Seo Mi-Ae – Bonne nuit maman ***

Bonne-nuit-maman

Matin Calme – mars 2020 – 360 pages

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« Quel est votre plus vieux souvenir? »

Seon-gyeong est criminologue ; elle donne des cours à la fac sur les tueurs en série. Elle aime s’interroger sur l’enfance des assassins… Un jour, elle apprend que Lee Byeong-do souhaite s’entretenir avec elle ; Lee Byeong-do, c’est le tueur en série qui a défrayé la chronique il y a quelques années en enlevant et assassinant treize femmes en l’espace de 3 ans. Depuis une année, il est sous les verrous. Pourquoi souhaite-t-il la voir, elle ? Alors qu’il ne la connaît pas et qu’il a toujours refusé de voir qui que ce soit.

Cet homme au visage si séduisant… Qui pourrait penser aux atrocités dont il est capable ? Le Diable avec un visage d’ange… On en apprend davantage sur son passé – les origines de la violence. Son enfance et sa relation avec une mère violente qui l’a meurtrie et lui a lacéré l’âme avec ses mots haineux, le torturant au rythme d’une seule et même mélodie, qui ne le quittera jamais et qu’il fredonnera à chacune de ses victimes… Maxwell’s Silver Hammer des Beatles.

Parallèlement, le mari de Seon-gyeong revient un soir avec la fille qu’il a eu de son premier mariage. Sa mère s’est suicidée et ses grands-parents viennent de mourir dans un incendie ; un incendie pour le moins suspect. La fillette a un comportement étrange, elle est peu bavarde. Elle semble en vouloir à Seon-gyeong et sa présence lui fait froid dans le dos.

Bonne nuit maman est un thriller psychologique implacable, addictif et angoissant à souhait qui explore la question des maltraitances infantiles et leur impact sur l’humain en devenir. Une fois commencé, on ne peut plus le lâcher. Page après page, l’atmosphère s’assombrit, l’horreur se diffuse et nous nous retrouvons captif de cette intrigue habilement ficelée.

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Hwang Sok-yong – Princesse Bari ***

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Editeur : Picquier poche – Date de parution : août 2015 – 288 pages

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Bari est la septième fille d’une famille nord coréenne. Elle est l’abandonnée, celle qui a été déposée dans la forêt par sa mère à la naissance car c’était une énième fille. Elle est rapportée par la chienne et prise sous l’aile de sa grand-mère chamane. C’est d’elle que Bari va hériter de ce don singulier : elle peut voir l’âme des morts et des disparus en rêve. Elle peut communiquer avec eux, et même entendre la voix de son chien, Chilsong. Après la mort du Père de la Nation, le pays connaît une famine épouvantable et sa famille se retrouve dispersée et écartelée. Lorsque sa grand-mère meurt, Bari se retrouve seule et elle décide de traverser la frontière avec la Chine ; elle embarque ensuite sur un cargo de réfugiés, plongeant dans un véritable enfer, direction Londres

Un beau roman d’apprentissage aux accents oniriques et initiatiques où les songes ont une place importante. Nous nous glissons dans la peau de Bari, cette enfant qui devient femme, et nous écoutons son histoire, empreinte de surnaturel. La jeune femme nous raconte les épreuves qu’elle va traverser, gardant la tête haute, toujours guidée par ses rêves prophétiques, et par le conte qui se rattache à son prénom…

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« Et j’ai fini par comprendre que vivre, c’est attendre et patienter. Même si nos espérances ne sont pas comblées, l’essentiel est de vivre et de laisser le temps faire son oeuvre. »

BU Hui-ryeong – Féline ***

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Éditeur : Picquier poche – Date de parution : mars 2016 – 165 pages

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Voici ma troisième Lecture Commune… à trois cette fois-ci ! Avec Charlitdeslivres et La Tête en Claire, nous avons choisi de lire ensemble ce petit roman coréen qui nous attendait dans nos PAL respectives.

Féline est un drôle de roman, où le narrateur n’est autre… qu’un chat ! Un chat qui, depuis la disparition de sa mère, erre dans les rues et fait les poubelles et qui doit se protéger tout seul contre les agressions extérieures. Bien vite, il est recueilli par une jeune fille, Minyeong. Dès qu’il l’aperçoit, le chat tombe littéralement sous son charme. Serait-elle un de ces êtres appelés « hommes-chats », ces êtres merveilleux, légendaires, dont lui parlait sa mère ? Les « hommes-chats » ne ressemblent pas aux autres humains, ils ont une odeur particulière qui attire les chats. Minyeong est le premier être humain que le félin approche et c’est sans hésitation qu’il lui donnera son cœur…

Ce petit chat effronté au caractère bien trempé, pose un regard sur le monde empreint d’humour et de moquerie par moment, très attentif au monde qui l’entoure et surtout au comportement des humains qui le déroute énormément… Et on se surprend à sourire.

Cette lecture est un vrai bol d’air frais ! J’ai pris plaisir à voyager dans le corps et la tête de ce félin très attachant ; on observe le monde humain à travers son regard à la fois naïf et acéré.

Un petit roman d’apprentissage félin plein de charme qui ravira certainement les amoureux des chats… J’ai moi-même beaucoup pensé à ma frimousse à moustaches.

mielou

*En bonus : quelques citations des grands esprits à la fin du roman…

Pour lire les chroniques de Charlitdeslivres et de La Tête en Claire, c’est par ici, et .

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« Mais nous, les chats, savons écouter les humains, avec bien plus d’attention qu’ils ne s’écoutent entre eux. C’est peut-être pour cette raison qu’ils nous ouvrent facilement leur cœur. »

« Cela ne faisait pas longtemps que je vivais parmi les humains, mais j’avais appris une chose : leurs paroles et leurs actions n’ont souvent rien à voir avec ce qu’ils pensent réellement. Et c’était une chose que j’avais du mal  à comprendre. Cela voulait-il dire que chez les humains le cœur et la tête ne fonctionnaient pas en harmonie ? Pour quelle raison ? »

GU Byeong-mo – Fils de l’eau ***

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Éditeur : Picquier poche – Date de parution : février 2016 – 187 pages

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Le fils de l’eau c’est cet enfant qui, pour échapper à la noyade provoquée par son père dans un lac, développe des branchies – deux incisions qui ressemblent à deux curieuses blessures, de chaque côté du cou. Ces branchies qui se développent comme un fabuleux mécanisme de défense à l’instant de frôler la mort…

L’enfant est recueilli par un vieil homme et son petit-fils, Kangha, qui ne cessera de le brutaliser. Ils habitent en bordure de ce lac protégé par des grillages, lieu de perdition attirant les gens paumés, suicidaires, tout comme les fantômes… Cet enfant différent, ils décident de le garder et de le cacher aux yeux des autres et de la police.

Les chapitres ne répondent pas à une chronologie linéaire, on fait des bonds dans le passé, des événements nous sont rapportés, mais le récit est fluide. L’eau imprègne ce récit étrange et merveilleux tout à la fois – sombre et lumineux. L’eau est comme un personnage à part entière ; elle est lac, rivière, déluge.

Fils de l’eau est une lecture qui enchante à la façon d’un conte. L’extra-ordinaire s’invite dans un quotidien désenchanté, désillusionné. Ce petit roman coréen a un charme fou ; il distille une magie discrète en nous contant l’histoire de Gon, ce fils de l’eau, cet être dont la différence est à la fois un malheur et un don, qui doit vivre caché.

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« Il posa spontanément la main sur les écailles étincelantes et contempla les filets de lumière iridescents qui passaient entre ses doigts. Ce mystérieux chatoiement lui rappela les vitraux d’une église où il était entré un jour avec sa mère. »

« Les êtres humains sont souvent habités de ces deux sentiments contradictoires : l’amour et la colère. »