de couleur particulier, et un large poitrail d’un blanc saumoné, piqueté de taches sombres. »

« Si les yeux sont le miroir de l’âme, l’âme du pèlerin doit être impénétrable et majestueuse. Il y a des rivières impétueuses dans ces yeux là, des montagnes, des océans, et aussi la hâte et la volonté d’englober tous ces éléments dans la sphère d’influence du pèlerin. »

Romuald Giulivo – Sans un mot ***

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école des loisirs – 29 mai 2019 – 88 pages

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Dinah a quinze ans et des parents qu’elle trouve égoïstes et lointains, car insensibles au sort des migrants qui vivent dans la misère tout autour d’eux… Elle a bien essayé de les convaincre de devenir une famille d’accueil mais cela n’a pas fonctionné.

Dinah se met alors en tête d’enlever un enfant à la sortie de l’école maternelle, avant que la police ne s’en charge pour le renvoyer vers son pays d’origine. Dinah et l’enfant s’échappent ensemble vers la bouche de métro, sous les cris d’un policier. L’adolescente tourne autour du pot, traîne avant de l’emmener chez elle ; elle appréhende. L’enfant ne parle pas, elle lui invente rapidement un passé, une vie et un prénom : il s’appellera Mihran, comme le voisin arménien de son grand-père, cet étranger si fascinant. Et désormais, il sera son petit frère.

Dinah apparaît tout de suite comme une gamine torturée ; anorexique, elle grandit dans une famille peu épanouissante, entre un père replié sur lui-même avec ses jeux vidéos et une mère qui passe son temps à faire des malaises. Ils sont absents, tout le temps. Le climat familial ne fait que s’alourdir, depuis quelques temps. C’est comme un sanglot coincé dans la gorge de l’adolescente. Alors, accueillir Mihran, ce serait apporter la joie au sein de leur famille, en finir avec l’obscurité.

L’écriture de Romuald Giulivo me séduit immédiatement. De belles images naissent au détour des phrases. « Peindre, c’est comme craquer une allumette au milieu de la nuit. » Jim Morrison et PJ Harvey rythme la cavale de Dinah et Mihran.

Un court roman haletant, qui se déroule le temps d’une fin de journée et que j’ai dévoré en une soirée. J’ai eu mal au cœur pour cette gamine perdue, mais profondément humaine, qui rêve sa vie et ne supporte plus la réalité – cette réalité à laquelle elle se cogne chaque matin au réveil. « On vit une époque où il est plus aisé de s’imaginer brandissant une épée bâtarde qu’allant au boulot chaque matin. Plus facile de se réfugier dans ses rêves que d’affronter la réalité. »

Attention : 4ème de couverture légèrement mensongère : elle pourrait en décevoir certains. Non, il n’y a aucune course poursuite nocturne, aucun jeu de cache-cache avec les autorités… En tous cas, pas comme je l’entends. Je vous conseille donc de découvrir ce roman touchant et surprenant sans passer par la lecture de cette 4ème de couverture !

Pessan & Solminihac – Les étrangers ***

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Éditeur : école des loisirs – Date de parution : avril 2018 – 127 pages

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Un soir après les cours, Basile ne rentre pas directement chez lui. Il erre près de la gare désaffectée et rencontre un ancien camarade de classe. Tout à coup, sortent de l’ombre quatre jeunes. Basile apprend qu’ils viennent de loin, qu’ils ont franchi des frontières, traversé des océans et souvent côtoyé la mort pour se retrouver ici. Ce sont des migrants, comme ceux dont il entend parler à la télévision. Chaque nuit, ils tentent de passer en Angleterre. Le soir même, l’un d’entre eux, Nima, se fait enlever par des passeurs.

Un court roman qui se déroule le temps d’une nuit. Une nuit qui s’écoule à la façon d’un rêve éveillé, un rêve étrange et envoûtant, entre angoisse et stupeur. Après coup, Basile n’en reviendra pas, il aura l’impression que « Cette nuit a duré mille ans au moins. »

Basile est un personnage troublant, attachant et en même temps fuyant ; poète à ses heures perdues, il aime écrire des vers, recopier des citations et des bribes d’articles qui le touchent. Son histoire familiale le torture, avec ce père qui s’est mis à fuir le foyer, à prendre l’autoroute pour engranger les kilomètres vers le sud, sans but précis, sans savoir vraiment pourquoi.

Un court roman où l’écriture d’Eric Pessan et d’Olivier de Solminihac fait mouche. Un texte dont l’atmosphère onirique par moment m’a séduite, un texte que j’ai trouvé humain et poétique dans sa façon d’aborder le thème des migrants.