Charlotte Brontë – Jane Eyre ****

product_9782070446056_195x320

Éditeur : Folio – Date de parution : 2015 [1847] – 832 pages

*

Lire Jane Eyre faisait partie de mes désirs de lecture depuis un moment… Depuis mon engouement pour Les Hauts de Hurlevent en fait. Le roman d’Emily Brontë m’avait littéralement bouleversée. Quant à Jane Eyre, le roman de sa sœur Charlotte, il m’a également conquise, bien au-delà de mes attentes…!

Jane est une petite orpheline de dix ans, qui manque de confiance en elle et possède un caractère solitaire et effacé. Elle est élevée à contre-cœur par une tante odieuse et méprisante dont les enfants s’amusent à la martyriser. L’enfance de Jane est ainsi jalonnée par les critiques acerbes et les méchancetés, les coups bas et la vilenie.

Acquérant la réputation d’enfant rebelle, Jane est envoyée en pensionnat à Lowood – à son plus grand soulagement, s’y plaisant malgré l’austérité et la pauvreté, découvrant le goût d’apprendre et façonnant ses premières amitiés – notamment avec la douce Helen Burns. Huit ans plus tard, désirant changer de vie, Jane devient la gouvernante d’une fillette à Thornfield Hall ; elle y rencontre Mr Rochester, un homme sombre et énigmatique dont dont elle va tomber follement amoureuse… Sans se douter une seule seconde de ce que cache son passé – et son grenier.

Comme j’ai aimé ce personnage féminin et déjà féministe ! J’ai aimé sa retenue comme sa passion, sa générosité et son intelligence. Jane ne se compromet jamais, ni enfant, ni adulte, ni par amour, ni par haine. Une femme inoubliable, animée par une insatiable soif de vivre.

Un roman fougueux, qui m’a émue aux larmes, qui m’a fasciné et qui m’a fait frissonner – ce rire démoniaque qui résonne au cœur de la nuit, ces fantômes du passé… Un GRAND roman, que je classe dans mon petit panthéon personnel, aux côtés de Don Quichotte et du Portrait de Dorian Gray, notamment…

****

« Personne ne sait combien de rébellions fermentent dans ces masses de vie qui peuplent la terre. On suppose généralement que les femmes sont très calmes, mais les femmes ont des sentiments tout comme les hommes ; elles éprouvent le besoin d’exercer leurs facultés, le besoin de disposer d’un champ d’action où appliquer leurs efforts tout autant que leurs frères ; elles souffrent des contraintes trop rigides, d’une stagnation trop absolue, exactement comme souffriraient les hommes, et c’est étroitesse d’esprit chez leurs semblables jouissant de privilèges de dire qu’elles devraient se limiter à confectionner des desserts ou à tricoter des bas, à jouer du piano et à broder des réticules. il est insensé de les condamner ou de les moquer si elles cherchent à en faire plus ou à en savoir plus que ce que la coutume a décrété nécessaire à leur sexe. »

« Jusqu’au point du jour, je fus ballottée sur une mer aérienne mais tourmentée, où les lames de désarroi se soulevaient sous une houle de joie. (…) La raison résistait au délire, le jugement mettait en garde la passion. »

Oscar Wilde – Le Portrait de Dorian Gray ****

dorian gray

 

Éditeur : Le Livre de Poche – Date de parution : 2001 [1890] – 277 pages

*

Dorian Gray est un jeune homme qui possède une beauté hors du commun. Le peintre Basil Hallward en est littéralement tombé sous le charme. Depuis qu’il l’a rencontré, il semble lui vouer un véritable culte. Un jour qu’il est en train de le peindre, son ami Lord Henry débarque et fait la connaissance de Dorian Gray. Il éveille son intérêt en lui parlant de la jeunesse et de la beauté qui s’enfuient trop vite. Les paroles à l’influence machiavélique de Lord Henry remuent quelque chose aux tréfonds de son âme. Ces paroles éveillent en lui une insatiable curiosité de la vie, elles l’ont ensorcelé, ouvrant la boîte de Pandore de son âme. Après cette rencontre, Dorian Gray ne sera plus jamais le même…

Le tableau que peint Hallward lors de cette rencontre va également avoir un impact sur le jeune homme, tout juste sorti de l’adolescence. En voyant son tableau, Dorian Gray aura ces paroles, si célèbres et frappantes, ce vœux fou et démesuré : « Comme c’est triste ! Je deviendrai vieux, horrible, hideux. Mais le portrait restera toujours jeune. Il ne sera jamais plus vieux qu’il ne l’est en ce jour de juin… Si seulement c’était le contraire ! Si c’était moi qui restais toujours jeune et que ce fût le portrait qui vieillît ! Pour cela… Pour cela je donnerais n’importe quoi. Oui, il n’y a rien au monde que je ne donnerais : Je donnerais mon âme pour cela ! »

Le tableau provoque en lui une révélation éblouissante ; il se reconnaît et tombe littéralement amoureux de son image, de la jeunesse flamboyante que lui renvoie le tableau. Encore sous l’effet des paroles de Lord Henry, il devient comme fou devant ce tableau. Il dira d’ailleurs qu’il est une part de lui-même.

Une nuit, après avoir fait preuve d’une cruauté sans précédent avec sa fiancée, Dorian Gray constate avec effroi que le tableau a changé. Des rides de cruautés sont apparues sur le visage, son expression a indubitablement changé. En fait, son moi peint s’enlaidit à chaque péché. Le tableau est comme un miroir qui lui renvoie sa propre cruauté au visage… Qui lui fait prendre conscience de ses actes. Les signes du péché y côtoient les signes de l’âge. Le tableau est le reflet de son âme. Son vœux a été diaboliquement exaucé. Pour que personne ne puisse découvrir la vérité, il cache la tableau dans une pièce fermée à clé.

Ce livre est génial, au sens littéral : il y a du génie dans l’écriture d’Oscar Wilde et je me suis délectée de ses aphorismes que j’ai retrouvés page après page. C’est un roman impressionnant, dans lequel l’auteur explore les sentiments humains avec ironie et justesse, sur un ton parfois délicieusement impertinent.

Le personnage de Dorian Gray a beau être détestable, il n’en demeure pas moins fascinant. On ressent de l’aversion pour cet homme. C’est un être faible, impulsif et sa transformation tout au long du roman est stupéfiante. Les années passent et il s’adonne au plaisirs des sens, aux passions, gardant en tête les paroles de Lord Henry : « Guérir l’âme au moyen des sens, les sens au moyen de l’âme ». Il a soif de découvertes, il veut tout savoir, tout tester, tout apprendre. Mais il se lasse bien vite de tout. Cette multiplication des passions et des possessions, cette vie opulente le jour, s’accompagne d’une part obscure la nuit, lorsqu’il descend sur les quais…

Le Portrait de Dorian Gray est un livre incroyable, à la fois fascinant et horrifiant. Par moment, j’ai vraiment été saisie d’effroi et j’avais du mal à quitter ma lecture tellement j’étais emportée par l’écriture. C’est un classique incontournable, et un coup de cœur pour moi ! ❤

***

« Les mots ! Rien que des mots ! Mais qu’ils étaient donc redoutables ! Qu’ils étaient clairs, vifs et cruels ! On ne pouvait leur échapper. Et pourtant ils contenaient une magie subtile. »

« Le vrai mystère du monde, c’est le visible et non l’invisible… »

« La vie réelle n’est que chaos, mais il y a, dans l’imagination, quelque chose de terriblement logique. C’est l’imagination qui met le remords aux trousses du péché. »

« Tu peux t’imaginer que tu es en sécurité et croire que tu es fort. Mais le hasard d’une nuance de couleur dans une pièce, un ciel matinal, un certain parfum que tu as aimé jadis et qui t’apporte de subtils souvenirs, un vers d’un poème oublié que tu retrouves, une mesure tirée d’une musique que tu avais cessé de jouer… crois moi, Dorian, c’est de ce genre de choses que nos vies dépendent. »

*

Livre lu dans le cadre du Challenge des 100 livres !

6 / 71

Les 100 livres