Nino Haratischwili – La Huitième vie ****

Folio – août 2021 – 1190 pages

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C’est l’histoire d’un chocolat chaud au goût magique auquel personne ne peut résister mais qui porte malheur. C’est l’histoire d’une adolescente qui fugue. C’est l’histoire d’une famille géorgienne sur plusieurs générations, des années 1900 aux années 2000.

Tout commence en 1917 avec Stasia, l’arrière-grand-mère de la narratrice – son caractère facétieux, ses rêves fantasques et son amour de la danse. 1917 et la révolution bolchevique en marche. 1917 et Stasia éprise de Simon Iachi. L’histoire des Iachi commence ainsi.

Un souffle romanesque, dès les premiers mots. Et pourtant ce pavé de plus de 1000 pages avait de quoi impressionner. Je me suis finalement jetée à l’eau, attirée par ce récit à la plume flamboyante et magnétique.

La Huitième vie est un roman dense, puissant, dont la lecture se révèle immédiatement fascinante mais aussi très éprouvante. Certaines scènes m’ont laissée le coeur au bord des lèvres, la gorge nouée.

J’ai été soufflée par l’art incroyable que l’autrice déploie dans la confection de l’intrigue familiale et l’élaboration des personnages, si vivants, si authentiques ; l’intrigue familiale entremêlée. La petite et la grande Histoire s’imbriquent l’une dans l’autre. Pas une seule fois je ne me suis ennuyée, en 1190 pages.

« Tu voulais dire que c’est une chanson sur l’enfance et tu m’as demandé où on conserve son enfance, et je me souviens aujourd’hui encore que je t’ai répondu qu’on la retient dissimulée entre ses côtes, dans les petits grains de beauté et les taches de vin, à la racine de nos cheveux, dans notre coeur ou dans nos rires. »

Une lecture que j’ai dû mettre en pause, pour la reprendre deux semaines plus tard avec un plaisir redoublé.

Une lecture dont je me retrouve désormais orpheline. Niza et sa foule de fantômes vont me manquer, terriblement.

Coup de ❤ pour ce somptueux pavé qui m’aura accompagnée tout l’été.

Kate DiCamillo – Louisiana **

Louisiana

Editions Didier Jeunesse – 2019 – 160 pages

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Floride, fin des années 70. La grand-mère de Louisiana Elefante perd un peu la boule. Persuadée que sa famille est porteuse d’une malédiction depuis plusieurs générations, elle embarque sa petite-fille en pleine nuit pour un road-trip des plus singuliers. Il est 3h du matin lorsqu’elle lui annonce que « l’heure du jugement a sonné ». Louisiana se rend vite compte qu’elle ne reverra pas de sitôt sa maison… ni ses meilleures amies, ni Monsieur Chien, ni Archie son chat. Elle en a le coeur brisé.

Quelques heures plus tard, la gamine se retrouve à la frontière entre la Floride et la Géorgie, dans une voiture en panne sèche, avec une grand-mère qui souffre subitement d’une rage de dent et s’écroule sur la banquette arrière. Les aventures ne font que commencer

A travers de courts chapitres, l’écriture de Kate DiCamillo se révèle drôle, impertinente et tendre. Je me laisse prendre dans les filets de cette histoire somme toute bien farfelue.

Louisiana est une ado dégourdie et malicieusement désespérée, qui possède un talent de poids : une voix d’ange lorsqu’elle se met à chanter. Quant à la grand-mère, elle est aussi petite que virulente, elle possède un regard perçant et un tempérament drôlement autoritaire.

L’intrigue qui vire chamallow pleine de bon sentiments m’a finalement un peu agacée. Je ne suis pas certaine que ce roman restera gravé dans ma mémoire, mais ça n’en demeure pas moins une lecture pleine de charme sur la quête des origines, la quête de sens d’une enfant.