Éric Pessan – Et les lumières dansaient dans le ciel

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école des loisirs – 2021 – 144 pages

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Cette nuit, Elliot décide de quitter son appartement de cité et de sauter dans un train pour aller voir les étoiles. Il reviendra avant que le soleil ne se lève, avant que sa mère n’émerge de son sommeil médicamenteux.

Depuis tout petit, il aime les étoiles. Il est fasciné par le ciel. C’est son père qui lui a appris à le décrypter, à observer constellations et galaxies. Mais depuis que ses parents ont divorcé, c’en est fini des nuits d’observation stellaire avec son père.

Au fond de son sac à dos, une lunette astronomique. Au fond du coeur, la nostalgie de ses nuits d’observation avec son père. Le ciel l’appelle. Quand Elliot regarde le ciel, il oublie tout ; il se perd dans l’immensité de la Voie Lactée.

Et puis une nuit, une curieuse lumière orangée traverse le ciel, se scindant un 3 boules orange vertes. Quelles sont ces lumières? Avec qui partager cette apparition?

Un court roman au charme nébuleux. Éric Pessan est devenu pour moi un auteur jeunesse incontournable ; son écriture et le choix de ses sujets font mouche à chaque fois. Ici encore, un personnage adolescent qui cherche une échappatoire à son quotidien, au monde adulte qui le trahit, à ses contemporains – en lesquels il ne se reconnaît pas. Un ado en marge, qui trouve du réconfort auprès des étoiles.

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« Le ciel n’a plus de limite, je souris. Les adultes ne perdent jamais une occasion de détruire les belles choses, de les salir, de les démolir. Ils saccagent tout avec une minutie impressionnante, mais ils ne peuvent pas m’enlever le ciel. »

Éric Pessan – L’homme qui voulait rentrer chez lui ****

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école des loisirs – janvier 2019 – 192 pages

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Jeff et son frère Norbert trouvent un fugitif dans leur cave. Un homme très étrange qui semble être traqué… « Norbert ne m’a pas menti : sa peau est d’une blancheur surnaturelle. Son visage n’exprime rien : ni colère, ni effroi, ni tension, ni surprise. » Il ne sait parler autrement qu’en faisant claquer sa langue. Pourquoi cet homme s’est-il réfugié ici ? Est-ce un migrant ? Un malade mental échappé d’un asile ? Un criminel en cavale ?

Norbert se lève tôt tous les matins et enfourche son vélo sans que personne ne sache où il va. Le père est au chômage, il ne se lève qu’à midi et ne fait rien de ses journées. La mère trime toute la journée dans un immense entrepôt pharmaceutique. L’immeuble dans lequel ils vivent sera bientôt évacué ; il est voué à la destruction, dans le cadre de la rénovation de la cité. Il sera dynamité à la fin de l’été. Pour soutenir les habitants, un atelier d’écriture est organisé, où chacun dépose des mots sur ce qu’il ressent face à l’imminence de la destruction et de la restructuration du quartier.

Jeff évolue dans un quotidien morne, où la violence des mots est aussi prégnante que celle des coups. Chômage, misère, petits trafics et harcèlement ne sont jamais loin. Et cette image qui le hante : ses parents plantés devant la télévision, le regard vide… Jeff se sent différent d’eux ; il ne se reconnaît pas dans sa famille – cette famille dont le climat me rappelle celui de Comment tout a commencé.

Sa rencontre avec l’étranger va lui apprendre des choses sur son frère, sur ses parents. Il va les voir sous un nouvel angle. Finalement, il suffit de l’irruption d’un étranger dans sa vie pour que la révélation de ce qu’il a sous les yeux s’opère.

Un roman, dont les chapitres sont numérotés à rebours, qui nous offre une réflexion forte sur l’altérité. Un roman où l’on croise des personnages qui apparaissent dans d’autres récits d’Eric Pessan, comme l’adolescente perdue Dans la forêt de Hokkaido

Un roman lumineux et magique, qui nous pousse à croire à une vie qui viendrait d’ailleurs et qui fait voler en éclats certains préjugés. L’univers et la prose d’Eric Pessan sont toujours aussi oniriques et exultants. Ses mots m’ont transportée ailleurs, littéralement. ❤

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« Je me demande si l’étranger est l’altérité absolue, l’autre qui est tellement différent de nous qu’il est impossible de le connaître… »