Jean-Baptiste Andrea – Ma Reine ****

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Éditeur : L’Iconoclaste – Date de parution : août 2017 – 221 pages

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L’été 1965 s’installe dans la Vallée de l’Asse, en Provence. Shell a douze ans et des parents rabat-joie qui tiennent la station service du coin. Shell n’est pas un enfant comme les autres ; solitaire et retardé, il ne va plus à l’école. Le médecin dit que son cerveau a cessé de grandir. Shell sait juste qu’il a beaucoup de larmes, que le temps qui passe est incompréhensible et que les lettres se mettent à danser devant ses yeux lorsqu’il tente de lire.

Un jour, il décide de partir à la guerre, pour prouver à tous qu’il est un homme, un vrai. Il se retrouve sur le plateau qui surplombe la Vallée et nulle guerre à l’horizon. Seulement une fille – Viviane – aux yeux plein de colère et aux mèches blondes ensauvagées. Viviane devient sa Reine ; pour la garder auprès de lui, Shell est prêt à toutes les folies qu’elle lui propose. Par le jeu et les mots de sa Reine, la réalité se métamorphose, l’impossible devient possible, le merveilleux remplace un réel souvent cruel et décevant.

Un conte aux éclats d’enfance, dont la langue poétique et lancinante m’a émue aux larmes. Je me suis attachée à Shell – simple d’esprit et grand sensible – et à Viviane, cette enfant brisée. Pour reprendre les mots de la quatrième de couverture, ce livre est « une ode à la liberté, à l’imaginaire et à la différence ».

Un roman puissant que je ne suis pas prête d’oublier – ❤

De nombreux billets sur la blogosphère, dont ceux de Lilylit & Fanny.

La page Facebook du roman.

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« Mais j’avais une reine, je savais déjà que je ferais tout pour elle, pas parce que j’avais juré mais parce que j’en avais envie, et j’ai pensé que c’était peut-être ça, être un héros : faire des choses qu’on n’est pas obligé de faire. »

« J’ai allumé assez de bougies pour chasser la nuit du plateau entier. J’avais mille ans, j’étais vieux comme les pierres et les petites flammes brillaient partout, il n’y avait pas assez de place dans l’univers pour les faire tenir. Je les ai toutes soufflées et la nuit est revenue. »

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Timothée de Fombelle – Neverland ****

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Éditeur : L’iconoclaste – Date de parution : septembre 2017 – 128 pages

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« Je suis parti un matin d’hiver en chasse de l’enfance. Je ne l’ai dit à personne. J’avais décidé de la capturer entière et vivante. Je voulais la mettre à la lumière, la regarder, pouvoir en faire le tour. Je l’avais toujours sentie battre en moi, elle ne m’avait jamais quitté. »

Pour une fois, Timothée de Fombelle ne nous livre par un roman jeunesse ; il choisit d’écrire sur l’enfance. Cette enfance que l’on retrouve dans ses romans, il nous la conte avec poésie et talent, comme à son habitude.

Le romancier cherche à savoir comment, un jour, il est passé de l’enfance à l’âge adulte ; cela semble s’être fait sans qu’il s’en rende compte. C’est un voyage pour lequel on n’est jamais préparé. « Alors on fait semblant. Cela commence toujours ainsi. On fait semblant d’être grand. Et dans le meilleur des cas, je crois, on fera semblant toute sa vie. » Alors, un matin, il décide de partir en chasse de cette enfance. En chasse de l’enfant, ce personnage singulier, qu’il était. Il se retrouve en pleine nuit devant la maison de ses grands-parents, plongée dans l’obscurité, à la recherche d’un poème perdu depuis trente ans.

J’aurais adoré lire ce bouquin à l’époque où j’ai écrit mon mémoire sur l’enfance dans l’oeuvre de Sylvie Germain ; dévoré le temps d’une après-midi, ce texte nous offre de magnifiques citations sur ce paradis perdu. Timothée de Fombelle trouve les mots justes pour évoquer l’enfance et l’imaginaire, « cette énergie renouvelable à l’infini ».

La réflexion de l’auteur prend des allures de conte ; il y mêle son propre passé : la saveur de ses vacances, ses grands-parents – figures totem de l’enfance par excellence – ces conteurs et consolateurs, leurs tiroirs remplis de trésors. L’écriture résonne de fragrances, de sons, de couleurs… une écriture sensorielle qui m’a encore une fois séduite.

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« Mais au début, il n’y a que la sensation. Le monde vient cogner contre lui et l’enfant le laisse entrer. »

« Je retrouvais cette douleur plus aiguë, incompréhensible, venue d’avant l’humanité, d’avant l’enfance. Moi qui me baignais dans des souvenirs de liberté, je me rappelais soudain ma peau d’enfant qui craquait sous l’envie d’exister. »