Sylvie Lausberg – Madame S **

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Slatkine & Cie – octobre 2019 – 240 pages

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Madame S, c’est Marguerite Japy, alias Marguerite Steinheil. Alias la jeune femme qui s’échappe par l’escalier de secours alors que le président de la République, Félix Faure, est en train d’agoniser. C’est cette jeune femme que l’on traitera de tous les noms et que l’on accusera de tous les maux dans la presse à scandale de l’époque.

Sylvie Lausberg est historienne et fait depuis des années des recherches sur Marguerite Steinheil, cette femme qui va se retrouver au cœur d’une effroyable machination politique. Cette femme qui l’intrigue et la questionne. Dans ce livre au contenu assez dense, elle nous livre le fruit de ses recherches et réalise une biographie, entre histoire intime et histoire avec un grand H – celle de la fin du XIXème-début du XXème.

Il y a l’enfance ; un père trop aimant, qui voue une adoration sans limite à sa fille, qui la surprotège au point de lui refuser le mariage avec l’homme qu’elle aime. Elle se retrouve mariée de force à un peintre vieillissant, Adolphe Steinheil. A Paris, elle tient salon, multipliant et entretenant des liens avec des hommes qui ont de plus en plus de pouvoir. Jusqu’à sa rencontre avec Félix Faure, au moment où la France est divisée par l’affaire Dreyfus. L’historienne s’attache à nous démontrer que la présence de Marguerite « aux côtés de Félix Faure prend un autre relief que le rôle que lui a dévolu l’histoire, celui d’une cocotte. »

Un livre éminemment féministe, qui décortique l’histoire d’une figure féminine finalement assez méconnue et incomprise. Un travail de recherche colossal et une enquête qui fourmille de détails – trop peut-être. Certains passages sont franchement indigestes et traînent en longueur. Quant à l’écriture, je l’ai trouvée froide, elle n’a pas réussi à m’émouvoirMadame S n’en demeure pas moins une de ces lectures qui deviennent nécessité.

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« Dès qu’il s’agit de femmes, on s’en prend à leur sexe, à leur sexualité, pour les salir, comme si elles étaient les seules à en jouir. »

Catel – Le Roman des Goscinny. Naissance d’un Gaulois ****

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Grasset – 28 août 2019 – 344 pages

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Catel est une artiste qui privilégie la mise en lumière d’héroïnes, de grandes femmes qui ont marqué l’Histoire, à leur façon : Olympe de Gouges, Joséphine Baker, Kiki de Montparnasse… Alors, lorsque Anne Goscinny lui propose de dessiner la vie de son père, elle refuse dans un premier temps.

Puis Catel rappelle un peu plus tard Anne pour lui demander de lui parler de son père. Car cette BD, c’est avant tout une histoire d’amitié qui naît entre les deux femmes. L’héroïne de son roman graphique, ce sera Anne. Elle sera la voix par laquelle se dessinera le personnage de René Goscinny.

Le Roman des Goscinny est un roman graphique fascinant ; on découvre le petit René qui, depuis sa naissance, fait rire tout le monde. « L’humour est une maladie que j’ai attrapée enfant et qui ne m’a jamais quitté! ». Encore enfant, il tombe amoureux de Stan et Ollie, de Disney, des Pieds Nickelés. Le dessin devient pour lui le meilleur moyen de déployer son humour et de s’exprimer en racontant des histoires. René commence par le dessin avant de se spécialiser dans l’écriture de scénario et de faire les rencontres qui donnèrent naissance à Astérix et Obélix (Uderzo), Lucky Luke (Morris) mais aussi le Petit Nicolas (Sempé)…

Cette lecture m’en apprend davantage sur une partie de l’histoire de la bande dessinée et sur le combat des dessinateurs à l’époque de Sempé, Uderzo et compagnie pour la reconnaissance de leur art. Elle me permet également de découvrir plus intimement l’homme que fut Goscinny ; sa naissance à Paris en 1926, son enfance à Buenos Aires, la déportation d’une partie de sa famille, ses aventures américaines et ses déboires à New York. Un récit à l’image du scénariste : pétri d’humour.

Catel raconte avec talent la vie de ce scénariste qui a marqué en profondeur l’histoire de la bande dessinée. Au fil de son récit, elle parvient à insérer les vrais dessins et croquis de René issus des archives. Son trait de crayon m’a touchée, ses dessins sont fluides et réalistes. Les chapitres alternent, en donnant la parole tantôt au père – grâce aux archives familiales et aux lettres – tantôt à la fille, qui raconte son père et son enfance – il est mort quand elle avait neuf ans. Le récit d’Anne se construit au fil des discussions avec Catel. Voici un roman graphique et biographique savoureux, minutieusement construit et documenté, empreint d’humour : une jolie pépite de la rentrée littéraire, à découvrir sans attendre !

Guy Boley – Quand Dieu boxait en amateur ****

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Éditeur : Grasset – 29 août 2018 – 192 pages

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Besançon. Le père de Guy Boley y est né, dans un quartier périphérique, loin des
Notaires et des godasses, près d’un no man’s land de locomotives. Ce quartier, il ne l’a jamais quitté ; il y est mort.

Guy Boley écrit sur cet homme qui l’a tant marqué ; il nous raconte ce père aimé et admiré ; ce père qui fut champion de boxe, acteur, chanteur, acrobate et forgeron. Enfant, il craignait que son père ne souffre trop sur scène lorsqu’il interprétait Jésus crucifié. A l’époque, son père c’est Dieu. Et il y croit dur comme fer. « Roi sur un ring, Jésus sur scène, Zeus dans la forge, il était monté bien trop haut pour se permettre de descendre comme un simple mortel… »

Au début des années 90, il fait un AVC, devenant hémiplégique et perdant l’usage de la parole. Après sa mort, Guy fait la découverte d’un petit carnet – remplis de chansons, poèmes, mots farfelus. Le fils décide de raconter le père, ce héros – son héros. « Il me faut désormais le recoudre, ce passé déchiré, assembler pièce par pièce le manteau d’Arlequin… »

L’écriture de Guy Boley fait mouchevirtuose, elle mêle poésie, humour et émotion brute. L’écrivain sublime la figure paternelle par la fiction.

Il ne m’a suffit que de quelques mots pour être embarquée dans ce roman biographique. Les personnages ont pris vie sous mes yeux presque instantanément, grâce à une langue poétique et imagéeFils du feu m’avait bluffée ; la magie opère à nouveau avec ce nouvel opus… Un gros coup de cœur et un incontournable de cette rentrée littéraire ! ❤ ❤ ❤

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« Quand on se façonne un destin sur l’enclume ou sur le ring, forgeron ou boxeur, qu’importent les matériaux : ferraille ou chair humaine c’est du pareil au même. »

Marie Darrieussecq – Être ici est une splendeur. Vie de Paula M. Becker ***

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Éditeur : P.O.L – Date de parution : mars 2016 – 151 pages

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Paula Modersohn-Becker, née le 8 février 1876 à Dresde et morte le 21 novembre 1907 à Worpswede, est une artiste peintre allemande, et l’une des représentantes les plus précoces du mouvement expressionniste en Allemagne. Elle s’engage dans des études de peinture et rejoint les artistes indépendants réunis dans le village de Worpswede, non loin de Brême, qui prônent un retour à la nature et aux valeurs simples de la paysannerie. Paula y fait la connaissance de Rilke, qui sera son grand ami éperdument amoureux d’elle, sans jamais l’avouer, et elle finit par épouser le peintre Otto Modersohn.

Le manque d’audace des peintres worpswediens la pousse à s’ouvrir aux inspirations extérieures et à effectuer des séjours répétés à Paris, auprès de l’avant-garde artistique. Paula a vécu ainsi entre son petit village de Worpswede et le Paris artistique du début du XXe siècle qui la fascine, délaissant un mari qui ne semble pas la comprendre, qui ne comprend pas sa façon de peindre, de voir le monde. Paula semblait avoir un don pour voir des choses en chacun, invisibles aux yeux de tous.

Marie Darrieussecq revient à Worpswede en 2014 ; elle tente de capter l’atmosphère de l’époque, ce qu’a pu voir et ressentir Paula : « Worpswede, été 2014. Il y a un tel battement de nuages et de soleil que la terre est troublée comme un lac. Le paysage est rayé de canaux, de reflets. J’essaie de voir ce qu’a vu Paula. »

Une biographie sensible et poétique que j’ai pris beaucoup de plaisir à lire et qui m’a fait découvrir une artiste peintre que jusqu’alors je ne connaissais pas… Cette biographie m’a également permis de découvrir enfin la plume de Marie Darrieussecq dont j’avais beaucoup entendu parler sans jamais avoir sauté le pas.

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« Et par toutes ces brèches j’écris à mon tour cette histoire, qui n’est pas la vie vécue de Paula M. Becker mais ce que j’en perçois, un siècle après, une trace. »

« Ils se sont vus pour la dernière fois le 27 juillet 1906, à dîner chez Jouven. Ils ne le savent pas – si jeune, on ne sait pas que c’est la dernière fois, et quand le survivant se retourne sur les phrases, leur sens déborde sur le néant. »