Sophie Adriansen – Hystériques ***

Charleston – juin 2021 – 528 pages

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Qui sont ces femmes qui se font traiter d’hystériques ? Il y a Diane, qui a deux enfants. Dont le premier accouchement fut si traumatisant. Il y a Clémentine, maman d’une petite Agathe, enceinte d’une 2ème fille. Et qui prend de plein fouet le souvenir de sa première grossesse, il y a seize ans. De cet accouchement sous X. Et il y a Noémie, qui n’arrive pas à tomber enceinte ; fait semblant. Puis apprend qu’elle porte non un enfant mais un cancer.

Ces trois femmes sont sœurs. Ces trois femmes ont des parents qui leur ont donné une certaine éducation ; elles ont appris que l’on ne parle pas de certaines choses. Dans leur famille, on ne peut pas parler de tout – beaucoup trop de non-dits, de silences les ont vu grandir.

Un roman profondément féminin et féministe, qui nous plonge dans l’intime de chacune de ces femmes, en proie aux incertitudes de la maternité, de l’enfantement, aux violences obstétricales, aux violences de cette société patriarcale. Je me suis sentie proche de ces femmes souvent vulnérables mais si fortes – comme chaque mère. Un roman sensible et terriblement juste.

Franck Bouysse – Né d’aucune femme ****

Ne-daucune-femme

Le Livre de Poche – août 2020 – 336 pages

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Le père Gabriel a l’habitude des confessions. Dans le petit village où il vit, il connaît la voix de tous ses habitants ; quotidiennement, ils viennent absoudre leur péchés. Mais un jour, la voix d’une femme qu’il ne reconnaît pas se fait entendre derrière la cloison du confessionnal. « Mon père, on va vous demander de bénir le corps d’une femme à l’asile. » Une voix qui hésite à parler. Et qui finit par lui confier le secret des carnets de Rose ; ces carnets cachés sous la robe de ce corps sans vie. Ces carnets qui vont hanter le père jusqu’à sa mort.

Les carnets de Rose s’ouvrent à nos yeux et commence alors un roman à l’atmosphère lourde de mystère, épaisse comme la pois. Qui est Rose, cette femme dont on dit qu’elle a tué son enfant ? D’abord hésitante, la voix entame son récit et imprime immédiatement les esprits. Rose, c’est cette adolescente de quatorze ans, que son père, en proie aux démons de la pauvreté, vend à une famille aussi mauvaise qu’impénétrable.

Né d’aucune femme est un roman qui nous immerge dès les premières pages dans une spirale de noirceur. Au fil des mots de Rose, on s’enlise dans la douleur et l’obscurité, saisis d’effroi par la confession de la jeune fille. C’est noir de chez noir, aucune chance ne semble laissée à l’espoir…

Beauté fulgurante de ce roman – qui nous serre le coeur comme un étau, qui nous le serre jusqu’à le briser. Qui nous maintient en alerte jusqu’au dernier mot. Quelle puissance ! Les mots me manquent pour parler de cette lecture dont on ne sort pas indemne.

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« La seule chose qui me rattache à la vie, c’est de continuer à écrire, ou plutôt à écrier, même si je crois pas que ce mot existe il me convient. Au mois, les mots, eux, ils me laissent pas tomber. Je les respire, les mots-monstres et tous les autres. Ils décident pour moi. Je désire pourtant pas être sauvée. »