Gary D. Schmidt – Jusqu’ici, tout va bien ****

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Éditeur : école des loisirs – Date de parution : octobre 2017 – 365 pages

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Attention : ne vous fiez surtout pas à la couverture que je trouve assez mal choisie, vous passeriez à côté d’un GRAND roman.

Nous sommes en 1968. La guerre du Vietnam fait des ravages et débat ; l’Homme n’a pas encore marché sur la Lune. Doug est un petit adolescent maigrichon, qui idôlatre Joe Pepitone, son joueur préféré de baseball – son idôle inaccessible. Il vient d’arriver à Marysville, une petite bourgade au nord de l’État de New York. Issu d’une famille très modeste, sa vie n’est pas facile tous les jours, entre un père violent, un frère qui passe son temps à le frapper et lui voler ses affaires, et un autre qui est parti au Vietnam. Il pourrait se laisser gagner par l’abattement, mais c’est sans compter les rencontres qu’il va faire…

Celle de Lil Spicer devant la bibliothèque, qui n’ouvre que le samedi. Bibliothèque dans laquelle il découvre un immense livre, contenant des peintures d’oiseaux réalisées par Audubon… Il se retrouve fasciné devant la sterne arctique.

…. Celle de M. Powell, le directeur de la bilbiothèque, qui va révéler jour après jour le talent de Doug pour le dessin. Chaque samedi, l’adolescent se précipite à la bibliothèque ; il découvre peu à peu la disparition des oiseaux ; face à cette collection qui s’éparpille entre les mains des collectionneurs, Doug se fait la promesse de retrouver chaque planche.

…… Celle de Mme Windermere, la dramaturge dans sa robe d’opéra qui fait furieusement crépiter sa machine à écrire lorsque le dieu de la Créativité a replié ses ailes à côté d’elle.

…….. Celle de Jane Eyre.

Doug est un gamin attachant, qui va nous interpeller tout le long du roman. « Vous vous souvenez quand je vous ai dit que, quand tout va assez bien, cela signifie en général qu’un truc nul va arriver ? C’est vrai. Demandez au goéland marin. » J’ai aimé ce gamin, cette voix à la fois naïve et butée, insolente et revancharde – qui parfois m’a fait penser au ton du héros de Salinger, dans L’Attrape-coeur. Ce genre de personnage qu’on ne peut oublier.

Gary D. Schmidt a une écriture tout simplement géniale et nous révèle une intelligence et un génie narratifs. Doug est un personnage qui marque les esprits par son humour, son impertinence, et comme le dit si bien la 4ème de couverture « sa furieuse envie d’en découdre avec la vie ».

Jusqu’ici tout va bien est une lecture qui m’a émue, profondément, et fait rire, énormément – je me suis surprise à glousser à certains passages. Une lecture qui révolte également. Je ne m’étais pas pris d’affection pour un personnage comme ça depuis un moment… Véridique. Ce bouquin, donc chaque chapitre est orné d’un oiseau, est une PEPITE, un concentré d’émotions. Je ne sais pas vous, mais on se sent bien après avoir lu un tel roman.

Coup de  ❤

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« Vous savez, quand on pleure, quelque chose reste dans l’air. Ce n’est pas quelque chose qu’on peut voir, ou humer, ou sentir. Ou dessiner. Mais c’est là. C’est comme le hurlement du goéland marin, qui crie dans l’espace vide et immaculé qui l’entoure. Vous ne pouvez pas l’entendre quand vous regardez ma peinture. Mais cela ne veut pas dire que cela n’existe pas. »

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Raphaële Moussafir – Du vent dans mes mollets ****

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Éditeur : Intervista – Date de parution : 2006 – 111 pages

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Rachel est une petite fille de neuf ans qui dort toute habillée avec son cartable sur le dos et ses affaires de gym. Alors sa mère l’envoie chez une psychologue, Mme Trebla, pour en parler et savoir pourquoi elle fait ça. Chaque chapitre est une nouvelle séance avec Mme Trebla. Rachel y raconte son quotidien : Hortense sa meilleure amie un peu peste, avec laquelle elle discute politique et rigole en appelant au téléphone Madame Courtecuisses ; sa mémé qui dort dans sa chambre ; sa maman qui pleure pour un rien et a tout le temps peur pour elle.

On découvre une voix d’enfant singulière au caractère bien trempé, une voix très mature pour son âge. Rachel n’a pas sa langue dans sa poche, elle a énormément de répartie. Les séances chez Mme Trebla s’égrènent les unes après les autres et on en apprend davantage sur cette enfant follement attachante et drôle.

Ce court roman m’a fait glousser tout comme il a fini par m’émouvoir et me faire monter les larmes aux yeux… A la fois léger et dur, drôle et touchant, il distille une grande justesse à travers la voix de Rachel en abordant un sujet difficile comme la mort. Une voix d’enfant qui m’a marquée et que je ne suis pas prête d’oublier… Un roman que je recommande à tous, adolescents comme adultes.

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« J’ai remarqué que quand on est triste ou qu’il y a une mauvaise nouvelle, la vie autour ne change pas. Comme le jour où mamie est morte, j’étais dehors, il y avait du vent, et quand on m’a dit que mamie était morte, il a quand même continué à y avoir du vent dans mes mollets. Quand on est triste, les objets ne sont pas tristes, ils font comme si de rien n’était, et ça, ça me rend encore plus triste.

Anne-Laure Bondoux – Le Temps des miracles ****

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Éditeur : Bayard jeunesse – Date de parution : 2009 – 254 pages

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Dès les premiers mots, les premières pages, j’ai aimé ce roman. Koumaïl, un enfant qui vient du Caucase, débarque en France à l’âge de douze ans, terré au fond d’un camion, après un sacré périple. Nous remontons le fil de ses souvenirs, et on le retrouve en 1992, alors qu’il habite avec Gloria un l’Immeuble, qui n’abrite que des réfugiés. Dans le secret de leurs chuchotements, Gloria l’appelle Monsieur Blaise. Selon la légende qu’elle lui raconte avant de dormir, elle l’aurait recueilli dans les bras de sa mère mourante, Jeanne Fortune, une Française. Koumaïl s’appellerait donc Blaise Fortune, serait citoyen français et pour cela, il rêve d’aller en France, afin de reconstituer son passé…

J’ai aimé suivre Koumaïl, avec sa voix teintée de naïveté, sa voix d’enfant qui reste chargée d’espoir et de candeur. On ne peut que s’attacher à ce petit bonhomme, réfugié, sans maison, sans attache si ce n’est Gloria Bohème, qui lui raconte des histoires, qui détient même l’histoire de son enfance – le Terrible Accident – et de sa mère. Ensemble ils tentent de ne pas « attraper un désespoir ». Sur leur route, ils rencontrent de belles personnes : Stambek, qui a perdu son intelligence, Fatima qui depuis la mort de son père n’a jamais rouvert les yeux, la belle Nour, mais aussi Boucle d’Oreille… Koumaïl ne se lasse jamais des récits de Gloria sur ses frères partis à la guerre, sur son père, le vieux Vassili, qui possédait le plus beau verger de tout le Caucase.

De Soukhoumi à Souma-Soula, traversant la Russie, la Moldavie, la Roumanie… Koumaïl et Gloria entament un périple fait de rencontres et de pertes, d’abandons ; ils passent leur temps à fuir la milice, obligés d’abandonner leurs compagnons de fortune, portant le deuil à chaque fois.

Un roman criant de vérité, bouleversant, qui m’a émue aux larmes. Cette lecture ne fait que confirmer le talent d’Anne-Laure Bondoux, que j’ai découverte grâce à son roman à quatre mains – avec Jean-Claude Mourlevat – Et je danse aussi. J’ai aimé cette écriture qui fait preuve d’une grande pudeur des sentiments. C’est donc pour moi un joli coup de cœur… ❤

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« C’est comme ça que mon enfance s’est achevée : brusquement, au bord de l’autoroute A4, quand j’ai compris que Gloria avait disparu et que j’allais devoir me débrouiller sans elle dans le pays des droits de l’homme et de Charles Baudelaire. »

« Voilà : j’ai dix ans, le cœur pulvérisé, les pieds en sang, l’estomac creux, et une fois de plus je pars vers l’inconnu avec Gloria et notre barda, sur des routes interminables. Nous sommes désormais des réfugiés sans refuge, et je crois bien que j’ai attrapé un désespoir. »

« Je les écoute, assis par terre, immobile comme un caillou. Cette musique me donne envie de vivre et de mourir en même temps. On dirait qu’elle tire mon coeur hors de ma poitrine, comme un hameçon de canne à pêche. »