Sylvain Prudhomme – Les Grands **

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Éditeur : Folio – Date de parution : juillet 2016 – 249 pages

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Guinée-Bissau, 2012. Couto vient d’apprendre la mort de Dulce, la femme qu’il a aimée autrefois. Ensemble ils ont chanté au sein du groupe le Mama Djombo ; ils ont brillé sur scène il y a trente ans, le public les adulait. Alors que le climat politique est en train de changer et qu’un coup d’état se prépare dans l’ombre, Couto déambule dans la ville, au rythme des rencontres et des souvenirs fugaces qui refont surface.

Des mots en créole parsèment le texte, où les dialogues ne se distinguent pas du reste du texte, ils se fondent l’un dans l’autre, ce qui peut au début perturber le lecteur. Un roman à l’écriture déroutante, auquel je n’ai pas accroché, mais qui ne m’a pas pour autant déplu. J’ai aimé l’atmosphère et la fin très émouvante. Un texte dénué de pathos, où la douleur est présente, mais en demi-teinte, avec pudeur.

Je remercie les éditions Folio pour cette lecture que je n’aurai certainement pas faite de moi-même.

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« Couto les avait regardés. Pensant ces gosses sont la vie. La vie comme moi aussi j’ai été la vie autrefois, impétueuse,  impatiente, non lestée encore de regrets, trop pressée d’aller de l’avant pour se retourner et concevoir même qu’un jour elle ne détestera pas se retourner. »

Henning Mankell – L’œil du léopard ***

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Éditeur : Points – Date de parution : 2013 – 353 pages

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Hans Olofson est en pleine crise de paludisme lorsque l’on fait sa connaissance. Entre hallucinations angoissées et flash-back, nous sommes habilement transportés dans ses souvenirs d’enfance et sa découverte de l’Afrique. Son père est un ancien marin, qui a fait naufrage dans les forêts suédoises et est devenu alcoolique ; quant à sa mère, elle s’est enfuit à sa naissance, il ne l’a jamais connue.

C’est à la fin des années 60 qu’il prend la décision de partir en Afrique, et plus précisément à Mutshatsha, en Zambie, sur les traces d’un missionnaire suédois. C’est une sorte d’hommage à la femme qu’il aime, car il se sent responsable de sa mort. Et c’est le cœur emplit de questions qu’il débarque en Afrique. Quel rêve obscur poursuit-il ? Que cherche-t-il depuis presque vint-ans sur le sol africain ?

Henning Mankell nous offre une plongée au cœur d’une Afrique nébuleuse, superstitieuse, où règne la misère et où la confrontation entre les Blancs et les Noirs se déroule insidieusement.

C’est un roman tout simplement magnifique, écrit dans une langue poétique et soyeuse. Peu à peu, l’auteur fait naître une atmosphère angoissante, ou se tapit la tension.

Les mots ont une telle force, on est complètement hypnotisé par le récit. On se glisse dans la peau du personnage, dont nous connaissons les moindres pensées ; le récit alterne le « il » impersonnel et le « je » de l’introspection avec fluidité. C’est comme si nous étions nous-même en Zambie, devenant insomniaque, écoutant les hippopotames soupirer au cœur de la nuit moite, à l’affût du moindre danger.

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« Et c’était là, dans cette douce soirée d’été, caché derrière un vieux four en attendant que ses copains le trouvent, qu’il s’était demandé pour la première fois pourquoi il était lui et pas quelqu’un d’autre. L’idée l’avait à la fois excité et bouleversé. Comme si un inconnu s’était introduit dans sa tête et lui avait chuchoté le mot de passe qui permettait d’accéder à l’avenir. Toutes ses réflexions, l’idée même de réfléchir, venaient de cet inconnu qui lui délivrait son message dans sa tête avant de disparaître. »

« Devenir adulte, c’est peut-être se rendre compte de sa solitude, pense-t-il. »

« J’emporterai l’Afrique au fond de moi. Le son des percussions qui retentissent au loin dans la nuit. Le ciel étoilé à la clarté incomparable. la variation des paysages au dix-septième degré de latitude. »