Mike McCormack – D’os et de lumière **

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Grasset – 9 janvier 2019 – 352 pages

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Marcus Conway est debout dans sa cuisine, devant sa table, lorsque les cloches retentissent dans son petit village de Louisburgh. Ce son de cloches – l’angélus – fait remonter à la surface de sa mémoire un flot de souvenirs, qui jaillissent au présent et le submergent littéralement ; ils défilent en pagaille, laborieusement, désordonnés. Le temps d’une heure, Marcus se souvient, jusqu’au prochain bulletin d’informations.

De son enfance, avec la figure paternelle, à sa rencontre avec sa femme, la naissance des enfants. Jusqu’à ce jour où sa femme Mairead est prise de violentes crampes et nausées, comme une grande partie de la population locale ; une épidémie semble s’être propagée.

L’écriture peut surprendre de prime abord : pas un seul point tout au long du roman, hormis le point final. Heureusement, le texte est malgré tout aéré, et reste lisible (rien à voir avec Ulysse de Joyce par exemple). Le texte défile dans une unité de temps et de lieu, il épouse le flot des pensées de Marcus, passe d’un souvenir à l’autre sans toujours de logique ; on lit une pensée à l’oeuvre. Il nous offre de belles envolées poétiques par moments, c’est une pensée volubile et folle. Mais il y a certaines longueurs, et ce fut parfois indigeste.

D’os et de lumière est un texte beau et surprenant, pétrit d’une certaine tension poétique. Un roman sans doute à relire mais surtout à découvrir.

 

Paul Lynch – Un ciel rouge, le matin ***

un ciel rouge

 

Éditeur : Le Livre de Poche – Date de parution : 2015 – 282 pages

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Irlande, 1832. Coll Coyle est un métayer qui vient d’apprendre qu’il va être expulsé avec sa famille de la terre qu’il exploite. Il décide d’aller s’expliquer avec le fils du puissant propriétaire Hamilton. Mais la confrontation entre les deux hommes tourne au drame : Coyle porte un coup mortel à Hamilton et il n’a plus d’autre choix que de fuir… C’est le début d’une véritable chasse à l’homme.

C’est un très beau roman, porté par une écriture finement ciselée et incroyablement poétique. Le style est fluide, les dialogues ne se distinguent pas de la narration, ils se fondent dans le corps du texte.

On est littéralement parachutés au début du XIXème siècle en Irlande, puis nous traversons l’Atlantique jusqu’aux Etats-Unis… Nous fuyons en même temps que Coll Coyle, qui fini par se retrouver en Pennsylvanie, participant à la construction du chemin de fer.

L’écriture est somptueuse, il n’y a pas d’autres mots. L’univers de ce roman m’a beaucoup fait penser à ceux de Ron Rash, en dépeignant un monde sans pitié, plongé dans un extrême dénuement.

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« Les lieux sont de plus en plus étrangers, il se retrouve enfin sous les mélèzes qu’il escaladait dans son enfance. Devant lui, un champ qu’il a l’impression de connaître, mais différent malgré tout, moins en raison de la nuit que le couvre que de son regard à lui, qui n’est plus le même. »

« Le vent exhale de longs soupirs, les feuilles tiennent fermement aux branches, seul l’automne les décrochera. Le monde s’enfonce dans la nuit, les oiseaux enfouissent la tête sous leur aile. Il règne un grand silence jusqu’à ce que les nuages crèvent, et un déluge descend sur la terre impassible, la vieille terre tremblante qui tourne le dos au soleil déclinant. »