Olivier Chantraine – Un élément perturbateur **

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Folio – 7 mars 2019 – 320 pages

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L’élément perturbateur c’est Serge ; à quarante-quatre ans il vit chez sa sœur, qui s’occupe de lui comme s’il était encore un petit garçon… « qui a cette chance franchement, qui a la chance d’avoir une sœur qui lui prépare ses mouillettes chaque matin depuis trente et un ans. »

Serge est un curieux personnage, qui passe son temps à s’inquiéter, à se chercher la maladie du siècle ; il est fasciné par les pharmacies et les médicaments. Il travaille dans une petite entreprise d’investissement, en plein cœur de Paris. C’est son frère, Ministre des finances, qui lui a servi ce job sur un plateau d’argent. Mais ces derniers temps, Serge a un problème : il est atteint d’aphasie. Soudainement, en pleine réunion, plus aucun son ne sort de sa bouche. Il ne parvient plus à parler. Envoyé au Japon pour régler une affaire importante, il fait tout capoter.

Tout le monde semble se liguer peu à peu contre lui, absurdement. Et Laura, sa collègue sexy et assoiffée d’ambition, semble vouloir se rapprocher de lui… Par seul intérêt ?

Un élément perturbateur est un drôle de roman à l’humour absurde et décapant qui nous livre une critique acerbe du monde du travail et de l’entreprise où la rentabilité prime sur l’humain… les relations familiales ne sont pas épargnées. Un roman intelligent et savoureux qui se lit d’une traite, un sourire épinglé sur le visage.

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Gilles Marchand – Un funambule sur le sable ****

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Éditeur : Aux forges de Vulcain – Date de parution : 2017 – 354 pages

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Stradi est né avec un violon coincé dans le cerveau. Cette étrange anomalie ne se voit pas de l’extérieur, Stradi pourrait être un petit garçon comme les autres. Mais il ne peut ni courir, ni aller à l’école, ni sauter… Car l’on ne sait comment réagirait le violon dans sa tête. Alors à la place, l’enfant lit. Il dévore des livres. La lecture devient un de ses besoins les plus fondamentaux.

Quand Stradi rêve ou cauchemarde, son violon s’anime et joue de la musique. Quand son esprit vagabonde, son violon joue aussi de la musique. L’instrument qui fait partie de lui joue au gré des humeurs et des émotions qui le traversent… Il lui permet également de communiquer avec les oiseaux.

À l’école primaire à laquelle il finit par être accepté, Stradi se lie d’amitié avec Max, un garçon qui boite. Tous deux différents, tous deux marginaux, à cause d’une jambe ou d’un violon mal placé, les deux garçons ne se quitteront plus. Un jour, il rencontre Lélie, l’amour de sa vie.

Son amour pour Lélie, son amitié avec Max, la lecture, les oiseaux… autant de choses qui l’aident à s’accepter comme il est, à oublier plus ou moins la douleur avec qui il a rendez-vous pendant des années chaque 25 du mois – une piqûre dans l’oreille nécessaire pour l’entretien des cordes de son violon.

Un roman initiatique décalé, poétique, absurde – drôle et triste à la fois – qui m’a complètement charmée. Des personnages un peu fous – mais qui peut vraiment affirmer qu’il est sain d’esprit ? – mais si attachants. Les mots de Gilles Marchand sont un délice, ils se lisent et se relisent, se savourent… Je referme ce roman absolument conquise. ❤

 

Edward Lewis Wallant – Moonbloom ***

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Éditeur : Points – Date de parution : janvier 2018 – 336 pages

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Norman Moonbloom est le gérant de quatre immeubles à New York. Chaque semaine, il rend visite à ses locataires, un par un, pour prélever le loyer. Et à chaque visite, chaque locataire lui assène une tranche de sa vie, lui raconte ses petites misères, ses obsessions, lui expose ses réclamations, se confie, se plaint… Moonbloom est le confident idéal.

Nous découvrons une palette de personnages tous plus fous et perchés les uns que les autres ; comme cet italien obsédé par le mur de ses toilettes, ou ce professeur d’anglais alcoolique qui lui récite du TS Eliot avec fureur… ou encore ce vieil homme presque centenaire qui accumule la crasse et la saleté chez lui, attirant blattes et cafards dans son immeuble.

A chaque visite, Moonbloom accumule les promesses. Il ne supporte plus ces locataires mais pourrait-il vraiment se passer d’eux ? Au fond, qui a le plus besoin des autres ? Le jeune homme va découvrir que le rire et la tristesse ne sont qu’une seule et même chose. Le rire n’est que la face cachée de la tristesse. Douleur et joie demeurent interchangeables. Devant la misère des autres il se met à rire, sans pouvoir se contrôler. Comme un instinct de survie ?

« Les pleurs et le rire exprimaient tous les deux ce que la vie pouvait avoir d’irrésistible : la douleur et la joie étaient interchangeables. Comment avait-il choisi le rire? »

Moonbloom est un drôle de personnage, en proie à la solitude, pas plus sain d’esprit que ses locataires geignards. Il n’a jamais rien fait d’excessif, n’a jamais dépassé les bornes. C’est le type normal à qui on fait confiance immédiatement. Jusqu’au jour où il pète les plombs. Le roman de Edward Lewis Wallant est un subtile mélange d’absurde et de drame ; où la vérité se délivre à travers le masque de l’humour.

Vanessa Barbara – Les nuits de laitue **

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Éditeur : Zulma – Date de parution : août 2015 – 222 pages

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C’est un monde bien curieux qui se dessine sous nos yeux. Ada et Otto étaient inséparables dans leur routine quotidienne. Le jour où elle meurt, Otto se retrouver complètement démuni, ne sachant rien faire. Au fil des chapitres, nous découvrons le voisinage, toute une clique d’hurluberlus. L’apprenti pharmacien, Nico, qui se passionne pour les effets secondaires des médicaments et passe son temps à tester la réalité. Le facteur Anibal, qui chante sur son vélo pour oublier la pluie et qui confond les destinataires afin de favoriser le lien social. Monsieur Taniguchi, centenaire japonais persuadé que la Seconde Guerre mondiale n’a jamais pris fin… Quant à Otto, c’est un petit vieillard taciturne mais finalement touchant, qui ne peut s’empêcher de proférer des mensonges sans le vouloir.

L‘étrangeté s’invite doucement dans ce petit monde bien farfelu. Peu à peu se dessinent les contours d’un incident qui serait survenu quelques mois plus tôt. Otto commence à remarquer des bizarreries chez ses voisins : un rouquin à capuche qui traîne de façon fantomatique dans les ruelles, une jeune femme qui a des piles de linge à repasser, une agrafeuse qui n’est pas à sa place… Deviendrait-il gâteux ou ses voisins lui cachent-ils vraiment des choses ?

On se retrouve dans un univers absurde, décalé où l’auteur se met à jouer avec les codes du roman policier. C’est une lecture bien déroutante, qui ne manque pas de charme mais je ne pense pas qu’elle me marquera longtemps.

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« Il y avait eu les noces de gâteau à la carotte et aussi une année où ils avaient décidé de fêter leurs noces d’os, juste pour le plaisir de l’assonance, tout en reconnaissant volontiers que l’os n’était en rien supérieur à la turquoise, à l’argent ou au corail. L’année de la disparition d’Ada, ils auraient célébré leurs noces de couverture à carreaux. »

« Même si tu tuais un innocent avec des ciseaux à bout rond, le genre de truc vraiment sanglant, et psychologiquement épuisant, même si tu devais passer ta vie à jouer au chat et à la souris avec la police et à fuir un fantôme enragé, tu ne mettrais pas plus de vingt minutes à t’endormir. Grand maximum. »

Livre lu dans le cadre du Challenge 1% Rentrée Littéraire!

2/6

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Benny Barbash – Little Big Bang ****

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Éditeur : Zulma – Date de parution : janvier 2011 – 176 pages

4ème de couverture : « Un peu d’obésité chez un honnête homme israélien est loin d’être une disgrâce. Sauf s’il décide de maigrir à tout prix. Malgré les moqueries affectueuses de son épouse et des grands-parents, notre homme multiplie en vain les régimes : tout fruit, tout viande, ou tout carotte. Une diététicienne de renom lui recommande le tout olive. Il finit par avaler un noyau qui se fiche dans l’épigastre. Et voilà qu’un beau jour quelque chose bourgeonne de son oreille gauche, une pousse d’olivier dirait-on, phénomène qui sera à l’origine d’un véritable big-bang local…
A partir d’un événement pour le moins insolite, traité à la manière positive du conteur, Benny Barbash nous offre une fable à mourir de rire, d’une pertinence abrasive. Dans le contexte épineux du drame palestinien et de l’occupation des territoires… »

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J’ai adoré cette fable moderne à l’humour vif et acéré! Ce roman savoureux se lit d’une traite. On se régale tout simplement d’une telle lecture. C’est l’histoire d’un père de famille qui décide de perdre du poids et teste à cet effet différents régimes plutôt curieux. Il en fait notamment un à base d’olives et un noyau se coince dans sa gorge. Le lendemain, il se rend compte qu’un olivier est en train de pousser dans son oreille gauche… Le ton est décalé, l’histoire insolite, je n’ai pas cessé de rire. C’est une lecture qui change de ce que j’ai pu lire auparavant et qui ne ressemble vraiment à aucune autre.

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« Abu Rudjum fixa la ligne d’horizon et répondit avec tristesse que les gens se coltinaient des choses bien pires, des cancers de l’intestin, un cœur empli de méchanceté, des cauchemars, des espoirs jamais réalisés… »