Guy Boley – Fils du feu ***

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Editeur : Grasset – Date de parution : 2016 – 160 pages

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Le père de Jérôme était forgeron, il domptait le fer et le feu avec l’aide de Jacky. Un jour, il lui a fabriqué une arbalète dont l’unique flèche tirée s’envola à travers le bleu du ciel et ne fut jamais retrouvée. L’arbalète fut rangée pour ne plus jamais servir. Peut-être pouvons-nous y voir comme une métaphore de la perte et du deuil, deux thèmes qui poursuivent les personnages de ce roman.

Il y a Marguerite-des-Oiseaux qui prépare toujours une assiette pour son enfant disparu. Et Lucien, cet homme respectable aux cheveux brillantinés et aux joues flasques qui semble avoir muselé son enfance pour toujours et auquel Jérôme ne veut surtout pas ressembler plus tard.

Devenu peintre, le narrateur se souvient de ce jour où sa mère lui apprend la mort de son petit frère ; il se souvient de son enfance qui vole en éclats. Son père se console dans l’alcool et s’efface peu à peu du foyer ; quant à sa mère, elle vit un véritable naufrage intérieur. Chaque jour elle sombre un peu plus dans le déni, dressant le couvert du fantôme, le bordant le soir et lui achetant de nouveaux vêtements et livres scolaires.

La plume de Guy Boley est fougueuse et furieusement poétique, pétrie d’images et de sonorités. Un roman d’une énigmatique beauté qui reste imprimé un moment sur la rétine et dans la mémoire.

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« Il sait désormais qu’il mourra tel qu’il est, sans rien d’ombilical entre le monde et lui, qu’il n’enfantera que de vagues chimères, qu’il devra se construire des mondes intérieurs, s’en inventer souvent et les détruire parfois. »

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Rébecca Lighieri – Les garçons de l’été **

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Éditeur : Folio – Date de parution : avril 2018 – 412 pages

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Thadée et son frère Zachée sont les deux fils prodigues de la famille Chastaing ; étudiants brillants et surfeurs surdoués, ils sont absolument parfaits au yeux de leur mère Mylène, qui les idéalise excessivement. Ils décident de prendre une année sabbatique pour surfer sur les plages de La Réunion. Cette famille aux apparences parfaite va peu à peu voler en éclats lorsque Thadée, l’aîné, se fait dévorer la jambe par un requin.

Un roman choral qui nous offre le point de vue de chacun des membres de cette famille bourgeoise originaire de Biarritz. Si les premières pages me rendent captive de l’histoire, annonçant un roman terrible, certains passages me plongent dans un ennui profond – ennui provoqué je pense par l’utilisation abusive du langage technique du surf…

Quant aux personnages, je ne parviens pas à m’attacher à eux, et certains me révulsent carrémentThadée le diabolique pervers… Le seul personnage pour lequel j’ai éprouvé une profonde empathie est Ysé, la petite dernière, que tout le monde oublie et qui survit au milieu de ce naufrage familial. Ysé qui collectionne les iguanes et les serpents, brûle de l’encens pour éloigner les fantômes et se scarifie dans la buanderie pour soulager sa peine. Sa voix – impertinente & sarcastique – m’a touchée et amusée.

Au fur et à mesure que la fin du roman se profile, mon estomac fait des nœuds. Un roman machiavélique qui ne m’a clairement pas laissée indifférente et m’a fait passer par différents états : l’ennui, l’exaspération, l’écoeurement, l’émotion, la perplexité… Et que j’ai malgré tout dévoré à toute allure.

Je serais du coup très curieuse d’avoir vos échos sur ce roman !

Mon avis sur son roman Je viens.

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« C’est vrai ça, qui s’occupe de mes problèmes ? Est-il normal que je me retrouve à pleurer éperdument dans une panière de linge pendant que ma mère gâtifie sur son fils aîné et que mon père s’envoie en l’air avec sa vieille maîtresse ? »