Mathieu Pierloot – Summer Kids ***

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Éditeur : école des loisirs – Date de parution : août 2018 – 153 pages

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Antoine s’est fait larguer par Hannah. Mais la pilule a du mal à passer. Les jours passent et il ne fait que penser à elle, ne comprenant pas ce qui a pu foirer. « Il fallait que j’apprenne à exister sans elle ». Le lycée touche à sa fin et l’adolescent ne sait pas où s’inscrire à la rentrée. Les vacances d’été s’étendent devant lui, incertaines. Son beau-père écolo-ringard lui dégote un job dans une maison de retraite.

Antoine est un personnage un peu – carrément – paumé. L’avenir pour lui est un concept abstrait. Le cœur blessé, il passe l’été à naviguer de soirées en soirées, toutes plus arrosées les unes que les autres, avec Medhi et Alice, ses amis de toujours.

Un court roman ponctué de playlists que j’ai dévoré le temps d’une soirée ; il s’en dégage une fraîcheur et une mélancolie spéciales. Le temps d’un été, Antoine fait le point sur sa vie. Dix-huit ans et la vie devant soi : qu’en faire ? Quel est le bon choix ? Y en a-t-il un?

Après ma lecture, je ressens un indéfinissable sentiment d’attachement pour ce roman, bref mais intense. Justement dosé. Touchant.

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Marie Pavlenko – Je suis ton soleil ****

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Éditeur : Flammarion – Date de parution : mars 2017 – 472 pages

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Déborah démarre son année de terminale avec aux pieds ses bottes à tête de grenouille parce que Isidore le chien-clochard a dévoré ses chaussures. Selon le théorème de la scoumoune, si un pigeon se balade au dessus de 300 personnes, c’est forcément sur sa tête qu’il va se soulager.

Ces derniers temps, Déborah préfère être au Clapier – le lycée où les élèves s’entassent tous comme des lapins en batterie – plutôt qu’à l’appartement avec ses parents… En effet, sa mère passe ses journées en pyjama à broyer du noir et son père n’est jamais là. Elle en comprend la raison le soir où elle le croise en train d’embrasser à pleine bouche une femme qui n’est pas sa mère – « une grue à moumoute bouclée ». Et puis il y a ce mystérieux numéro de téléphone qui apparaît sur plein de post-it dans l’entrée…

Mais ce n’est pas tout ; Éloïse, sa meilleure amie, la délaisse peu à peu pour vivre une passion avec Erwann, un adolescent au crâne un peu vide. Heureusement, il y a Carrie, sa libraire préférée, chez qui Déborah se réfugie pour consoler son âme avec des mots. En cette rentrée chaotique, ce sera Victor Hugo et ses Misérables. Avec un tel pavé en deux tomes, il y a de quoi assommer tous les soucis. L’adolescente se rapproche aussi d’un autre Victor, beau barbu déjà pris et de Mygale-man, l’étrange adolescent qui collectionne les araignées (coucou Gertrude velue).

Les chapitres se succèdent, ponctués de coquillettes. Dès les premières pages, le ton est donné : d’expressions loufoques en métaphores à hurler de rire, Déborah déroule la bobine de son quotidien qui dérape…

Comme j’ai aimé ce personnage adolescent ! Son langage très imagé et truffé de métaphores toutes plus cocasses les unes que les autres. On se poile toutes les deux minutes, au détour des pages, on pleure aussi.

Un roman sans faux-semblants, désopilant et émouvant, qui nous livre une tranche de vie, sans fioriture. Qui nous fait connaître de beaux personnages, avec une vraie présence, une épaisseur psychologique complexe. Aucun cliché, aucun manichéisme et c’est ce qui fait la force de ce roman : on est de plain-pied dans la réalité, dans le quotidien de Déborah, souvent terne et fadasse mais duquel l’adolescente se sauve par le rire et l’amitié.

Un joli petit pavé doré, drôle et impertinent, que l’on quitte à regret !

Susin Nielsen – Les optimistes meurent en premier ****

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Éditeur : Hélium – Date de parution : 2017 – 192 pages

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Attention : Pépite!

Pétula De Wilde vit à Vancouver avec ses parents. Depuis le drame qui a touché sa famille, l’adolescente a développé de nombreuses phobies : la foule, les microbes, les différents dangers de mort… De façon convulsive, elle compulse dans un album mille et un articles portant sur des morts toutes plus farfelues les unes que les autres.

Sa rencontre avec l’homme bionique – alias Jacob – à l’atelier d’art-thérapie auquel elle est obligée d’assister une fois par semaine au lycée, va la métamorphoser. Jacob est un grand dadet avec un avant-bras mécanique ; passionné de cinéma, il passe son temps à répondre par un scénario de film lorsqu’on l’interroge sur son passé. A l’atelier, tout les adolescents se sont confiés tour à tour, sauf lui…

Dès les premiers mots j’ai aimé ce roman. J’ai eu l’impression de déjà connaître Pétula, cette adolescente qui porte un regard très ironique sur le monde qui l’entoure – comme pour mieux enfouir la douleur qui l’assaille.

Un roman magnifique, drôle et émouvant, qui évoque avec justesse la culpabilité, le deuil et l’ineffable douleur. Un roman jeunesse d’une force incroyable et insoupçonnée et une lecture riche en émotions que je vous recommande… ❤

Walking on sunshine katrina and the waves

Annelise Heurtier – Sweet Sixteen **

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Éditeur : Casterman – Date de parution : 2013 – 217 pages

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Ce roman jeunesse s’inspire de faits réels. En 1954, la Cour suprême des États Unis rend inconstitutionnelle la ségrégation raciale dans les écoles publiques grâce à l’arrêt « Brown versus Board of Education » qui remet en cause une règle vieille de plus de 80 ans… En 1957, neuf adolescents noirs sont sélectionnés pour intégrer le prestigieux lycée central de l’Arkansas.

En cette rentrée scolaire 1957, nous suivons la jeune Molly, une des jeunes noires qui fait son entrée au lycée. Le texte alterne en fait deux points de vue différents : celui de Grace, une jeune blanche d’origine bourgeoise et aisée, et Molly.

Dans un climat terriblement raciste, l’intégration au lycée se révèle traumatisante à plus d’un titre et la violence est incroyable. Dire que tout cela a existé dans les années 50 fait froid dans le dos et donne la nausée… Un roman qui me semble indispensable pour garder cette conscience de l’humanité déshumanisée à ce moment de l’Histoire.

Une lecture que j’ai aimée, mais qui comporte quelques défauts, peut-être un format trop court, trop d’ellipses pour cette année scolaire. J’ai eu aussi un peu de mal à m’attacher aux deux personnages féminins. Même si j’ai été touchée et choquée, voire même très émue à la fin, j’ai eu du mal à m’identifier à ces jeunes filles.

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« Elle avait fait face à une violence ahurissante, on lui avait volé son innocence et ses seize ans. Plus rien ne serait jamais comme avant. »

Laurie Halse Anderson – Vous parler de ça ***

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Éditeur : La Belle colère – Date de parution : octobre 2014 – 298 pages

4ème de couverture : « Melinda Sordino ne trouve plus les mots. Ou plus exactement, ils s’étranglent avant d’atteindre ses lèvres. Sa gorge se visse dans l’étau d’un secret et il ne lui reste que ces pages pour vous parler de ça. Se coupant du monde, elle se voit repoussée progressivement par les élèves, les professeurs, ses amis, et même ses parents. Elle fait l’expérience intime de la plus grande des injustices : devenir un paria parce que ceux dont elle aurait tant besoin pensent que le mal-être, c’est trop compliqué, contagieux, pas fun. Melinda va livrer une longue et courageuse bataille, contre la peur, le rejet, contre elle-même et le monstre qui rôde dans les couloirs du lycée. »

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Ce roman se déroule sur toute une année scolaire et commence en septembre, avec la rentrée au lycée de Melinda. Personne ne lui adresse la parole. Un événement traumatisant s’est passé cet été au cours d’une soirée, mais nous n’en saurons rien jusqu’aux dernières pages. Melinda se retrouve sans amis, seule. L’angoisse lui fait se manger la peau des lèvres ; elles deviennent sèches, comme sa gorge. Petit à petit, elle ne parle plus. Elle sèche les cours et se réfugie dans un cagibi aménagé au lycée. Seuls les cours d’Arts plastiques lui plaisent et semblent lui apporter du réconfort. « Ça » la hante, elle ne peut en parler à personne.

La Belle Colère est une édition destinée aux adultes comme aux adolescents. J’ai beaucoup aimé ce roman, au cours duquel nous nous glissons dans la peau de cette adolescente mal dans ses baskets. Malgré un sujet souvent abordé, le roman déborde d’originalité, et ne manque pas d’humour, décrivant certaines scènes de façon cocasse. L’écriture est fluide, l’héroïne attachante et l’histoire très prenante, alors qu’elle aurait pu être banale. C’est donc une petite pépite de littérature adolescente qui donne tout à la fois la pêche, qui émeut, qui réconforte également.

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« C’est Venise la nuit, c’est la couleur de l’âme d’un comptable, c’est un amour dédaigné. Quand je vivais à Boston, j’ai laissé une orange se couvrir d’une couche de moisi qui avait cette couleur. C’est le sang des imbéciles. La confusion. La sécurité de l’emploi. L’intérieur d’un cadenas, le goût du fer. Le désespoir. Une ville sans éclairage public. Le poumon d’un fumeur. La chevelure d’une petite fille qui grandit privée d’espoir, le cœur du directeur d’un lycée… »