Marie-Aude Murail – Sauveur & Fils – Saison 5 ***

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Ecole des loisirs – septembre 2019 – 320 pages

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Quel délice de retrouver notre cher Sauveur, sa drôle de famille recomposée et ses patients au lubies parfois curieuses. Entre la saison 4 et la saison 5, il s’est écoulé deux ans. Louise vit toujours avec Sauveur et Lazare et ses deux enfants Paul et Alice. Le vieux briscard de Jovo traîne toujours dans le coin, se vantant avec effusion de son braquage et de ses meurtres légendaires…

Sauveur se retrouve envahi par toute une clique de nouveaux patients qui le croient psychologue animalier… On le consulte pour connaître son animal de soutien émotionnel, pour soigner la dépression de son chien, pour découvrir qu’un perroquet du Gabon peut devenir muet après un divorce ou encore que les chats sont plus efficace qu’un antidépresseur.

Mais des patients un peu plus traditionnels le consultent aussi ; comme Louane qui a peur d’une main sorte du trou des cabinets pour l’y entraîner, Frédérique qui découvre que Donald Trump est son père, Samuel qui suit un stage pour apprendre à draguer.

Une saison 5 qui garde le rythme, savoureuse à souhait, qui regorge d’humour et aborde les thèmes propres à l’adolescence contemporaine – harcèlement, questions de genre, relations parentales – avec justesse et bienveillance.

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{Chroniques des précédents tomes : Saison 1 – Saisons 2 & 3 – Apparemment je n’ai pas chroniqué la saison 4.}

Martin Page & Coline Pierré – Les Nouvelles vies de Flora et Max ****

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Éditeur : école des loisirs – Date de parution : novembre 2018 –

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Il s’agit de la suite de La folle rencontre de Flora et Max. On retrouve ces deux adolescents fragiles et maladroits, qui avaient fait connaissance en s’envoyant des lettres, chacun dans sa propre prison… Flora dans une « vraie » prison pour avoir frappé une fille de son lycée – Max quant à lui dans une prison qu’il s’est lui-même créée : criblé de phobies, il ne sortait plus de sa chambre. Ils se sont donc écrit des lettres, chacun depuis leur cage respective.

Ce second tome s’ouvre sur leur rencontre dans le monde réel, à la sortie de prison de Flora. Leur amitié s’étoffe, prend de nouvelles formes. Les deux adolescents continuent malgré tout de s’envoyer de temps à autre des mails, pour garder ce lien singulier qu’ils aimaient, ce que l’écrit rendait unique. Leur langue commune, c’est le sentiment de leur inadéquation avec le monde.

J’ai beaucoup aimé ce second tome – les personnages sont plus détaillés, se livrent davantage. Ils changent, évoluent, prennent conscience de beaucoup de choses… Flora trouve un job dans leur maison de retraite préférée en parallèle de ses études d’anthropologie et Max entame un CAP de cuisine sans trop savoir ce qu’il en ressortira.

Un projet dévorant de centre commercial menace le fragile équilibre de leur vie : il va falloir se battre et se faire entendre pour faire survivre la maison de retraite qui est menacée. L‘endroit où ils se sont créés leur refuge… avec des personnes précieuses comme Madame Breitendeld et drôles comme Birgit.

Humour, poésie et douceur. Trois mots qui caractérisent à merveille ce roman écrit à quatre mains. Flora et Max sont définitivement deux adolescents attachants et décalés, à côté de leurs pompes et touchants. Ce sont des inadaptés dont on se sent profondément proche. Des anti-héros qui changent le monde, à leur façon. J’ai aimé leur combat pour la survie de la maison de retraite – comme cette manifestation faite de courses en déambulateurs, de sauts d’obstacle en pantoufles…

Quelle jolie pépite… tout en douceur, maladresse, poésie. Les mots de Martin Page et Coline Pierré sont magiques. « Il ne faut pas chercher où se trouve notre place dans le monde, il faut modeler, sculpter le monde pour le tailler à notre mesure. »

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Florence Hinckel – #Bleue ***

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Éditeur : Syros – Date de parution : novembre 2015 – 254 pages

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Silas vit dans une société où tout est fait pour vivre heureux et où la CEDE, la Cellule d’Éradication de la Douleur Émotionnelle, efface les souvenirs douloureux en les remplaçant par un point bleu à l’intérieur du poignet. L’oblitération est devenue obligatoire pour les mineurs.

Nous sommes dans un monde connecté : la connexion au Réseau se fait du matin au soir, tout le monde poste un statut à toute heure de la journée, et des alertes retentissent lorsque l’on ne s’est pas connecté pendant ne serait-ce que 3 minutes, les amis « veillent » les uns sur les autres.

Toute douleur morale a été éradiquée. Il s’agit d’une société où être heureux est devenu une obligation. Mais Silas est différent : il ressent le besoin de se déconnecter, de ne pas donner de nouvelles pendant quelques jours, surtout quand il est amoureux. Le jour où Astrid, sa petite amie, meurt renversée par un camion, Silas est pris en charge par la CEDE.

Ce roman jeunesse résonne avec beaucoup de force et de justesse à l’heure où Internet et les réseaux sociaux prennent une place prépondérante dans la vie quotidienne : on imagine un monde où Internet aurait dégénéré, en quelque sorte. De nombreuses questions surgissent quant à l’humanité et la relation aux autres à l’heure d’Internet.

A certains moments, j’ai pensé au film Eternal Sunshine of the Spotless mind, où le héros décide d’effacer le souvenir de son ex pour ne plus souffrir de leur rupture.

C’est un roman de dystopie qui se lit d’une traite, dans lequel on se plonge très facilement. On s’attache aux personnages et l’intrigue fait frémir. On découvre un monde où l’être humain n’a plus le droit de souffrir. Mais souffrir fait partie de la vie… Sans souffrance, plus de souvenirs, et nous courrons le risque de devenir des robots.

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« C’est nous, les sauvages. Nous perdons notre humanité. Et que faisons-nous de vous, les jeunes ? On vous empêche de grandir et de mener une véritable vie d’adultes. pas de souffrance, surtout ! Vous ne connaîtrez jamais la vraie vie, celle où l’on souffre, mais aussi où l’on aime vraiment, où l’on s’attendrit, où l’on s’entraide. Et vous ne vous apercevrez de rien. »