Raphaële Moussafir – Du vent dans mes mollets ****

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Éditeur : Intervista – Date de parution : 2006 – 111 pages

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Rachel est une petite fille de neuf ans qui dort toute habillée avec son cartable sur le dos et ses affaires de gym. Alors sa mère l’envoie chez une psychologue, Mme Trebla, pour en parler et savoir pourquoi elle fait ça. Chaque chapitre est une nouvelle séance avec Mme Trebla. Rachel y raconte son quotidien : Hortense sa meilleure amie un peu peste, avec laquelle elle discute politique et rigole en appelant au téléphone Madame Courtecuisses ; sa mémé qui dort dans sa chambre ; sa maman qui pleure pour un rien et a tout le temps peur pour elle.

On découvre une voix d’enfant singulière au caractère bien trempé, une voix très mature pour son âge. Rachel n’a pas sa langue dans sa poche, elle a énormément de répartie. Les séances chez Mme Trebla s’égrènent les unes après les autres et on en apprend davantage sur cette enfant follement attachante et drôle.

Ce court roman m’a fait glousser tout comme il a fini par m’émouvoir et me faire monter les larmes aux yeux… A la fois léger et dur, drôle et touchant, il distille une grande justesse à travers la voix de Rachel en abordant un sujet difficile comme la mort. Une voix d’enfant qui m’a marquée et que je ne suis pas prête d’oublier… Un roman que je recommande à tous, adolescents comme adultes.

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« J’ai remarqué que quand on est triste ou qu’il y a une mauvaise nouvelle, la vie autour ne change pas. Comme le jour où mamie est morte, j’étais dehors, il y avait du vent, et quand on m’a dit que mamie était morte, il a quand même continué à y avoir du vent dans mes mollets. Quand on est triste, les objets ne sont pas tristes, ils font comme si de rien n’était, et ça, ça me rend encore plus triste.

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Anne-Laure Bondoux – Le Temps des miracles ****

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Éditeur : Bayard jeunesse – Date de parution : 2009 – 254 pages

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Dès les premiers mots, les premières pages, j’ai aimé ce roman. Koumaïl, un enfant qui vient du Caucase, débarque en France à l’âge de douze ans, terré au fond d’un camion, après un sacré périple. Nous remontons le fil de ses souvenirs, et on le retrouve en 1992, alors qu’il habite avec Gloria un l’Immeuble, qui n’abrite que des réfugiés. Dans le secret de leurs chuchotements, Gloria l’appelle Monsieur Blaise. Selon la légende qu’elle lui raconte avant de dormir, elle l’aurait recueilli dans les bras de sa mère mourante, Jeanne Fortune, une Française. Koumaïl s’appellerait donc Blaise Fortune, serait citoyen français et pour cela, il rêve d’aller en France, afin de reconstituer son passé…

J’ai aimé suivre Koumaïl, avec sa voix teintée de naïveté, sa voix d’enfant qui reste chargée d’espoir et de candeur. On ne peut que s’attacher à ce petit bonhomme, réfugié, sans maison, sans attache si ce n’est Gloria Bohème, qui lui raconte des histoires, qui détient même l’histoire de son enfance – le Terrible Accident – et de sa mère. Ensemble ils tentent de ne pas « attraper un désespoir ». Sur leur route, ils rencontrent de belles personnes : Stambek, qui a perdu son intelligence, Fatima qui depuis la mort de son père n’a jamais rouvert les yeux, la belle Nour, mais aussi Boucle d’Oreille… Koumaïl ne se lasse jamais des récits de Gloria sur ses frères partis à la guerre, sur son père, le vieux Vassili, qui possédait le plus beau verger de tout le Caucase.

De Soukhoumi à Souma-Soula, traversant la Russie, la Moldavie, la Roumanie… Koumaïl et Gloria entament un périple fait de rencontres et de pertes, d’abandons ; ils passent leur temps à fuir la milice, obligés d’abandonner leurs compagnons de fortune, portant le deuil à chaque fois.

Un roman criant de vérité, bouleversant, qui m’a émue aux larmes. Cette lecture ne fait que confirmer le talent d’Anne-Laure Bondoux, que j’ai découverte grâce à son roman à quatre mains – avec Jean-Claude Mourlevat – Et je danse aussi. J’ai aimé cette écriture qui fait preuve d’une grande pudeur des sentiments. C’est donc pour moi un joli coup de cœur… ❤

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« C’est comme ça que mon enfance s’est achevée : brusquement, au bord de l’autoroute A4, quand j’ai compris que Gloria avait disparu et que j’allais devoir me débrouiller sans elle dans le pays des droits de l’homme et de Charles Baudelaire. »

« Voilà : j’ai dix ans, le cœur pulvérisé, les pieds en sang, l’estomac creux, et une fois de plus je pars vers l’inconnu avec Gloria et notre barda, sur des routes interminables. Nous sommes désormais des réfugiés sans refuge, et je crois bien que j’ai attrapé un désespoir. »

« Je les écoute, assis par terre, immobile comme un caillou. Cette musique me donne envie de vivre et de mourir en même temps. On dirait qu’elle tire mon coeur hors de ma poitrine, comme un hameçon de canne à pêche. »