Chroniques oubliées #6

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Cela faisait un moment que je n’avais pas eu recourt aux Chroniques oubliées pour compulser ces lectures pour lesquelles j’ai du mal écrire une chronique entière mais que je tiens quand même à vous présenter. Au programme aujourd’hui, un roman de Laurent Gaudé au sujet poignant, un polar technologique et un roman graphique addictif.

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9fc4213c8b3414aa57bce58b5b319765Le commandant Salvatore Piracci sillonne les mers à bord du Zeffiro. Au large de l’île de Lampedusa, cela fait vingt ans qu’il est chargé de rechercher les clandestins, les sauvant parfois de la noyade. Parmi ces rescapés, une jeune femme éreintée par la vie, rouée de coups par le sort – « c’était de la visage de la vie humaine battue par le malheur. » Deux ans plus tard, elle retrouve le commandant. La jeune femme lui confie son histoire et a une demande particulière à lui faire… il n’y a que la vengeance qui la maintient en vie. Eldorado met en lumière ces êtres en fuite, qui quittent leur vie, leur patrie, leurs familles pour survivre, pour espérer un destin meilleur. Un roman poignant ; on se laisse emporter et saisir par l’émotion contenue dans la plume de l’auteur. « Ces silhouettes qui n’ont ni nom ni histoire, dont personne ne sait rien – ni d’où elles viennent ni ce qui les anime. »

 

 

 

 

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Depuis que son meilleur ami Arnaud est entré à l’Institut Alice, une nouvelle école pour surdoués, Sam n’a plus aucune nouvelle de lui. C’est pourtant curieux, ils sont inséparables. Afin de percer le mystère qui pèse sur le silence de son ami, l’adolescente, également surdouée, décide de passer le test d’admission à son tour… Un roman ingénieux et addictif, rondement mené. Un polar technologique qui s’inspire de l’univers de Lewis Carroll qui m’a beaucoup plu et que j’ai dévoré.

Editions du Rocher – 2019 – 168 pages

 

 

 

 

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81W4eKeScwLLa vie d’Anya lui semble cauchemardesque ; son petit frère enterre ses bijoux, sa mère cuisine trop gras, et elle est complexée par ses rondeurs et son accent russe. Au lycée, elle a du mal à s’intégrer. Un matin, l’adolescente loupe volontairement le bus et en pénétrant dans une forêt, elle tombe dans un puits. Elle y passe plusieurs heures aux côtés d’un squelette… et le fantôme à qui il appartient ne tarde pas à se manifester. Il s’agit d’Emily, une adolescente tombée dans ce même puits quelques décennies auparavant. Emily va l’aider à sortir du trou puis la suivre et vite se rendre indispensable à Anya. Elle devient sa meilleure amie, sa confidente. Mais le fantôme ne lui cacherait-il pas quelque chose ? Anya peut-elle lui faire confiance ? Une BD qui se déguste avec frénésie et moult frissons. Les dessins en noir et blanc installent une ambiance singulière, feutrée. L’intrigue est bien ficelée. Un vrai plaisir de lecture !

Editions Rue de Sèvres – 2019 – 221 pages

Pascal Manoukian – Les échoués ***

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Éditeur : Don Quichotte – Date de parution : août 2015 – 297 pages

4ème de couverture : « 1992. Lampedusa est encore une petite île tranquille et aucun mur de barbelés ne court le long des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla. Virgil, le Moldave, Chanchal, le Bangladais, et Assan, le Somalien, sont des pionniers. Bientôt, des millions de désespérés prendront d’assaut les routes qu’ils sont en train d’ouvrir.
Arrivés en France, vivants mais endettés et sans papiers, les trois clandestins vont tout partager, les marchands de sommeil et les négriers, les drames et les petits bonheurs. »

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Ce premier roman de Pascal Manoukian, nous raconte le destin de trois clandestins, au début des années 90. Trois hommes qui ont fui un pays de malheur pour chercher un monde meilleur, plus au Nord, plus à l’Ouest. Trois hommes qui ont échoué en France, en espérant y trouver une vie meilleure. Ils sont Moldave, Bangladais, Somalien. Ils s’appellent Virgil, Chanchal, Assan.

La voix d’un narrateur omniprésent et omnipotent nous raconte leur traversée, leur périple pour atteindre la terre promise et surmonter les obstacles. « Comment témoigner de ces neuf mois de route, de ces blessures à jamais ouvertes, des humiliations, de ce monde empreint de lâcheté, de violence, du manque d’humanité, de cette négation de la vie… »

S’ils font face à l’inhumanité la plus totale durant leur périple, sous le joug de la barbarie, frôlant la mort, ils font également de belles rencontres, lumineuses, qui les changeront à jamais.

Une écriture sobre, qui met à distance la douleur des personnages, leur calvaire, leurs souffrances. Une écriture dénuée de tout pathos et qui n’est jamais larmoyante.

Un roman très fort et touchant, un de ceux dont on ne sort pas indemne, les oreilles bourdonnantes et les pensées en émoi. Virgil, Chanchal et Assan, personnages très attachants, ne s’estomperont pas de sitôt de ma mémoire… L’auteur trouve les mots justes et porte un regard terriblement intelligent et lucide sur l’état du monde à l’aube du XXIème siècle. 

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« Aujourd’hui encore, il ne trouve aucun mot dans aucune langue, aucun dictionnaire, pour décrire ce que furent ces dix-huit jours de traversée, ces deux cent quatre-vingt-seize kilomètres qui séparent l’Afrique sans espoir de l’Europe de toutes les attentes. »

« En voulant mettre si peu de barrières à l’islam, Assan pensait qu’on prenait le risque de laisser les fous et les barbares parler en son nom. En Afghanistan, en Somalie, ils décapitaient et lapidaient déjà, invoquant une religion que lui ne reconnaissait plus. Partout, ces attardés réclamaient le sang au nom du saint Coran, s’essuyant les pieds sur la foi de millions de musulmans comme lui, les désignant du doigt aux frontières, aux aéroports, aux entretiens d’embauche. »

Livre lu dans le cadre du Challenge 1% Rentrée Littéraire!

4/6

challenge rl jeunesse