Luca Di Fulvio – Les Enfants de Venise ***

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Éditeur : Slatkine & Cie – Date de parution : mai 2017 – 736 pages

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Avec Les Enfants de Venise, Luca Di Fulvio nous offre une belle fresque historique ; nous nous retrouvons plongé au cœur du XVIème siècle, en pleine Renaissance italienne. Nous sommes en 1515 – à cette époque, les Juifs sont considérés comme des suppôts de Satan, ils ont la réputation terrible d’apporter le malheur. Dans toute l’Italie, la loi les oblige à porter un bonnet jaune, ce qui leur permet d’être identifiés par les autorités.

Dans ce roman foisonnant de presque 800 pages, nous suivons un petit groupe de personnages saisissants et attachants, qui vont tous se retrouver dans la même ville, celle de Venise – interdite d’accès aux étrangers en temps de guerre…

***Il y a Isacco – médecin juif sans diplôme et ex-arnaqueur – et sa fille Giudetta, en quête d’une nouvelle vie qu’ils désirent possible à Venise ; sur leur chemin, ils rencontrent une troupe de soldats de retour de la bataille de Marignan.

*******Il y a Mercurio, Benedetta et Zolfo, ces enfants perdus, orphelins, voleurs, vivant dans les égouts de Rome et obligés de fuir à la suite d’une mauvaise rencontre.

***********Et il y a Shimon Baruch, ce juif épris de vengeance – blessé à la gorge par Mercurio et laissé pour mort – qui part sur leurs traces.

Ce roman m’a fasciné, de la première à la dernière page… On dévore à la fois une histoire d’amour entre deux enfants que tout sépare – l’un Chrétien, l’autre Juive, un roman historique et un roman d’aventure. Luca Di Fulvio dépeint à merveille cette époque de l’histoire italienne, son climat social, ses mœurs, ses excès – fanatisme, chasse aux sorcières, conflits entre Juifs et Chrétiens – mais aussi ses couleurs et ses odeurs…! Page après page, on s’y croit vraiment.

Merci aux éditions Slatkine & Cie pour cette lecture.

 

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Valentina D’Urbano – Acquanera ***

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Éditeur : Points – Date de parution : février 2017 – 405 pages

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Après dix années d’absence, Fortuna revient à Roccachiara, petit village perdu dans les montagnes. Elle avait pourtant juré ne plus jamais y mettre les pieds. Mais des ossements ont été retrouvés dans les bois ; peut-être s’agit-il de ceux de Luce, son amie d’enfance qui a disparu le jour de ses vingt et un ans.

Valentina d’Urbano met en scène trois générations de femmes, Elsa, Onda, Fortuna. « Je suis née dans une famille étrange, une famille de femmes. » Elsa, la grand-mère, avait la réputation d’être une sorcière – elle faisait des rêves prémonitoires, annonçant les catastrophes et les morts. Quant à sa mère Onda, née le jour où le lac s’est déversé dans la vallée, elle a le don de voir les morts – les disparus viennent la visiter et lui parler. Cette figure odieuse de mère qui n’a jamais voulu l’être m’a secouée – haïr à ce point son propre enfant. Et Fortuna, élevée par sa grand-mère, à qui l’on souhaite de n’avoir aucun don. En Luce elle trouvera une alliée précieuse.

Ce roman m’a rappelé l’univers de Véronique Ovaldé – ces générations de femmes qui accouchent de filles – mais également Le Cœur des louves. C’est une belle lecture, dont l’atmosphère surnaturelle et mystique m’a beaucoup plu. Mais une lecture également terrible sur l’amour, la filiation & la mort. La plume de Valentina d’Urbano donne vie à des personnalités fortes et flamboyantes.

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« Maintenant tu auras, toi aussi, quelqu’un. Quelqu’un qui te restera, que tu porteras pour toujours en toi, y compris quand je ne serai plus là. Ton enfant te rappelleras qui tu es. »

« A qui ressemblais-je ? Qui étais-je ? On n’est jamais ce que l’on prétend être. »

« L’amour d’un enfant est le sentiment le plus obstiné qui soit. Il dure une éternité, il va à l’encontre de tout. Il est bête et incorruptible. »

Chiara Moscardelli – Quand on s’y attend le moins ***

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Éditeur : Belfond – Date de parution : février 2017 – 336 pages

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Penelope approche dangereusement de la quarantaine et sa vie amoureuse est toujours aussi désertique. Un peu folle, ne se fiant qu’aux conseils de sa grand-mère Berta qui ne jure que par ses cartes de tarot, elle est également extrêmement maladroite – avec quelques rondeurs en trop et une mémoire exceptionnelle qui ne lui sert à rien. Après des études de lettres et de journalisme, Penelope se retrouve à travailler chez Pimpax, une entreprise de serviettes hygiéniques. De temps a autres, elle est également rédactrice de tests pour un magazine féminin.

Un soir, alors qu’elle est légèrement éméchée, Penelope renverse à vélo un homme au doux nom d’Alberto Ristori, et lui brise la jambe. Elle est convaincue que c’est l’autre moitié de sa pomme, l’homme de sa vie. Mais quand elle le voit débarquer à son travail, chargé de sauver l’entreprise de la faillite, elle croit défaillir : il se fait appeler Ricardo Galanti et semble ne pas la reconnaître… ou fait semblant ? Le mystère s’installe et Penelope se met à enquêter sur cet homme énigmatique duquel elle est malheureusement tombée amoureuse

En débutant cette lecture, j’avais peur de retrouver les clichés chers à ce genre littéraire… Je ne suis en effet absolument pas friande de cette littérature « romance » – et si je n’avais pas trouvé ce roman grâce à la chasse aux trésors de la St Valentin organisée par Belfond, je ne l’aurais certainement jamais lu. Et ça aurait été dommage car ce roman est un joli plaisir de lecture, sans prise de tête. J’ai eu le sourire aux lèvres du début à la fin.

Grâce à son humour et à son caractère farfelue, Penelope est une héroïne drôle et attachante, qui m’a fait penser à la Joséphine de Pénélope Bagieu – je me suis surprise à rire et sourire au fil des pages. Un roman italien parsemé de références littéraires et cinématographiques, bourré d’humour et d’énergie, qui se déroule  – et se dévore – à un rythme effréné.

Elena Ferrante – L’amie prodigieuse ***

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Éditeur : Folio – Date de parution : février 2016 – 429 pages

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Le roman commence par la disparition de Lila. Son fils appelle Elena pour le lui dire. Lui dire qu’elle est partie sans laisser une seule trace d’elle, sans rien dire. Elena, en colère, se rappelle alors leur amitié ; si singulière, pétrie de sentiments contradictoires. Elle entreprend de la raconter en commençant par leur enfance.

Elena est une petite fille qui fait tout pour recevoir l’admiration de ses proches. Réussir en classe est surtout devenu une façon d’impressionner son amie Lila, naturellement douée pour les études, mais qui finira par travailler dans la cordonnerie familiale, sans aller au collège. Nous sommes à la fin des années 50, dans un des quartiers pauvres de Naples.

On découvre une amitié très complexe : faite de jalousie, de compétition scolaire ou amoureuse, de non-ditsLeur relation est infiniment complexe, à la fois fusionnelle et distante, elle se nourrit de leur goût commun d’apprendre et de réussir. L’amitié qui lie Elena à Lila est à la fois ombrageuse et lumineuse.

Ce beau roman, composé de deux parties : enfance et adolescence, possède une écriture envoûtante et hypnotique. Il s’agit du premier tome de la saga portant sur ces deux héroïnes, et il me tarde de me procurer le nouveau tome, sorti tout récemment : Le Nouveau nom !

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« Il y avait une part d’insoutenable dans les choses, les gens, les immeubles et les rues : il fallait tout réinventer comme dans un jeu pour que cela devienne supportable. L’essentiel, toutefois, c’était de savoir jouer, et elle et moi – personne d’autre – nous savions le faire. »

« et je pensais à Lila et moi, à cette capacité que nous avions toutes deux quand nous étions ensemble – seulement ensemble – de nous approprier la totalité des couleurs, des bruits, des choses et des personnes, de nous les raconter et de leur donner de la force. »

Paolo Giordano – Les humeurs insolubles **

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Éditeur : Seuil – Date de parution : octobre 2015 – 136 pages

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Ce court roman italien débute par l’annonce de la mort de Madame A. Elle était la servante au grand cœur, elle a élevé le petit Emanuele et materné ses parents pendant des années avant de tomber malade. Le récit alterne le présent de l’annonce et le passé, les souvenirs des moments passés auprès de Madame A., jusqu’à sa mort. A travers le récit de la vie de cette femme différente des autres et terriblement dévouée, se dessine l’histoire d’un couple.

De Paolo Giordano, j’avais bien aimé La solitude des nombres premiers. Mais j’avoue avoir été déçue par cette seconde lecture, qui m’a procuré par moment un ennui profond… L’écriture reste belle, mais il m’a clairement manqué quelque chose pour m’attacher aux personnages qui demeurent sans épaisseur, et me sentir vraiment touchée par l’intrigue. Dans les dernières pages, il y a comme un soubresaut, et les mots de la fin m’ont plu.

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« Il existe des aventures dont l’épilogue est écrit dès le début. Y a-t-il quelqu’un, madame A. incluse, pour penser qu’il en irait autrement ? »

Livre lu dans le cadre du Challenge 1% Rentrée Littéraire!

Voilà j’ai atteint mon objectif des 1% !! Mais j’ai d’autres lectures de la rentrée littéraire qui sont prévues, donc le fameux Delphine de Vigan… 😀 Je le laisse encore un peu mijoter…

6/6

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Alessandro Baricco – Océan mer ***

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Éditeur : Folio – Date de parution : 2002 – 282 pages

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En ouvrant ce roman, on fait la connaissance de personnages très curieux, tout droit sortis d’une imagination farfelue : Plasson, qui ne peint que des tableaux blancs, Dira, la drôle d’enfant très intelligente pour son âge, Elisewin et son étrange maladie, le père Pluche et ses prières, le professeur Bartleboom qui écrit un Encyclopédie des limites observables dans la nature avec un supplément consacré aux limites des facultés humaines, Ann Devéria et son désir irrépressible de vivre… Et puis il y a ces enfants qui vous inventent un rêve avant de dormir.

Ils séjournent tous à la pension Almayer, en face de la mer, balayée par le vent du nord, sur les terres de Carewall. L’atmosphère est assombrie par le naufrage d’un navire, l’Alliance, qui semble avoir eu lieu peu de temps avant la rencontre de tous ces personnages.

Le début de ce récit est très étrange, aucun indice de temps ne nous ai donné pour savoir à quelle époque nous sommes. Et l’écriture est pour le moins déroutante : des bouts de phrases, des alinéas incongrus, des passages en forme de dialogues de théâtre… On ne sait pas où l’auteur nous emmène, mais on va quelque part.

Comme le dernier roman que j’ai lu d’Alessandro Baricco, Trois fois dès l’aube, était un coup de cœur, je me suis laissée entraîner, à l’aveuglette. L’écriture elle belle, l’auteur n’a pas son pareil pour décrire la mer, c’est hypnotisant.

Finalement, c’est un roman énigmatique, charmant et absurde. Un véritable ovni littéraire, qui pourrait très certainement en dérouter – voire en agacer – plus d’un, mais qui m’a fait sourire et m’a plu. C’est à la fois un roman d’aventure, une réflexion poétique et philosophique, où la mer semble être le personnage central vers qui tous les êtres sont attirés, et qui les transforme à jamais.

Cette lecture est une folie douce ! 

Elle nous emporte on ne sait où, mais ça n’a aucune importance.

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« Ce sont les désirs qui vous sauvent. Ils sont la seule chose vraie. »

« C’est le bord de la mer, père Pluche. Ni la terre ni la mer. Un endroit qui n’existe pas. »

« La première chose c’est mon nom, la seconde ces yeux, la troisième une pensée, la quatrième la nuit qui vient, la cinquième ces corps déchirés, la sixième c’est la faim, la septième l’horreur, la huitième les fantasmes de la folie, la neuvième est la chair et la dixième est un homme qui me regarde et ne me tue pas. »

« Peut-être que le monde est une blessure et quelqu’un en ce moment la recoud, avec ces deux corps qui s’emmêlent. »

« Rien ne pourra me prendre le souvenir de ces moments où j’étais, de tout mon être, tienne. »

 

Pépites dénichées dans une braderie…

Petits moments de bonheurs simples en ce samedi frileux de la fin novembre : dénicher quelques bouquins à petits prix en fouinant dans une braderie du quartier! De quoi réchauffer le cœur et mettre de bonne humeur 😀 Ce qui n’est pas évident en ce moment… Je viens de perdre ma voix – aphonie totale – et lundi à midi j’ai ma première inspection au collège… Y’a plus qu’à prier pour que je retrouve ma voix d’ici là !!

 

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  • Les humeurs insolubles, de Paolo Giordano

Présentation de l’éditeur : « Pendant des années ils se sont abandonnés à ses soins, à la sécurité qu’elle leur transmettait : madame A., la servante au grand cœur, a élevé avec amour le petit Emanuele et materné ses parents, faisant face à toutes leurs incertitudes. Aussi, quand elle s’éloigne discrètement pour affronter seule la maladie, le monde semble s’écrouler. Nora et le narrateur s’aiment, mais cela ne suffit pas; ils se sentent soudain démunis, ne savent comment s’y prendre, et les humeurs de chacun prennent le dessus. Contrairement à ce qu’ils pensaient, les fluides qui coulent en eux ne peuvent se mélanger. Mais, avant de les quitter définitivement, madame A. saura leur insuffler le courage de prendre en main leur vie. Dans ce roman d’apprentissage familial, intimiste, habité, une histoire de deuil se mue en histoire d’amour. »

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  • Petits moments de bonheur volés, de Francesco Piccolo

Présentation de l’éditeur : « Errer de nuit dans les rues désertées de Rome en plein mois d’août. Monter dans le train et espérer trouver quelqu’un à sa place pour l’en chasser avec délectation. Rester sagement assis, pendant que tous les invités se ruent sur le buffet, parce qu’un ami est allé nous chercher à manger…
À mi-chemin entre Je me souviens de Perec et La Première Gorgée de bière de Philippe Delerm – mais avec cette petite touche de fantaisie si italienne –, Francesco Piccolo met à nu les plaisirs les plus inavouables, les petits vices et les faiblesses avec lesquels nous avons tous composé un jour… »

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  • La petite barbare, de Astrid Manfredi

Présentation de l’éditeur : « Moi, monsieur, je suis pleine du bruit assourdissant de vivre. » De la vénalité apprise dès l’enfance à l’incarcération pour complicité de meurtre, une fille de vingt ans jette à la face du monde le récit d’un chaos intérieur et social. Comment devenir une autre ? Est-ce possible ? Le roman brut et stupéfiant d’un monstre de beauté animé par la rage de vivre…

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Deux romans italiens qui m’avaient fait de l’œil en librairie et un premier roman dont j’ai beaucoup entendu parler sur la blogosphère 🙂