Émilie Chazerand – La fourmi rouge ****

Ce document a été créé et certifié chez IGS-CP, Charente (16)

Gallimard Jeunesse – 2019 – 384 pages

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Vania Strudel doit son nom à l’inventivité parentale – à cheval entre un protège-slip et une pâtisserie autrichienne bourrative. À 15 ans, l’adolescente cumule beaucoup… Elle a une paupière qui tombe comme Columbo, une tendance naturelle au ridicule et un père taxidermiste qui n’a pas honte de conduire une « ouafture » toute poilue. Le combo gagnant pour être impopulaire au lycée. Mais la cerise sur le gâteau, c’est quand elle apprend que son meilleur ami, Pierre-Rachid, sort avec sa pire ennemie, Charlotte Kramer, qui la persécute depuis toujours. Son monde s’écroule.

Et puis, la veille de la rentrée, elle reçoit un mail anonyme qui va la secouer. « Certes, nous sommes tous des fourmis, vus de la Lune. Mais tu peux être la rouge parmi les noires. Qu’est-ce que tu attends pour vivre ?! Plus tard c’est maintenant. Demain c’est tout de suite. »

Le roman d’Emilie Chazerand possède une écriture décapante et ironique. Son héroïne passe son temps à se moquer d’elle-même ; elle n’a pas confiance en elle, se trouve laide et nulle et se retrouve dans des situations et dialogues vraiment tordants et absolument savoureux. L’écriture truffée d’expressions toutes plus cocasses les unes que les autres m’a fait me tordre de rire tout au long de ma lecture ; je me suis attachée à Vania, qui utilise souvent le rire pour ne pas s’effondrer. Bien vite, on découvre l’émotion blottie sous le manteau de l’humour.

La Fourmi rouge est un roman drôle et émouvant, au style inimitable. Un vrai bonheur de lecture par les temps moroses qui courent.

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« Je crois pas que l’important soit d’avoir le choix. L’important, c’est ce qu’on fait d’une situation qu’on n’a pas voulue. »

Gary D. Schmidt – Le Majordome et moi ***

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l’école des loisirs – février 2020 – 256 pages

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Il est 7h15 et dehors, un véritable déluge fait rage – une pluie digne d’un orage tropical australien. Pour couronner le tout, c’est le jour de la rentrée scolaire, la voiture est en panne et le père de famille est absent depuis trop longtemps déjà. Annie, Charlie, Emily et Carter ne sont pas en avance ; les cheveux ne sont pas tressés, une chaussette jaune manque à l’appel, maman est au bord de la crise de nerfs, il manque du lait demi-écrémé et Ned vomit partout comme tout bon teckel qui se respecte.

Soudain, on sonne à la porte. Sur le perron, le jeune Carter Jones tombe nez à nez avec… un immense majordome bedonnant, abrité sous un énorme parapluie-antenne parabolique. Il porte un petit chapeau melon comme on en trouve plus et parle d’une étrange façon, employant des mots bien compliqués… 

Le majordome semble tout droit venu d’Angleterre, avec sa voiture immense qui ressemble à une aubergine. Au début, la famille est méfiante ; qui est cet homme qui pousse la politesse et la distinction à l’extrême ? Ne serait-il pas un missionnaire ? Un serial killer ? 

Le majordome va transformer jour après jour le quotidien de cette famille nombreuse amputée d’un père et va, notamment, initier le jeune Carter au cricket, le sport le plus noble et le plus élégant au monde. 

De ce roman jeunesse, j’ai tout aimé ! Un roman qui gagne le pari d’être à la fois léger et poignant ; humour et émotion s’entremêlent habilement, on ne sait plus par instant si l’on doit rire ou pleurer, ou les deux à la fois. Le majordome est un personnage surprenant, attachant. Quant au « Jeune maître Jones », c’est un gamin émouvant et authentique – avec cette bille verte au fond de sa poche et ses souvenirs en Australie avec son père dans les Blue Mountains…

Le Majordome et moi est un quasi coup de cœur. Une fois de plus, la plume de Gary D. Schmidt fait mouche !

~> Pour lire ma chronique sur son précédent roman, c’est par ici !

Hyam Zaytoun – Vigile ****

Vigile

Le Tripode – janvier 2019 – 128 pages

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« C’est une histoire de pulsation. Une certitude physique qui mute en pensée. » Un bruit étrange réveille une femme dans la nuit. C’est comme un curieux ronflement qui s’échappe du corps de son homme, à côté d’elle. Tout son corps est en alerte. « La lumière. Ton visage, tes yeux fixes. Tu n’es plus là. Une secousse encore. » Une fois la lumière baignant la chambre, elle se rend compte que l’homme qu’elle aime, le père de ses deux enfants, est en arrêt cardiaque.

Cinq ans après, Hyam Zaytoun nous retranscrit le récit de cette nuit traumatique et des jours qui suivent, nébuleux ; ce temps en suspension durant lequel son homme côtoie la mort. Comment trouver les mots pour raconter l’impensable ? Comment verbaliser l’attente ? L’espoir qui refuse de s’éteindre ?

L’écriture de la jeune femme est finement ciselée ; avec minimalisme et poésie, elle nous retranscrit les émotions qui la traversent. Les mots disent le dénuement de la perte brutale, l’écroulement d’un monde… mais également le chagrin effroyable qui s’empare d’elle.

Je pleure, dès les premiers mots. J’ai eu tout simplement un coup de foudre pour ce récit d’une beauté incroyable, pour ce texte vibrant d’amour.

Merci à Lilylit pour m’avoir prêté ce livre! ❤

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« Ce sont les mots que je trouve pour te dire que la route ne sera pas douloureuse. Que tu peux être en paix. Que l’on va se débrouiller avec les enfants et que ce n’est pas ta faute. Je veux t’accompagner encore. Des mots d’amour, c’est tout ce que j’ai. »

 

Léa Mazé – Nora ****

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Les éditions de la Gouttière – 2015 – 72 pages

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Été 1975. Nora passe l’été dans la ferme de son oncle, légèrement contre son gré. En pleine campagne, avec cet homme et les animaux pour seule compagnie. Tout autour d’eux, la campagne, écrasée de chaleur. Et un arbre, immense, dans le creux duquel Nora trouve une grande brèche pour s’y réfugier, avec le chat. Dans ses branches, elle grimpe pour espionner la voisine, une vieille dame qui passe ses journées seule sur un banc, toute tassée. Que fait-elle? Qu’attend-t-elle? Nora est intriguée, alors elle mène l’enquête et apprend que Madame Jeanne n’a jamais trouvé l’être aimé

 

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Dès les premières images, je suis sous le charme. Des dessins couleur sépia d’une grande douceur ; Léa Mazé parvient à dégager tellement d’émotions en quelques coups de crayon… Les images épousent à merveille les sentiments qui traversent Nora. La solitude de la campagne est palpable et les contrastes entre ombre et lumière sont saisissants.

Un roman graphique poétique et émouvant, d’une justesse incroyable ; qui nous embarque dans un drôle de monde onirique et décalé. Quand l’enfance et sa candeur rencontrent des questions adultes – amour et perte…

Merci à Antigone pour la découverte ! ❤

Glendon Swarthout – Bénis soient les enfants et les bêtes ***

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Éditeur : Gallmeister – Date de parution : février 2017 – 176 pages

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Le Box Canyon Boys Camps. Situé en plein coeur de l’Arizona, ce camp de vacances pour garçons se targue de transformer les gosses de riches en vrais petits cow-boys. C’est dans ce camp que se rencontrent les six adolescents de ce roman.

Cotton. Les frères Lally. Goodenow. Teft. Schecker.

On les surnommes les Inaptes, les Tarés. Délaissés par leurs parents, ils ne peuvent dormir qu’avec leur poste radio allumés au fond de leurs sacs de couchage ; ils grincent des dents la nuit, pissent encore au lit… Cumulant les phobies, ils ne sont bons qu’à remporter le traditionnel pot de chambre lors des épreuves organisées par les moniteurs du camp.

Une nuit, les adolescents décident de s’enfuir du camp, de tenter l’aventure… mais laquelle ? Ils s’échappent à la suite d’un événement dont ils ont été témoins et qui les hante. Ils volent un pick-up et se retrouvent en pleine nuit à sillonner la montagne et le désert pour accomplir la mission qu’ils se sont assignée. Quel qu’en soit le prix à payer, ils iront jusqu’au bout…

Le récit alterne le présent de la fuite et le passé de chacun des adolescents. Une très belle plume, des personnages attachants… Un roman initiatique aux allures de western, court et incisif, qui manie avec talent l’humour, l’émotion et le suspense.

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« Nous naissons les mains souillées du sanf des bisons. Dans notre préhistoire à tous apparait la presence atavique de la bete. Elle broute les plaines de notre inconscient, elle pietine notre repos, et dans nos reves nous crions notre damnation. Nous savons ce sue nous avons fait, nous qui sommes un peuple violent. »