Rachel Corenblit – Un peu plus près des étoiles ***

Bayard Jeunesse – 2019 – 248 pages

*

L’adolescent qui prend la parole dans ce roman en a marre. Son père, médecin généraliste, change de poste tellement souvent qu’ils sont obligés de déménager à chaque fois. Ils bougent de ville en ville, parfois le gamin ne peut même pas terminer une année scolaire dans le même établissement. De tous ces déménagements, il n’en peut plus.

Pour cet énième déménagement, Rémi et son père se retrouvent logés dans un centre de repos pour les grands brûlés, les accidentés, les amputés, ceux qui viennent de subir une chirurgie réparatrice.

Rémi est un ado solitaire, qui trouve du réconfort en écoutant des cassettes de chansons des années 80 avec le vieux walkman que lui a donné sa grand-mère. Ces cassettes ont été enregistrées par sa mère, qui était ado à l’époque. Sa mère, dont l’absence est devenue une habitude dont il s’est accommodée.

Dans ce centre de repos, il fait la connaissance d’un groupe d’enfants et adolescents défigurés. Petit à petit, une amitié hors du commun va se nouer entre Rémi et ces gueules cassées. Il y a Sara, cynique à souhait, avec ses grands yeux bleus au milieu d’un visage dévasté ; Adonis, l’éternel gentil…

Un peu plus près des étoiles est un roman poétique, sans pathos. Si on début, je commence ce roman sur mes gardes, un peu dubitative, je suis vite rattrapée par l’émotion ; elle est brute, elle monte crescendo. Quant à l’écriture de Rachel Corenblit, que je découvre, elle est saisissante. Chaque chapitre porte le titre d’une chanson. Un roman musical sur la folie et la différence, la beauté et la laideur, qui prend aux tripes.

Publicité

Agnès Desarthe – La plus belle fille du monde ***

couvdesarthelaplusbellefille

école des loisirs – 2009 – 162 pages

*

Sandra a 14 ans et une petite bande de potes qu’elle connaît depuis l’enfance – Allison, Fleur et Mon Commandant. D’ailleurs, l’enfance la questionne beaucoup : quand est ce que ça s’arrête ? Comment sait-on qu’elle est finie et qu’on est devenu adulte ?

Le jour où une nouvelle élève, Liouba Gogol, débarque dans leur salle de classe, Sandra se rend compte amèrement que plus rien ne sera jamais comme avant. En effet, Liouba est la plus belle fille du monde…

« Qui avait décidé qu’un nez globuleux et une petite bouche pincée rendent moche? Naissions nous avec, encodée dans notre cerveau, l’image de l’humain idéal? Était-ce quelque chose que l’on construisait en grandissant? »

Un joli roman à la fois déluré et réaliste, qui aborde une variété de thèmes à travers les questionnements d’une héroïne attachante et vraie ; l’amitié, l’enfance, la beauté et la laideur… Bien sûr, ce qui fait avant tout la saveur de ce roman, c’est l’humour d’Agnès Desarthe ! Une valeur sûre.

David Foenkinos – Vers la beauté **

arton27474-cfb36

Éditeur : Gallimard – Date de parution : mars 2018 – 224 pages

*

Antoine Duris quitte du jour au lendemain son poste de maître de conférence à l’Ecole nationale supérieure des beaux arts de Lyon. Pour devenir… gardien de salle au musée d’Orsay. Pour quelles obscures raisons ? Il argue vouloir être assis dans une salle au milieu des tableaux, travailler au milieu de la Beauté.

Antoine est pourtant un enseignant émérite et respecté qui bénéficie d’une certaine renommée. Alors pourquoi tout quitter ? Pourquoi quitter Lyon pour Paris tout en s’assurant que personne ne puisse le retrouver ?

Mot après mot, le lecteur finit par découvrir que le destin d’Antoine est étroitement lié à celui de Camille, une toute jeune étudiante en art qui cache un sombre passé.

Ce nouveau roman de David Foenkinos m’a laissée quelque peu dubitative ; c’est un récit sombre et tragique. Où la beauté des œuvres contraste avec la monstruosité humaine. En filigrane se pose cette question : la beauté – autrement dit l’art – est-elle capable de sauver une âme ? De redonner sens à une vie ? Vers la beauté est un roman énigmatique, qui oscille entre ombres et lumières. J’ai été secouée et certains passages sont poignants, mais je ne suis pas parvenue à adhérer totalement à l’intrigue, à y croire tout à fait.

Antoni Casas Ros – Le Théorème d’Almodovar **

 –41m8kb1jsl-_sx303_bo1204203200_

Éditeur : Folio – Date de parution : mai 2009 – 156 pages

*

Antoni a le visage défiguré à la suite d’un grave accident de voiture, dans lequel sa petite amie a trouvé la mort, il y a une dizaine d’années. Depuis, l’écrivain vit seul, reclus chez lui, ne sortant que très rarement, fuyant le regard des autres, autant que son propre regard dans la glace. Peu à peu, il se met à rêver qu’Almodovar adapterait son accident en film ; il se projette alors dans ce rêve éveillé qui semble, de façon étrange, le tenir en vie.

Un roman très particulier, qui mêle souvenirs, fantasmes et rêves éveillés. En fin de compte, on ne sait plus vraiment où se situe la frontière entre la réalité et le fantasme. L’écriture s’égare et nous égare entre réflexions sur l’amour, la vie, la mort aussi, et les événements de plus en plus farfelus qui surviennent dans la vie fantasmée de Antoni. J’avoue avoir été charmée par les premières lignes, puis au fil du texte je me suis perdue, j’ai complètement décroché de cette lecture qui était pourtant prometteuse.

« On peut marcher sur les mains. Être amoureux de quelqu’un qui vous ignore. Aimer un fasciste. Il y avait une telle syntonie entre ma mère et moi que les différences n’étaient que les franges d’un noyau passionné. »

« Que reste-t-il de nos amours ? Ces traces de visages décomposés en moments extatiques ou douloureux. Des fragments, des collages. »