Sally Rooney – Normal People ****

Points – 2022 – 288 pages

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Normal People c’est deux adolescents qui vont vivre leur premier amour. Marianne, excellente élève, taiseuse et solitaire au lycée ; elle n’adresse la parole à personne, elle est sujet de moqueries auxquelles elle répond avec mépris. Connell est timide, indécis, sur la réserve, il fait partie d’un groupe d’amis populaires.

Le seul lien qui les unit à l’origine, c’est Lorraine, la jeune mère de Connell qui travaille en tant que femme de ménage chez Marianne qui vit dans un manoir, avec une mère distante et acerbe, un frère violent et harceleur, un père disparu dans d’obscures circonstances.

De fil en aiguille, les deux adolescents commencent à sortir ensemble ; mais Marianne est prévenue : cela ne doit pas se savoir au lycée, surtout pas. Très intimes lorsqu’ils sont tous les deux, ils jouent la distance et la froideur au lycée. Quand ils partent pour l’université à Dublin, les choses s’inversent ; Marianne se retrouve entourée d’amis du même milieu social et Connell peine à trouver sa place dans ce monde universitaire singulier.

Le jeu entre eux prend une nouvelle tournure. Impossible pour eux de parvenir à mettre des mots sur la relation qu’ils ont et à laquelle ils tiennent énormément – sans réussir à se l’avouer. Il existe entre eux une alchimie unique et singulière mais les non-dits, les quiproquo parsèment leur histoire.

Normal People est un roman d’une ineffable beauté, ancré dans le réel ; si au début l’écriture m’a un peu déroutée – cinématographique, descriptive, au présent – je me suis vite attachée à Connell et Marianne. Le narrateur omniscient nous offre de successives plongées dans la psyché de chacun, nous les offrant entièrement, intimement, dans leurs moindres failles. Une mise à nue psychologique dénuée de tout manichéisme qui renvoie l’image de leur vulnérabilité, de leur humanité.

Normal People, c’est l’histoire d’un amour qui grandit, de l’adolescence à l’âge adulte, dans toute sa complexité. La construction narrative et l’écriture cinématographique permettent de vraiment se glisser dans la peau des deux protagonistes et de ressentir leurs émotions ; j’ai été émue par certains passages, certaines réflexions qui résonnent avec force. Ce roman est un coup de cœur !

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Firouz Nadji-Ghazvini – Les anges ne reviendront pas ***

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Éditeur : Denoël – Date de parution : 2005 – 117 pages

4ème de couverture : « Téhéran, quelques mois avant la révolution islamique. Un climat de terreur sourde règne sur la ville. Entre les soubresauts de la Savak, la police politique du shah, et les premières exactions des mollahs, chaque jour apporte son lot d’attentats inexpliqués. Quatre étudiants amoureux de Tchekhov expriment leur angoisse et leur nostalgie par la voix de Kamran, le narrateur, hypersensible aux transformations souterraines du Téhéran doré de sa jeunesse… »

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Téhéran, au début de la révolution islamique. Kamran, Niloufar, Mithra et Nader sont quatre étudiants épris de théâtre et de littérature, spectateurs impuissants face à la tragédie qui a lieu sous leurs yeux. Un récit sombre porté par une écriture  lumineuse et poétique. Réalité et rêveries du narrateur s’entrecroisent avec mélancolie.

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« – Pourquoi êtes-vous tous si convaincus de ce goût universel des hommes pour la barbarie ? »

« Il dit que c’est avec l’idée de la vérité que le monde prend vie, que c’est en supprimant tout ce qui la contredit qu’on existe. On parle de crime. Mais c’est avec le crime que le monde naît. Tenter de l’empêcher est vain. »

« Je suis venu sur la plage pour regarder s’échouer les vagues et récupérer le poisson échappé de mes rêves. Je suis là pour écrire une lettre, la déchirer et la confier aux flots. Il paraît que la nature ne se répète jamais. Pourtant, en cet instant, il me semble que tout se répète uniformément. Comme les oiseaux, j’ai envie de crier ma peur du couchant. J’attends l’obscurité et le bleu paisible de la nuit. Je regarde les mouettes tournoyer encore et encore par-dessus les vagues. Je me dis qu’il faut goûter les plaisirs les plus infimes puisqu’il n’y en aura pas d’autres. »