Ahmet Altan – Je ne reverrai plus le monde ***

Actes Sud – 2019 – 224 pages

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Ahmet Altan est romancier, essayiste et journaliste. Le 15 juillet 2016, la Turquie s’enflamme suite à une tentative de putsch et des milliers de personnes descendent dans la rue pour manifester leur colère, à Istanbul et Ankara. Le lendemain, une vague d’arrestations est lancée. Parmi ces arrestations, il y a celle d’Ahmet Altan, 68 ans, qui est condamné à perpétuité ; on l’accuse d’avoir participé à la tentative de coup d’État.

Les textes de cet ouvrage, il les a écrit en prison. Pour survivre à l’enfermement. En prison, on a plus de visage ; le temps n’existe plus – « ce temps reptilien qui [lui broie] les poumons » – il ne reste que l’écriture pour s’évader. Et l’imagination : il n’y a pas d’horloge pour scander le temps qui passe ? Ahmet invente une horloge faite de coupures de journaux. Il marche pour faire égrener le temps, il arpente sa cellule.

« Je suis écrivain. Je ne suis ni là où je suis, ni là où je ne suis pas. Enfermez-moi où vous voulez, je parcours encore le monde avec les ailes de l’imagination. »

Un ouvrage nécessaire et marquant, à la fois témoignage, essai philosophique et oeuvre poétique.

Thierry Falise & Léa Hybre – La Mule et le Sanglier ***

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Massot Editions – mars 2019 121 pages

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La Mule et le Sanglier est un roman graphique qui raconte ces quelques jours de l’été 2018 qui ont fait la Une de la presse dans le monde entier. Tous les médias étaient braqués sur ce petit coin de Thaïlande du Nord, à quelques kilomètres des frontières de la Birmanie et du Laos, dans le village de Ban Pa Muat.

Ce samedi 23 juillet, de violentes pluies orageuses s’abattent sur la région, la mousson semble être étrangement en avance. Madee, la mère de Deem, prépare le dîner de son fils, parti à l’entraînement de foot. Mais il tarde à rentrer. L’heure tourne ; la mère s’inquiète. Avec d’autres parents, ils contactent les autorités et ils finissent par apprendre que les douze gamins qui composent l’équipe de foot se sont rendus après l’entraînement dans la grotte de Tham Luang, l’une des plus longues de Thaïlande.

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Le récit retrace l’avancée des secours et l’écoulement des jours dans la grotte, avec les douze gamins et leur coach, coupés du reste du monde. Comment ont-ils pu survivre quasiment deux semaines cloîtrés dans une petite parcelle de la grotte ? Sans lumière, sans nourriture, sans boisson. Il a fallu supporter l’enfermement et le manque, canaliser l’angoisse. Les remèdes immédiats : la bienveillance, la méditation, le mental… On découvre une équipe courageuse et extrêmement soudée.

Un joli roman graphique, très réussi ; si les dessins ne m’ont pas entièrement conquise, j’ai aimé le choix des couleurs et la fluidité de la narration. On ressent l’oppression et la tension, à leur maximum.

Lecture dans le cadre de La Masse critique Babelio

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Sophie Divry – Trois fois la fin du monde **

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Éditeur : Notabilia – Date de parution : août 2018 – 240 pages

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Joseph Kamal se retrouve en prison après un braquage qui tourne mal ; son frère y trouve la mort. Inculpé pour complicité, il est incarcéré à la prison de F. Exiguïté de la cellule, puanteurs des couloirs, violences quotidiennes… C’est un véritable enfer. Gardes et détenus rivalisent de violences et d’humiliations. L’explosion d’une centrale nucléaire va le libérer de ce cauchemar.

Le jeune homme, transfiguré par la prison, trouve refuge dans une cabane au fond des bois, seul au milieu de l’immensité végétale. En pleine zone contaminée. Après la violence de l’enfermement, Joseph découvre l’intensité de la solitude et trouve réconfort et affection auprès d’un mouton et d’un chat.

Le silence de cette nature dépeuplée, de nouveau rendue à la sauvagerie, dépourvue de toute présence humaine, a quelque chose de fascinant. Ces maisons abandonnées telles quelles. Joseph tente de s’oublier dans la nature et l’accomplissement de ses tâches, jour après jour. Il tente de maintenir à distance l’angoisse. Mais la solitude va peu à peu le submerger, jusqu’à la folie… 

Un roman qui avait tout pour me plaire : une fin du monde, une immersion en pleine nature… Et ce Robinson Crusoé d’un nouveau genre m’intriguait. Mais je n’ai pas accroché plus que cela. J’ai cherché en vain l’émotion et suis restée bien hermétique à la poésie que l’on m’avait tant vantée.