Tommy Orange – Ici n’est plus ici ***

Le Livre de Poche – mars 2021 – 352 pages

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Tony Loneman – le Drome – avec sa tronche de traviole, à cause de sa mère qui buvait comme un trou en étant enceinte. Tony Loneman qui n’est pas très fute fute et qui se retrouve un peu malgré lui dans l’organisation d’un braquage de Pow Wow….

Den Oxenden qui a 13 ans lorsque son oncle Lucas est en train de se tuer à l’alcool. C’est de lui que lui vient son idée de filmer des Indiens d’Oakland, racontant leur histoire.

Dans les années 70, Opale Viola Victoria Bear Shield et sa sœur Jacquie – elles passent un non Thanksgiving sur l’île d’Alcatraz, juste avant d’apprendre que leur mère se meurt d’un cancer.

Edwin Black qui passe ses journées devant son ordinateur, à surfer sur Internet, à s’empifrer. Un jour, il découvre qui est son père et apprend qu’il a des origines cheyennes.

Chaque chapitre met en lumière un personnage amérindien, originaire d’Oakland. Un Indien des villes. Une âme qui porte tant d’histoires en elle. Autant de visages pour raconter l’Indien et ses blessures.

Un roman où les destinées se croisent. Ce sont des femmes et des hommes – autochtones – alcooliques, désespérés. Meurtris. Qui vont tous se retrouver à l’occasion d’un grand Pow-Wow.

« Elle m’a dit que le monde était fait d’histoires et de rien d’autre. »

Kristopher Jansma – New York Odyssée ***

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Le Livre de Poche – 2018 – 608 pages

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« Nous sommes venus en ville parce que nous voulions une vie désordonnée, voir ce que nos échecs avaient à nous apprendre, et ne satisfaire que nos désirs les moins raisonnables, et non pas revenir à la vie, en se rendant compte que nous n’avions jamais été morts. »

Jacob, George, Sara et Irene sont inséparables depuis l’université. Une bande de potes soudés, qui ont quitté leurs foyers respectifs pour se lancer dans une carrière à New York. À l’assaut de la Grosse Pomme. Quelques années plus tard, ceux que l’on surnommait les Murphy sont toujours amis. George s’apprête à demander Sara en mariage. Jacob n’a pas changé, trublion poète gay irrévérencieux. Irene, l’artiste de la bande, s’apprête à découvrir et annoncer sa maladie. William les a longtemps enviés et admirés de loin, à l’université. Il les retrouve lors de cette prestigieuse soirée au Waldorf Astoria. Il ne les a jamais oubliés ; son coeur bat toujours pour Irene.

Le quotidien de cette joyeuse bande se trouve chamboulé par l’annonce du cancer d’Irene. Leur jeunesse insouciante vole en éclat ; leur vulnérabilité, leurs faiblesses, leurs démons se révèlent. Ils changent, sans s’en rendre compte. Sans réaliser tout de suite qu’il n’y aura pas de retour en arrière. Chacun fera son deuil comme il le peut. Chacun pansera ses blessures à sa façon.

Par moment, j’ai beaucoup pensé aux Chroniques de San Francisco. New York Odyssée est un roman au ton ironique, qui glisse lentement dans le drame, mais sans jamais devenir larmoyant ou plaintif.

Je crois que mon personnage préféré reste Jacob, ironique, irrévérencieux, provocateur, il m’émeut et me fait rire. Il est vrai, entier. Une vraie bourrasque de vie. Les autres personnages m’ont paru parfois dénués de consistance, flous, ils se fondent et se confondent aisément dans le groupe, même Irene.

Une lecture drôlement touchante, aux personnages tragi-comiques. Malgré quelques longueurs, j’ai pris plaisir à me plonger dans ce roman new yorkais doux-amer sur le deuil, l’amitié, les liens indéfectibles qui nous unissent les uns aux autres, l’importance des familles que l’on se choisi.

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« Tu imagines ? Si le mal était juste cette chose vivant en bas de la rue ? Pas un petit Napoléon nord-coréen ou un intégriste fanatique afghan. Pas un… mal-être généralisé. Pas une cellule maligne dans l’organisme. Imagine si on pouvait pointer un endroit sur la carte et dire, c’est de là, de là que viennent tous les malheurs. »