Delphine de Vigan – Les Gratitudes ***

9782253934288-001-T

Le Livre de Poche – juillet 2020 – 184 pages

*

« Je les vois comme si j’y étais, ces étendues vides, arides, ces chemins dévastés, qui surgissent au milieu de ses phrases quand elle tente de parler. Paysages désolés, privés de lumière, d’une platitude inquiétante, et rien, plus rien à quoi s’accrocher. Perspectives de fin du monde. »

Un roman à deux voix. Celles de Marie et de Jérôme. Qui vont prendre soin, chacun à leur façon, de Michka, une petite mamie qui est atteinte d’aphasie. Elle perd ses mots, ne les trouvent plus, les remplacent par d’autres. Toute seule, elle se met à avoir peur. Alors Marie l’aide à trouver une chambre dans un EHPAD. C’est là que Michka rencontre Jérôme, son orthophoniste.

Michka remplace les mots par d’autres, en invente. Elle devient poétesse sans le vouloir. Ses phrases sont de vraies perles – à la fois drôles et touchantes. Cauchemar devient cocard. Urgence devient émergence. Furieux devient frileux. Enceinte devient en plainte. Tracasse devient fracasse. Les auxiliaires des militaires. Les résidents des résistants. Les mots se métamorphosent et les dialogues avec Michka deviennent délicieusement absurdes.

Les Gratitudes est un roman empreint de poésie et de douceur, qui dévoile peu à peu la réalité des personnages, leurs faiblesses, leurs manques. Un beau roman sur la reconnaissance, sur les mots et leur poids, qui, entre douceur et pudeur, évoque la perte, celle des mots mais aussi celle des êtres qui nous sont chers.

Dominique Paquet – Prête-moi tes ailes ****

6473836927d54d1b0b2095053a7b62e1

Editions Théâtrales – 2019 – 43 pages

*

L’été débute. Un jeune garçon, les yeux remplis de larmes, est assis au bord d’une rivière, solitaire. Une libellule se pose sur son bras et se met à lui parler. Ils se retrouvent ainsi au fil des jours pour discuter, dialoguer. De liberté entravée. De danse. Cette danse que le garçon aime tellement et qu’on lui interdit de pratiquer. Il évoque le chagrin qu’il éprouve. Et il ouvre ainsi son coeur à cette libellule bavarde.

« Libellule. – Et tu ne te sens pas fille aussi quelque fois ?

Lui. – Si. Mais pas à un moment particulier. Et puis tout de suite après, je me sens garçon. Non, ce n’est pas tout à fait vrai… Je me sens vivant. Être humain. Surtout quand je cours dans le vent. Ou à vélo sur une pente. Quand je danse, j’ai la sensation de voler. »

Ensemble ils refont le monde, interrogent le sens de la vie. Le sens de ces conventions sociales qui entravent les humains. Le garçon se surprend à rêver. La libellule devient consolatrice et philosophe.

Prête-moi tes ailes est une très jolie pièce de théâtre sous forme de conte philosophique qui nous délivre un questionnement sur les normes de la société.