Stéphanie Dupays – Comme elle l’imagine ***

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Mercure de France – mars 2019 – 168 pages

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Laure rencontre Vincent sur Facebook. Au détour d’une publication, leurs commentaires se lient. De publiques, leurs conversations deviennent privées. Les nuits d’insomnies s’enchaînent, les mots se déversent d’un compte à l’autre, d’un numéro à l’autre et des liens se tissent, étrangement ténus. Ils s’échangent mille sms par jour et l’éminente professeur à la Sorbonne ne semble vivre que pour le son qu’émet son téléphone lorsqu’elle reçoit un sms de Vincent.

L’auteure analyse le sentiment amoureux dans cette absence de l’être aimé, cette distance et cette correspondance moderne ; analyse de sms, convocation de Proust et de Flaubert pour tenter de décrypter le moindre mot et la moindre virgule… L’absence qui, pour Marcel Proust, est « la plus certaine, la plus efficace, la plus vivace, la plus indestructible, la plus fidèle des présences. » Un roman à la plume sensible et efficace, qui m’a séduite et qui regorge de phrases terriblement justes sur l’amour, le désir. « Être amoureux c’était donner à l’autre la possibilité de blesser. Pouvait-on aimer sans abandonner toutes ses armes? »

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« Ce n’était pas une mélancolie paralysante, plutôt un simple voile gris brouillant son regard et tissé de tous ces scandales banals que sont les parents qui vieillissent, les amis qui s’éloignent, le monde qui devient de plus en plus brutal. »

« Vincent lui manquait, si tant est que l’on puisse ressentir comme un ma que l’absence d’un homme dont on n’a jamais connu la présence et qui n’est qu’une image pixélisée enveloppant un amas de signes. »

Jo Witek – Mauvaise connexion **

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Éditeur : Talents Hauts – Date de parution : 2012 – 96 pages

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Julie est une adolescente de quatorze ans. Un soir, énervée contre sa mère qui l’engueule une énième fois pour les photos qu’elle s’amuse à faire, Julie s’inscrit sur un tchat sous le pseudonyme de Marilou. Pour elle, cela fait plus sexy, plus femme. Elle s’appellera Marilou et aura seize ans. Tout de suite, il est attiré par ce prénom. Il a vingt ans et dit s’appeler Laurent, être photographe de mode à Paris. Le courant passe immédiatement et l’homme la séduit et la rassure. Julie va en tomber follement amoureuse et se laisser prendre petit à petit au piège de ses mots.

Un roman en format court, qui fait l’effet d’un électrochoc. À la façon d’un témoignage, Julie raconte ce qu’elle a vécu à l’âge de quatorze ans, comment elle est tombée sous la coupe d’un manipulateur pédophile, perdant pied, se mettant à mentir à tout le monde ainsi qu’à elle-même. Une lecture qui me semble indispensable pour mettre en garde les adolescents, mais qui je pense, pourrait choquer les plus jeunes ; le récit est en effet raconté sans concession et le lecteur n’est pas épargné.

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« Personne n’a compris comment une telle horreur avait pu se déverser dans ma chambre, à l’insu de ma famille et de mes amis. La plupart des gens pensent que ce genre de drame n’arrive qu’aux filles faibles, simplettes ou aux familles désunies. Je sais que c’est faux. Les êtres pervers et manipulateurs se baladent sur la toile comme dans la rue, mais il est beaucoup plus facile de tomber dans leur piège sur Internet que dans la vraie vie. Surtout à quatorze ans. Mon histoire n’est pas virtuelle, mais bien réelle. »