Frankenstein à Bagdad ***

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Le Livre de Poche – 2017 – 448 pages

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Bagdad, printemps 2005. Dans le quartier de Batawin, Hadi le chiffonnier récupère des fragments de corps abandonnés sur les lieux de différents attentats pour les coudre ensemble et reconstituer un corps… Corps qui va disparaître quelques jours plus tard.

Il raconte ensuite que la mystérieuse créature qu’il a fabriquée – et qu’il nomme « Trucmuche » – a pris vie et qu’elle écume les rues pour venger les victimes dont elle est constituée. Sa réputation d’affabulateur n’étant plus à faire, personne ne le croit au début… Jusqu’à ce que le journaliste Mahmoud se penche sur l’affaire.

C’est aussi l’histoire d’Elishua, Oum Daniel, qui pleure toujours son fils disparu il y a des années, jamais revenu d’une guerre. C’est l’histoire également de ce gardien renversé par une voiture piégée, dont l’âme se balade sans corps

Un synopsis séduisant et prometteur qui tient ses promesses.

A la fois conte réaliste et fantasmagorique, ce roman terriblement prenant nous remue et nous émeut ; cette lecture aux multiples visages m’a fascinée. Le Trucmuche est une figure symbolique très forte ; à la fois victime et bourreau, ce Frankenstein irakien, aussi nommé le « Sans-Nom », symbolise un pays, entre crises et contradictions. « Je vengerai les innocents qui n’ont d’autres secours que les frémissements de leur âme qui en appelle à refouler la mort et à l’entraver. »

Julien Dufresne-Lamy – Boom ***

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Actes Sud Junior – avril 2018 – 112 pages

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Timothée et Étienne – deux amis inséparables depuis leur rencontre au cours de danse africaine de leurs mères. Une amitié de trois ans qui se trouve fauchée par un fou de Dieu sur le pont de Westminster, à Londres.

Dans ce monologue, Étienne s’adresse à Tim, son ami disparu. L’adolescent égrène les souvenirs de leur rencontre, leurs années lycée, leurs beuveries, leurs soirées, leurs fous rires, leurs (rares) disputes… Jusqu’à ce voyage scolaire qu’ils n’auraient jamais dû faire.

La voix d’Etienne, vibrante d’émotion, conjugue les verbes tantôt à l’imparfait, tantôt au présent ; signe que la disparition de Timothée est une réalité inacceptable et absurde. Au fur et a mesure des mots et des souvenirs accumulés sur la page, le personnage de Timothée prend forme et couleur, épaisseur et vie et l’émotion nous étreint.

Zeruya Shalev – Douleur ***

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Éditeur : Folio – Date de parution : septembre 2018 – 464 pages

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« Tu te souviens quel jour on est, aujourd’hui? » … Ce matin, avant de partir travailler, il suffit d’une seule question de son mari Micky pour qu’Iris se souvienne de la douleur. Que la douleur enflamme à nouveau son corps au souvenir de ce jour infernal. Ce jour où un bus explosa à côté d’elle. Ce jour où des corps volèrent en éclat et des vies se brisèrent, dans une gerbe de flammes. Dix ans plus tard jour pour jour, la douleur est toujours vive. Bassin fracturé – vie brisée. Iris a mal comme si l’accident venait de se produire.

Lorsqu’elle se rend à l’hôpital pour passer des examens, elle tombe sur son amour de jeunesse, devenu médecin de la douleur. Amour premier et fatal – amour dont elle ne s’est jamais remise, restant alitée des semaines entières, sans boire ni manger, ne désirant que mourir. Cette directrice d’école très réputée se met à revivre son adolescence à l’âge de quarante-cinq ans. La vacuité de sa vie pendant ces trente années sans lui semble lui sauter aux yeux. C’est l’amour de sa vie. Elle enregistre son numéro de portable sous le nom de Douleur

L’insouciance de ses quinze ans s’empare d’elle sans crier gare ; c’est sans compter le comportement de plus en plus inquiétant de sa propre fille, Alma… Alma qui lui file entre les doigts ; installée depuis quelques mois à Jérusalem, la jeune fille abandonne ses études pour travailler dans un bar bien curieux où, d’après la rumeur, elle serait tombée sous la coupe sectaire d’un patron manipulateur.

Un roman qui nous prend par surprise. Douleur commence avec une banale intrigue amoureuse, deux anciens amants qui retombent dans les bras l’un de l’autre… Et pourtant, c’est bien plus que cela.

Zeruya Shalev nous brosse le portrait d’une femme tiraillée entre le violent amour qu’elle ressent et la culpabilité envers sa famille – un mari présent mais qui semble plus amoureux de son échiquier que de sa femme et des enfants qui quittent le nid familial et semblent avoir de moins en moins besoin de leur mère. Douleur est un roman prenant et obsédant qui nous délivre une réflexion sur la culpabilité, la maternité, la famille et questionne ces secondes chances que la vie peut nous offrir.

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« Qu’elle avait été pénible cette séparation, même si elle avait débouché sur une rencontre, qu’elles sont dures les séparations attendues que nous impose la nature, ce compte à rebours toujours enclenché, un temps pour la grossesse, un temps pour élever les enfants, un temps pour la vie elle-même et parfois, un temps pour l’amour. »