Edward Abbey – Le Feu sur la montagne ****

Gallmeister Totem – 2020 – 256 pages

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Comme chaque été, Billy traverse les États-Unis afin de rejoindre son grand-père dans son ranch, en plein coeur du Nouveau-Mexique. John Vogelin y a passé toute sa vie, cette terre signifie tellement pour lui. Son ranch en pierre, isolé de toute civilisation, cerné de montagnes. Un paysage désertique à couper le souffle, traversé par des tornades de poussière. Les vautours et les engoulevents peuplent le ciel.

Mais cet été est différent ; l’armée va réquisitionner les terres de John pour agrandir son Champ de Tir de Missiles. Le vieil homme ne cèdera jamais sa terre. Et Billy, du haut de ses douze ans va le soutenir, envers et contre tout.

L’écriture d’Edward Abbey est une véritable invitation au voyage ; elle nous propulse dans cette nature hostile et hypnotique – on s’y croirait.

« Alors… l’été avança, chaud et sec et magnifique, si magnifique que ça vous brisait le coeur de le voir en sachant qu’il n’était pas éternel : cette lumière éclatante vibrant au-dessus du désert, les montagnes pourpres dérivant sur l’horizon, les houppes roses des tamaris, le ciel sauvage et solitaire, les vautours noirs qui planent au-dessus des tornades, les nuages d’orage qui s’amassent presque chaque soir en traînant derrière eux un rideau de pluie qui n’atteint que rarement la terre (…) Je pourrais citer mille choses que j’ai vues et que je n’oublierai jamais, mille merveilles et mille miracles qui touchaient mon coeur en un point que je ne maîtrisais pas. »

Une lecture somptueuse, qui m’a happée. Le vieil homme et l’enfant, leur combat pour garder cette terre, ce ranch ; cet attachement à la terre sur laquelle il est né – cette terre aride et sauvage – qui l’a vu grandir, qui a vu mourir ses ancêtres, sur laquelle il veut mourir lui-même. Le Feu sur la montagne est un roman absolument magnifique, gorgé de la beauté des grands espaces, qui m’a émue aux larmes.

Sebastian Barry – Des jours sans fin ***

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Folio – avril 2019 – 304 pages

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Nous sommes dans les années 1850, Thomas McNulty n’a même pas quinze ans et il débarque d’Irlande, fuyant la Grande Famine, pour tenter sa chance en Amérique. Au détour de ses errances, il rencontre John Cole, qui devient son seul ami et l’amour de sa vie. John et ses « yeux profonds comme une rivière ». Ensemble, ils cherchent à survivre, ils cherchent du travail : le « pain céleste ». C’est Thomas qui prend la parole et raconte leurs aventures, parfois tendres, souvent cruelles : « On était comme deux copeaux de bois dans la rudesse du monde. »

Jeunes adolescents, ils commencent par se travestir en jeunes filles et dansent dans un saloon pour divertir des mineurs. Ils s’enrôlent ensuite dans l’armée, se mettent en route vers la Californie et combattent sauvagement les Indiens des Plaines de l’Ouest, les colons souhaitant qu’on les en débarrassent… C’est au cœur des ces scènes d’une sauvagerie innommable qu’ils se prennent d’affection pour une enfant sioux, Winona. Leur service accompli, ils se travestissent à nouveau en femmes et montent des spectacles. Et puis, la guerre de Sécession s’invite dans la danse.

Sebastian Barry s’intéresse ici à une période de l’histoire américaine qui m’intéresse particulièrement ; une période âpre et noire. Brutale aussi, où la sauvagerie n’épargne ni les femmes ni les enfants. On suit cette famille insolite, composée d’un couple homosexuel et de leur fille adoptive sioux, Winona.

Un roman magnifique, porté par la voix émouvante de Thomas – ou Thomasina. Avec ses propres mots, sa façon de parler, cet homme déraciné tiraillé entre deux pays et deux identités nous livre son témoignage. Mêlant la grande Histoire à la petite, son regard se pose sur son époque avec acuité et lucidité.

Des jours sans fin est un roman qui m’a pris aux tripes et m’a fait battre le cœur.

« Pourquoi Dieu veut qu’on se batte comme des maudits héros, tout ça pour nous réduire à des morceaux de chaire calcinée dont même les loups voudraient pas ? »

« On est bizarres, nous autres soldats engoncés dans la guerre. On est pas en train de discuter des lois à Washington. On foule pas leur grandes pelouses. On meurt dans des tempêtes ou des batailles, puis la terre se referme sur nous sans qu’il y ait besoin de dire un mot, et je crois pas que ça nous dérange. On est heureux de respirer encore quand on a vu la terreur et l’horreur qui, juste après, se font oublier. »

« Parfois, on sait qu’on est pas très intelligent. Pourtant, parfois le brouillard de vos pensées se lève, et on comprend tout, comme si le paysage venait de se dégager. On se trompe en appelant ça sagesse, c’en est pas. Il paraît qu’on est des chrétiens, des choses comme ça, mais c’est pas vrai. On nous raconte qu’on est des créatures de Dieu supérieures aux animaux, mais tout homme qui a vécu sait que c’est des conneries. »