Constance Joly – Le matin est un tigre ***

9782290210192

J’ai Lu – janvier 2020 – 160 pages

*

« Le matin est un tigre qui rampe doucement, en attendant de vous sauter à la gorge. »

Depuis quelques temps, Alma a la désagréable impression que sa vie lui échappe, lui file insidieusement entre les doigts. Depuis six mois, sa fille Billie va mal. Depuis le jour de ses quatorze ans, elle tousse, maigrit et se plaint de douleurs au thorax, « comme si une plante vénéneuse poussait dans sa poitrine. » Son instinct de mère le lui souffle, sa fille a un chardon dans le corps, elle en est certaine.

Depuis que le chardon s’est emparée de sa fille, Alma n’a plus de désir ; son corps est une une carcasse vide. Elle ploie sous le poids des problèmes qui prennent la forme de valises plus ou moins lourdes et encombrantes. Bouquiniste sur les quais de Seine et mélancolique de nature, Alma trouve refuge dans la rêverie pour s’extraire du réel, l’annihiler. Les passants ont des visages d’enfants et le bruit de la ville se transforme en brise marine.

D’entrée de jeu, j’ai été saisie par la beauté de l’écriture, métaphorique et très imagée. Constance Joly utilise une plume poétique et brute qui rend l’émotion palpable. Je n’ai pas résisté à ce surréaliste roman d’apprentissage maternel et l’ai dévoré le temps d’une journée… J’ai tout aimé de ce roman porteur d’espoir que je relirai à l’occasion…

***

« Les mots sont de pauvres choses, se dit-elle. Ils sont pratiques et incomplets, incapables d’exprimer la complexité de nos vies, la subtilité de ses nuances. Il faudrait les décrasser, les lessiver, les essorer pour leur faire dégorger un sens nouveau. »